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    Aide sociale

    Plus de 250 professeurs d’université dénoncent la réforme

    30 mai 2016 | Isabelle Porter à Québec | Québec
    Ceux qui refuseraient de participer au nouveau programme Objectif emploi pourraient se faire couper jusqu’à la moitié de leur chèque.
    Photo: Francis Vachon Le Devoir Ceux qui refuseraient de participer au nouveau programme Objectif emploi pourraient se faire couper jusqu’à la moitié de leur chèque.

    Plus de 250 professeurs d’université pressent le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, de ne pas aller de l’avant avec le projet de loi 70 et, surtout, de ne pas imposer de pénalités aux prestataires de l’aide sociale qui refuseront de se plier à son nouveau programme d’insertion à l’emploi.

     

    « Je pense que c’est bien que, les universitaires, on nous entende un peu plus, lance l’économiste Sylvie Morel du département des relations industrielles de l’Université Laval. Aller dans cette direction-là, ça va à l’encontre de ce qu’on observe dans la recherche en matière de politiques publiques de l’emploi. On va complètement à l’encontre de ce qu’il faudrait faire. »

     

    Le projet de loi 70 prévoit de nouveaux incitatifs pour détourner les jeunes de l’aide sociale. Ceux qui refuseraient de participer au nouveau programme Objectif emploi pourraient se faire enlever jusqu’à la moitié de leur chèque.

     

    Ils pourraient ainsi perdre jusqu’à la moitié de la prestation de base de 623 $, mais avec le crédit d’impôt à la solidarité de 103 $, ils s’en tireraient avec un revenu mensuel d’environ 500 $.

     

    Un point de presse sur leur démarche doit avoir lieu ce lundi à Québec. Les professeurs qui le dénoncent viennent de toutes les universités du Québec. La liste inclut des noms comme ceux de l’économiste Louis Gill de l’UQAM, l’auteur Alain Deneault qui est chargé de cours à l’UQAM, le professeur de droit François Crépeau, de l’Université McGill, et Michel Seymour, du Département de philosophie de l’Université de Montréal.

     

    De nombreux signataires sont des spécialistes de la sociologie, du travail social et du droit. Certains sont des experts de l’étude des politiques d’emploi comme Paul-André Lapointe, de l’Université Laval. Ce professeur en relations industrielles fait des recherches sur les trajectoires des travailleurs. « C’est comme si on considérait que ces personnes-là se retrouvent sur l’aide sociale à cause de choix qu’ils ont faits ou en raison de caractéristiques personnelles », déplore-t-il.

     

    M. Lapointe avance qu’entre 40 et 45 % des nouveaux demandeurs de l’aide sociale sont des gens qui ont perdu leur emploi. « En les contraignant à accepter n’importe quel emploi, on perpétue la pauvreté, la misère dans laquelle ils vivent. »

     

    Un appui qui dépasse les attentes

     

    L’entrée en scène des enseignants dans le débat découle d’une initiative du Collectif pour un Québec sans pauvreté qui souhaitait augmenter la pression sur le gouvernement.

     

    Le Collectif a contacté quelques professeurs il y a deux semaines en espérant obtenir une cinquantaine d’appuis. Or la réponse a largement dépassé les attentes. Dimanche, la liste comptait 280 noms.

     

    « Depuis le début, on nous présente cette réforme-là comme si elle allait de soi, dit le porte-parole du Collectif Serge Petitclerc. Mais on est loin d’avoir l’unanimité sur cette question-là. M. Blais critique la rigueur de nos arguments, mais il n’a jamais fait la preuve rigoureuse qu’il avait raison d’adopter une approche punitive. Nous, notre expérience montre que le fait d’appauvrir les gens, ça ne peut pas les aider. »

     

    M. Petitclerc souligne qu’à l’exception des mesures punitives, le projet de loi ne déplaît pas à son organisme. Il cite à cet égard la députée solidaire Françoise David qui, en commission parlementaire, avait dit au ministre « qu’il suffirait de presque rien » pour qu’ils soient d’accord.

     

    En vertu du projet de loi, les nouveaux demandeurs d’aide sociale devraient se soumettre à un « plan d’intervention » d’au moins un an avec un « accompagnement personnalisé ». Ils auraient le choix entre trois scénarios : la recherche d’emploi, une formation ou « l’acquisition de compétences ».

     

    Rappelons que le ministre Blais est lui-même un universitaire. Avant son entrée en politique, il était le doyen de la faculté des sciences sociales de l’Université Laval.

     

    D’ailleurs ses anciens collègues s’expliquent mal l’apparent écart entre ses travaux de recherches et les politiques qu’il essaie maintenant de mettre en place. « M. Blais a écrit un ouvrage sur l’allocation universelle où il mettait de l’avant l’importance de respecter la dignité des personnes, de ne pas avoir une démarche coercitive, mentionne Sylvie Morel. On comprend mal comment il peut agir en ce sens-là. »

     

    Elle précise toutefois que son ouvrage était « dans une perspective libérale ». Il mettait l’allocation universelle en avant pour « permettre l’abolition progressive de programmes comme l’assurance-emploi », signale-t-elle.

     

    Le projet de loi est à l’étape de l’étude détaillée et on ignore si les libéraux auront le temps de le soumettre à un vote avant la fin de la présente session parlementaire. Cette semaine en commission parlementaire, le ministre Blais a reproché à l’opposition de faire du « blocage » et déploré « qu’on n’avançait pas ». Là aussi, les désaccords portent presque exclusivement sur les pénalités.

     

    La semaine dernière, une coalition d’organismes oeuvrant auprès des jeunes est intervenue, elle aussi, pour convaincre le ministre de retirer ces sanctions.

     

    La Coalition interjeunes s’était toutefois réjoui de certains amendements apportés récemment au projet de loi, dont le supplément de 260 $ qui serait attribué aux jeunes qui acceptent de reprendre leurs études.

     

    Avec La Presse canadienne













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