«Anglophones pour un Québec indépendant» voit le jour

L’absence de porte-parole indépendantiste au sein de la communauté anglophone explique en partie le minime appui anglophone au projet de Pays du Québec, selon Jennifer Drouin.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir L’absence de porte-parole indépendantiste au sein de la communauté anglophone explique en partie le minime appui anglophone au projet de Pays du Québec, selon Jennifer Drouin.

Le projet indépendantiste québécois n’est pas exclusivement l’affaire de francophones. La professeure de littérature Jennifer Drouin a donné le coup d’envoi des activités du groupe Anglophones pour un Québec indépendant (AQI) vendredi à Montréal.

« Selon nous, l’indépendance est une option logique et légitime qui profitera à tous les citoyens québécois. Nous reconnaissons une panoplie de raisons culturelles, économiques, écologiques, historiques, politiques et sociales pour lesquelles le Québec devrait devenir indépendant surtout dans le contexte de mondialisation du XXIe siècle où la souveraineté de l’État est plus importante que jamais », a-t-elle déclaré à l’occasion d’une conférence de presse dans la Maison Ludger-Duvernay. La Société Saint-Jean-Baptiste y a établi ses quartiers en 1976.

Mme Drouin a pris au mot le député de Rosemont Jean-François Lisée lorsque celui-ci a appelé les indépendantistes anglophones à se mettre en ordre de bataille. L’ex-ministre responsable des relations avec la communauté anglophone s’est réjoui vendredi de voir l’AQI prendre forme. « Bravo et bienvenue ! », a-t-il fait valoir sur le réseau social Twitter.

Pour l’instant, l’AQI compte une cinquantaine de membres, a indiqué Mme Drouin vendredi soir. À ses yeux, l’absence de porte-parole indépendantiste au sein de la communauté anglophone explique en partie le minime appui anglophone au projet de Pays du Québec. À peine 10 % des « non-francophones » voteraient pour la souveraineté du Québec, selon un sondage Léger Le Devoir-Le Journal de Montréal effectué au début du mois.

Pas d’affiliation politique

Pour renverser la vapeur, il faut tout d’abord « parler aux anglos, en anglais, des bénéfices de l’indépendance », fait valoir la spécialiste de Shakespeare dans un entretien avec Le Devoir. Elle cite un « bénéfice » auquel les anglos ne seraient pas insensibles selon elle : un Québec indépendant pourra couper court au projet de pipeline controversé Énergie Est de TransCanada.

L’AQI entend se doter d’un « centre de ressources », d’un « observatoire des médias » ainsi que d’une « escouade de la vérité » afin de corriger le tir après la diffusion de « reportages inexacts sur le Québec » ou d’« attaques insultantes ».

Jennifer Drouin est originaire de la Nouvelle-Écosse. Elle a adhéré au Parti québécois en 1998, soit trois ans avant de s’établir au Québec.

Cela dit, le groupe AQI n’est affilié à aucune formation politique, a-t-elle précisé vendredi. Il accueille tous les indépendantistes, qu’ils soient membres ou non-membres du Parti québécois, de Québec solidaire ou encore d’Option nationale. « Que nous soyons nés au Québec ou que nous soyons venus ici plus tard, nous vivons ici parce que faire partie de la société québécoise, ça nous tient à coeur. Nous croyons que nous, les Québécois, formons un peuple distinct, résilient et dynamique. Nous aimons et respectons la langue française et nous nous engageons à la protéger et à l’aider à fleurir. L’intégration nous est chère et nous sommes complètement intégrés dans la société québécoise, profitant de la beauté de sa culture unique », a-t-elle souligné.

En 2011, Statistique Canada dénombrait 1 058 265 anglophones au Québec (13,5 % de la population québécoise).

Pour présenter le mouvement indépendantiste québécois, l’auteur de l’ouvrage Shakespeare in Québec : Nation, Gender, and Adaptation pointe une citation tirée de l’acte 2, scène 2, de Hamlet, prince du Québec de Robert Gurik : « Être ou ne pas être libre ! Voilà la question ».

