Petit guide à l'intention de Bernard Landry
Les vacances et l'été n'interdisent pas la réflexion politique. Bernard Landry nous l'a dit récemment en nous promettant de prendre l'air du temps québécois et de nous revenir à la rentrée avec les fruits de ses cogitations. Le défi du chef du Parti québécois n'est pas mince. Comment contrer la vague déferlante de l'ADQ, limiter la tentation droitiste qui se manifeste dans son parti et redonner de la chair et du sang au squelette social-démocrate dont il se prétend le défenseur? Comment redonner du souffle à un parti qui bat de l'aile et tire la patte afin d'éviter la catastrophe annoncée?
Voici quelques pistes de réflexion que je propose amicalement au premier ministre qui, avouons-le, a besoin d'aide peu importe d'où celle-ci provient. On l'a vu à travers la sortie de Joseph Facal: le premier réflexe du péquiste apeuré par l'abîme électoral qui s'annonce, c'est de se coucher dans le discours adéquiste plutôt que de répondre au véritable désarroi qui pousse tant d'électeurs à essayer n'importe quoi pour s'en sortir.
Au coeur de ce profond malaise se profile un sentiment diffus mais angoissant: le contrôle de nos vies nous échappe. Nous ne serions plus que des numéros anonymes que bousculent la «nouvelle économie» et les scandaleux prédateurs qui la dirigent. Au gré des milliardaires de Nortel, Enron, WorldCom ou Vivendi, des centaines de milliers d'emplois disparaissent, des fonds de pension s'envolent en fumée, des usines s'évanouissent.
L'ADQ chante la gloire de ce capitalisme primaire. Plutôt que de tenter d'accompagner cette course folle au profit, peu importe la fraude qu'il faille commettre, il faut que ceux qui s'opposent à l'ADQ se dressent et disent qu'ils refusent ces dérives assimilables au banditisme de grand chemin. Il est temps de dire qu'il faut civiliser le capitalisme et que c'est la politique, la volonté des citoyens, le bien commun et finalement les intérêts individuels qui doivent contrôler l'économie puisque celle-ci prétend décider du destin de chacun. Par exemple, dans plusieurs pays civilisés et capitalistes, une entreprise qui ferme une usine doit prouver qu'elle ne peut pas faire autrement, sinon elle doit payer pour fermer. L'ADQ nous propose de vivre au rythme du Nasdaq. Le PQ pourrait peut-être proposer modestement de vivre au rythme des citoyens et de leurs besoins.
Cela signifie non seulement se rapprocher, sortir de la capitale et des officines bureaucratiques, cela veut surtout dire redonner le gouvernement aux citoyens. Je ne parle pas ici de démocratie directe, d'autogestion. Je parle de proximité.
C'est par la proximité qu'il faut répondre au simplisme de l'argumentation adéquiste sur la grosseur du gouvernement, non pas par une promesse folle de le trancher en deux. Le gouvernement n'est pas trop gros. Il n'est pas assez efficace, il n'est pas assez souple et il nous est trop étranger parce qu'il est trop centralisé. Les gens ne réclament pas moins de services et ne protestent pas contre les coûts de ces services. Ils souhaitent se sentir chez eux et respectés dans ces services, qu'il s'agisse d'hôpitaux, d'écoles ou de programmes de formation. Ce n'est pas le service qu'ils contestent, c'est la case fermée comme une prison dans laquelle on les enferme.
Ainsi, pourquoi ne pas explorer de nouvelles avenues qui accorderaient la responsabilité de services quotidiens importants à des niveaux de pouvoir inférieurs et plus près des citoyens? Dans plusieurs pays européens qu'on qualifie de centralisés, dont la France, les garderies et les écoles primaires et secondaires relèvent des municipalités.
À propos des régions, l'ADQ n'a absolument rien à dire, bien qu'on commence à percevoir ce parti comme le champion des oubliés. Belle ironie! Les régions recherchent deux choses: la prospérité, ou plutôt une certaine forme de sécurité, et le respect de leur différence. Voilà des aspirations que le PQ, parmi tous les partis, devrait non seulement comprendre mais encore plus porter à bouts de bras. Il y a exactement 20 ans, le ministre français Gaston Deferre présentait une loi de décentralisation qui conférait aux régions, en plus d'une désignation administrative comme au Québec, des instances politiques, des sources de revenus et des compétences précises partagées avec le pouvoir central.
Vingt ans plus tard, le premier ministre français Raffarin (n'oublions pas que la France, selon le PQ, a un gouvernement outrageusement centralisé) a annoncé cette semaine qu'il accordera encore plus de compétences aux régions, qu'il inclura leur statut dans la Constitution et que son gouvernement est prêt, dans certains domaines, à leur céder des responsabilités exclusives.
Pourquoi un gouvernement aussi conservateur que celui de Jacques Chirac répond-il par des ouvertures décentralisatrices et finalement progressistes au désarroi des Français? Parce que l'extrême droite avait répondu comme l'ADQ à ce même désarroi: par la glorification du capitalisme pur et la dénonciation de la pieuvre gouvernementale. Ce vieux conservateur de Chirac s'est dit que ces réponses étaient trop simples. Je ne peux pas croire que Bernard Landry soit encore plus conservateur et centralisateur que son ami Chirac et qu'il refuse d'explorer, au cours de cet été de réflexion, des manières nouvelles de gouverner. Car c'est bien ce que la population réclame: pas moins de gouvernement mais un meilleur gouvernement. Voilà le défi: gouverner autrement.
