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    Lisée et la police

    Parlons d’indépendance

    Antoine Robitaille
    27 octobre 2016 |Antoine Robitaille | Québec | Éditoriaux

    Jean-François Lisée souhaiterait que soit « formalisée » la relation entre les corps policiers et le gouvernement lorsqu’un élu fait l’objet d’une enquête. Maladresse d’un politicien qui s’adapte à son poste ou conviction réelle ? Peu importe la raison, il s’agit d’une très mauvaise idée.


    Depuis quelques jours, le nouveau chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, propose que, lorsqu’un élu fait l’objet d’une enquête, le corps policier responsable de celle-ci doit avertir la direction du parti auquel le suspect appartient. Tout cela a commencé par une série d’affirmations de M. Lisée, selon lequel M. Couillard savait « sûrement » qu’on faisait enquête sur Gerry Sklavounos. Indiscret ou imprudent, le nouveau chef du PQ est allé jusqu’à affirmer que, lorsqu’il se trouvait dans les officines des gouvernements péquistes, un « protocole » en ces matières existait. Des directions de corps de police auraient même, à trois reprises, signalé au chef qu’un de ses membres faisait l’objet d’une enquête. L’affaire est troublante. Qu’est-il advenu de ces enquêtes ? L’exécutif s’y est-il ingéré ? Les principaux intéressés savaient-ils qu’on enquêtait sur eux ? De quel type d’enquête parlait-il au juste ? D’une enquête criminelle ?

     

    La pensée de M. Lisée semble en évolution constante sur cette question ; en début de semaine, il ajoutait que les policiers devaient être sûrs que la personne visée soit au courant de la tenue de l’enquête avant que les responsables politiques en soient informés. Mercredi, il ajoutait qu’il faudra « légiférer » pour formaliser le processus. Et on a compris que les élus ne seraient pas les seuls à bénéficier d’un statut spécial — ce que M. Lisée laissait entendre en début de semaine —, mais que le personnel et les hauts fonctionnaires auraient droit à ce qu’on évente la tenue d’une enquête.

     

    Ce que propose M. Lisée n’a aucun sens. Les rapports entre la police et le politique sont déjà assez complexes comme ça. Inutile d’en rajouter en faisant de l’univers politique un cas particulier. La police doit pouvoir enquêter de manière indépendante. Contrairement à ce qu’on entend souvent, il ne devrait pas y avoir de « séparation des pouvoirs » entre la police et le politique. Dans notre régime britannique, le principe de séparation des pouvoirs vaut pour les rapports entre le législatif ou l’exécutif et le judiciaire (entre l’exécutif et le législatif, il y a plutôt confusion des pouvoirs). Entre l’exécutif et les corps policiers, il vaudrait mieux parler d’équilibre. L’exécutif ne doit pas interférer dans l’action quotidienne de la police ; laquelle, cependant, doit rendre des comptes à l’exécutif, mais aussi au législatif. La police ne doit pas être un État dans l’État. Elle doit être responsable devant ceux qui ont été élus démocratiquement. Mais le gouvernement ne doit évidemment pas faire de la police son bras armé, vengeur, étouffeur de vérité.

     

    Or, dans le passé récent, plusieurs faits nous ont donné l’impression d’une trop grande proximité entre pouvoirs politique et policier. Le changement systématique du patron de la Sûreté du Québec lorsqu’il y a changement de gouvernement ; à la commission Charbonneau, on a compris que les dirigeants de la FTQ avaient été informés qu’on faisait enquête sur eux par le gouvernement, ce qui fut très dommageable ; l’ancien porte-parole de la SQ, Robert Poëti, a soutenu en conférence de presse, en septembre 2013, que la descente de l’UPAC chez Philippe Couillard, la veille de la rentrée parlementaire, n’était « pas un hasard », etc. Il ne faut certainement pas ajouter à une trop grande proximité évidente en permettant, comme le propose M. Lisée, que l’existence des enquêtes soit éventée.













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