9 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 24 septembre 2016 03 h 16

    le Québec, lequel, celui d'avant la confédération ou celui d'apres

    il y avait des anglophone parmis les patriote, a part tous les autres non identifiés, une question intéressante serait de savoir qui a stigmatisé la séparation ethnique a l'origine de la société québécoise, n'est-ce pas lié directement a des enjeux de pouvoir, qui encore aujourd'hui agissent en sous-mains, allez vous promenez partout au Québec pour voir si le Québec est, ce que l'on nous en enseigne

  • Yves Côté - Abonné 24 septembre 2016 04 h 05

    Tous

    Un projet alternatif de république indépendante, moderne et vraiment démocratique a tout pour séduire les non-francophones et les motiver à se joindre à notre lutte historique de francophones pour l'indépendance.
    Ne peut rebuter personne de construire un pays d'Amérique du Nord qui adopte un Rêve Américain différent de celui si humainement et environnementalement destructeur qu'est le viel American Dream. Lui si prédateur de ressources vitales, de vies et donc, de vie.
    Rassemblons-nous et dotons-nous d'une société laïque mais respectueuse de la liberté de croire ou pas; innovante mais soucieuse des conséquences de son génie; cuturellement riche et s'exprimant dans une langue française adaptée à ses temps et milieu mais sans cracher sur aucune autre langue; sur un territoire gigantesque et au développement économique aussi respectueux de l'environnement que des humains, aux habitants instruits peu importe leurs choix de vie et de métiers.
    Au pragmatisme si grand, qu'ils placent le dialogue au centre de leurs préoccupations.
    Construire une société d'Amérique qui se reconnaît partout dans le monde par l'usage d'une langue internationale française aux couleurs chaudes, voilà l'originalité du combat que nous avons à mener pour sortir d'un pays canadien structurellement monarchique et conservateur, favorisant d'abord toujours celles et ceux qui déjà vivent dans le grand confort, puisque l'inégalité des humains y est inscrite dans ses "gènes constitutionnels" : chef d'Etat au droit divin, monarchie étrangère régnante, aux privilèges de caste réduite clairement défendus, délégation de gestion politique aux représentants d'une nation qui trouve normal d'accorder des droits différents selon une reconnaissance officielle d'origine ethnique (inuite, amérindienne ou autre) et traitant ses dits-sujets vivants en éloignement des grands centres comme n'ayant que des demis-droits, alors que leurs besoins réels sont exécerbés.
    Construire tous: ensemble, libres et debout.
    VLQL !

  • Jacques Lamarche - Abonné 24 septembre 2016 07 h 28

    Enfin une bonne nouvelle!

    Il était temps! Merci infiniment, madame!

  • Hélène Gervais - Abonnée 24 septembre 2016 07 h 35

    Je n'en reviens pas ....

    des anglos qui seraient pour l'indépendance de mon pays. Ce serait renversant que des anglos votent pour cette indépendance. Tant mieux si ça arrive ça va nous aider en tant que peuple à avoir un pays. C'est à suivre alors et parlez-en dans mon journal préféré pour que nous soyons au courant de ce qui se passe.

  • François Beaulne - Abonné 24 septembre 2016 08 h 21

    Noble initiative

    Personne n'a jamais contesté la place historique et l'apport de la communauté anglophone au Québec. Mais cette communauté n'est pas homogène, comme plusieurs québécois et non-québécois l'imaginent. De plus, même si certains leaders de cette communauté ont eu tendance, par le passé à se marginaliser par rapport à la majorité francophone, il demeure que la jeune génération, notamment celle issue de la Loi101, se sent davantage partie prenante de cette société différente de la majorité anglophone du continent nord-américain avec laquelle elle partage certaines valeurs fondamentales auxquelles s'ajoutent sa propre spécificité et son caractère généralement plus progressiste et son respect des valeurs collectives au delà de l'individualisme ambiant.
    Pas surprenant donc, et surtout norma,l que de plus en plus d'anglophones se sentent solidaires de cette nouvelle société en construction dont l'aboutissement n serait le plein contrôle de sa destinée nationale. Quel contraste avec les dynosaures de cette communauté qu'il n'y a pas si longtemps avaient décidé de s'exiler de leur terre natale plutôt que d'apprendre le Français et contribuer leur riche patrimoine à l'édification du Québec contemporain. Enfin, une bouffée de fraicheur bienvenue!