Voici quelques pistes de réflexion que je propose amicalement au premier ministre qui, avouons-le, a besoin d'aide peu importe d'où celle-ci provient. On l'a vu à travers la sortie de Joseph Facal: le premier réflexe du péquiste apeuré par l'abîme électoral qui s'annonce, c'est de se coucher dans le discours adéquiste plutôt que de répondre au véritable désarroi qui pousse tant d'électeurs à essayer n'importe quoi pour s'en sortir.
Au coeur de ce profond malaise se profile un sentiment diffus mais angoissant: le contrôle de nos vies nous échappe. Nous ne serions plus que des numéros anonymes que bousculent la «nouvelle économie» et les scandaleux prédateurs qui la dirigent. Au gré des milliardaires de Nortel, Enron, WorldCom ou Vivendi, des centaines de milliers d'emplois disparaissent, des fonds de pension s'envolent en fumée, des usines s'évanouissent.
L'ADQ chante la gloire de ce capitalisme primaire. Plutôt que de tenter d'accompagner cette course folle au profit, peu importe la fraude qu'il faille commettre, il faut que ceux qui s'opposent à l'ADQ se dressent et disent qu'ils refusent ces dérives assimilables au banditisme de grand chemin. Il est temps de dire qu'il faut civiliser le capitalisme et que c'est la politique, la volonté des citoyens, le bien commun et finalement les intérêts individuels qui doivent contrôler l'économie puisque celle-ci prétend décider du destin de chacun. Par exemple, dans plusieurs pays civilisés et capitalistes, une entreprise qui ferme une usine doit prouver qu'elle ne peut pas faire autrement, sinon elle doit payer pour fermer. L'ADQ nous propose de vivre au rythme du Nasdaq. Le PQ pourrait peut-être proposer modestement de vivre au rythme des citoyens et de leurs besoins.
Cela signifie non seulement se rapprocher, sortir de la capitale et des officines bureaucratiques, cela veut surtout dire redonner le gouvernement aux citoyens. Je ne parle pas ici de démocratie directe, d'autogestion. Je parle de proximité.
C'est par la proximité qu'il faut répondre au simplisme de l'argumentation adéquiste sur la grosseur du gouvernement, non pas par une promesse folle de le trancher en deux. Le gouvernement n'est pas trop gros. Il n'est pas assez efficace, il n'est pas assez souple et il nous est trop étranger parce qu'il est trop centralisé. Les gens ne réclament pas moins de services et ne protestent pas contre les coûts de ces services. Ils souhaitent se sentir chez eux et respectés dans ces services, qu'il s'agisse d'hôpitaux, d'écoles ou de programmes de formation. Ce n'est pas le service qu'ils contestent, c'est la case fermée comme une prison dans laquelle on les enferme.
Ainsi, pourquoi ne pas explorer de nouvelles avenues qui accorderaient la responsabilité de services quotidiens importants à des niveaux de pouvoir inférieurs et plus près des citoyens? Dans plusieurs pays européens qu'on qualifie de centralisés, dont la France, les garderies et les écoles primaires et secondaires relèvent des municipalités.
À propos des régions, l'ADQ n'a absolument rien à dire, bien qu'on commence à percevoir ce parti comme le champion des oubliés. Belle ironie! Les régions recherchent deux choses: la prospérité, ou plutôt une certaine forme de sécurité, et le respect de leur différence. Voilà des aspirations que le PQ, parmi tous les partis, devrait non seulement comprendre mais encore plus porter à bouts de bras. Il y a exactement 20 ans, le ministre français Gaston Deferre présentait une loi de décentralisation qui conférait aux régions, en plus d'une désignation administrative comme au Québec, des instances politiques, des sources de revenus et des compétences précises partagées avec le pouvoir central.
Vingt ans plus tard, le premier ministre français Raffarin (n'oublions pas que la France, selon le PQ, a un gouvernement outrageusement centralisé) a annoncé cette semaine qu'il accordera encore plus de compétences aux régions, qu'il inclura leur statut dans la Constitution et que son gouvernement est prêt, dans certains domaines, à leur céder des responsabilités exclusives.
Pourquoi un gouvernement aussi conservateur que celui de Jacques Chirac répond-il par des ouvertures décentralisatrices et finalement progressistes au désarroi des Français? Parce que l'extrême droite avait répondu comme l'ADQ à ce même désarroi: par la glorification du capitalisme pur et la dénonciation de la pieuvre gouvernementale. Ce vieux conservateur de Chirac s'est dit que ces réponses étaient trop simples. Je ne peux pas croire que Bernard Landry soit encore plus conservateur et centralisateur que son ami Chirac et qu'il refuse d'explorer, au cours de cet été de réflexion, des manières nouvelles de gouverner. Car c'est bien ce que la population réclame: pas moins de gouvernement mais un meilleur gouvernement. Voilà le défi: gouverner autrement.
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