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    Projet de loi 62 sur la neutralité religieuse

    La loi du tchador

    En acceptant le tchador, Québec s’apprête à introduire dans les institutions un modèle de rapport hommes-femmes profondément inégalitaire

    27 octobre 2016 | Fatima Houda-Pepin - Ancienne députée de La Pinière (1994 à 2014), l’auteure comparaîtra jeudi à la Commission des institutions qui étudie le projet de loi 62 sur la neutralité religieuse. | Québec
    «Le tchador, le niqab et la burqa sont donc des marqueurs de frontières» pour les femmes, écrit Fatima Houda-Pepin.
    Illustration: Tiffet «Le tchador, le niqab et la burqa sont donc des marqueurs de frontières» pour les femmes, écrit Fatima Houda-Pepin.

    Ne cherchez pas le tchador et la burqa dans le Coran ou dans les hadiths du prophète Mohamed. Lorsque les versets coraniques lui avaient été révélés, à La Mecque et à Médine, l’islam n’avait pas encore atteint les contrées de l’Iran et de l’Afghanistan où prévalaient, depuis des siècles, ces codes vestimentaires d’un autre âge, et qui sont tout sauf islamiques.

     

    Si vous cherchez le tchador, vous le trouverez aussi dans le projet de loi 62 sur la neutralité religieuse de l’État, que la ministre Stéphanie Vallée veut imposer aux employées de l’administration publique, sous prétexte du « visage découvert ». Il en va de même pour la burqa et le niqab, mais au cas par cas, au gré des accommodements.

     

    Une lecture du texte « Le niqab, la burqa et le tchador sont des signes d’infériorisation des femmes et non des symboles religieux » peut être éclairante.

     

    Imposée

     

    Érigée en carte d’identité politique par les idéologues salafistes, la burqa a été imposée d’abord aux femmes afghanes par les talibans, à fin des années 1990, avant qu’elle ne fasse irruption dans les pays occidentaux, avec les débats qu’on connaît.

     

    Le tchador a été interdit aux fonctionnaires en Iran par le roi Reza Chah, en 1936, avant que la chape de plomb ne tombe sur les femmes avec l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeini, en février 1979.

     

    L’un des premiers gestes qu’il a posés à son retour d’exil en France fut de décréter le port obligatoire du tchador pour toutes les Iraniennes. Les manifestations antitchador ont été sévèrement réprimées et les Pasdaran ont traqué, avec une violence inouïe, jusque dans leurs lieux de travail, toutes les récalcitrantes, pour la moindre mèche de cheveux qui dépassait.

     

    Pourtant, le port de ces tenues archaïques avait été abandonné ou interdit dans la plupart des pays musulmans, en Turquie par Kemal Atatürk en 1925, et en Égypte au début des années 1930. Au Maroc, c’est le roi Mohamed V, également commandeur des croyants, qui a présenté sa fille, Lalla Aïcha, dévoilée, lors d’un célèbre discours qu’elle avait fait sur l’émancipation de la femme, le 10 avril 1947.

     

    Une fixation pathologique

     

    Cependant, depuis la montée en puissance des groupes islamistes, le corps de la femme est l’objet d’intenses batailles idéologiques et politiques. Après avoir réussi à ériger le voile en « dogme islamique », voilà qu’ils s’activent à faire disparaître le corps de la femme au complet de l’espace public.

     

    Mais d’où vient cette fixation pathologique des idéologues et militants islamistes pour le contrôle du corps de la femme ?

     

    De l’expansion de l’idéologie salafiste, un cancer disséminé par l’Arabie saoudite depuis les années 1970 et qui a infecté aussi bien le monde musulman que l’Occident. Une idéologie politique rétrograde basée sur l’endoctrinement, les prêches haineux et l’appel au djihad. Une idéologie qui a enfanté le groupe État islamique en Irak et en Syrie.

     

    Alors pourquoi cacher le corps de la femme ? Selon les idéologues et prédicateurs salafistes qui crachent leur haine tous les jours sur Internet et les télévisions satellitaires, une femme musulmane non voilée est une femme nue (awra).

     

    Ils ne s’entendent pas tous sur la définition des parties intimes du corps de la femme qui doivent être cachées. Certains estiment que c’est la partie entre le nombril et le genou, d’autres y incluent les cheveux, les yeux et la poitrine. D’où les variantes vestimentaires entre le niqab, la burqa et le tchador.

     

    Ainsi, la femme musulmane ne peut se dévoiler que devant les maharim, c’est-à-dire les hommes avec qui il serait illicite pour elle de se marier. Cette logique va jusqu’à lui interdire de se montrer devant d’autres femmes, de peur que celles-ci décrivent ses charmes, en son absence, à d’autres hommes. Ce qui risquerait de les exciter.

     

    Son territoire normal est donc la maison. Si elle s’aventure dans la rue ou au travail, un espace qui n’est pas le sien, elle doit cacher les formes de son corps derrière un vêtement ample (tchador ou burqa), sinon il y a un risque qu’elle attire le regard des hommes sur sa awra.

     

    La mixité étant interdite, le tchador, le niqab et la burqa sont donc des marqueurs de frontières (hudud) qui rappellent à la femme musulmane que sortir sans être intégralement voilée, c’est faire de l’exhibitionnisme (tabarruf). Voilà le modèle du rapport hommes-femmes qui se cache derrière le tchador, que le gouvernent du Québec s’apprête à introduire dans les institutions publiques.













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