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    Service de transport par taxi

    Un projet de loi plus nocif que bénéfique, disent des experts

    14 mai 2016 |Jeanne Corriveau | Québec
    Selon le professeur Pierre-Olivier Pineau, il aurait mieux valu alléger les frais et la bureaucratie imposés à l’industrie du taxi, plutôt que de contraindre Uber à des règles désuètes.
    Photo: Michaël Monnier Le Devoir Selon le professeur Pierre-Olivier Pineau, il aurait mieux valu alléger les frais et la bureaucratie imposés à l’industrie du taxi, plutôt que de contraindre Uber à des règles désuètes.

    Le projet de loi du ministre Daoust visant à serrer la vis à Uber ne réglera pas à long terme les problèmes qui affligent l’industrie du taxi. Mais surtout, il nuira à la mobilité et à l’innovation en matière de covoiturage, estiment des experts consultés par Le Devoir.

     

    Uber devra se plier aux mêmes règles que celles imposées aux compagnies de taxi. Dans le projet de loi présenté jeudi par le ministre des Transports, Jacques Daoust, les « partenaires-chauffeurs » devront notamment détenir un permis de taxi (qu’ils pourront louer) et percevoir la TVQ et la TPS pour chaque course effectuée.

     

    L’entreprise californienne n’a toujours pas dévoilé ses intentions, mais il semble peu probable que son service UberX survive dans les conditions décrétées par Québec.

     

    Tout en reconnaissant que les chauffeurs subissaient une iniquité qui devait être corrigée, Pierre-Olivier Pineau, professeur titulaire à HEC Montréal, croit que le gouvernement commet une « erreur grave » : « Ce que je reproche au projet de loi, c’est qu’il vient perpétuer la protection d’un service de taxi qui pose problème depuis des années. On va peut-être régler pour quelques mois le problème des chauffeurs de taxi, mais ça nous éloigne de la solution à long terme, qui est de rendre les places vides dans les voitures plus disponibles aux gens qui n’ont pas de voiture. »

     

    Selon lui, il aurait mieux valu alléger les frais et la bureaucratie imposés à l’industrie du taxi, plutôt que de contraindre Uber à des règles désuètes. « Au Québec, on a tellement de défis à relever pour atteindre nos objectifs de réduction des gaz à effets de serre. Le faire sans pouvoir accéder à cette mise en commun de ces véhicules, c’est une erreur majeure, lance-t-il. C’est la voiture individuelle qui devrait être l’ennemi numéro un. »

     

    Professeure à la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal, Paula Negron abonde dans le même sens. « Le projet de loi n’est pas si différent de la loi actuelle. Il ne résout pas les problèmes qui avaient été soulevés tant du côté d’Uber que de l’industrie du taxi, dit-elle. On aurait dû faire un projet de loi pour améliorer le service et essayer de comprendre pourquoi les gens s’en vont chez Uber ou d’autres entreprises ailleurs. »

     

    Modulation des tarifs

     

    Le projet de loi prévoit que les tarifs des taxis pourront être modulés en fonction de la demande, de plus ou moins 50 %, s’apparentant aux variations de prix décrétés par Uber.

     

    Les deux professeurs s’entendent pour dire que la modulation des prix a du bon. « La variation de tarifs n’est pas mauvaise en soi tant et aussi longtemps que les gens sont au courant [avant de monter dans le taxi]. Si vous voulez gérer la congestion, il faut jouer dans les tarifs. Ça se fait ailleurs, dans le transport en commun dans d’autres villes notamment », signale Paula Negron.

     

    « C’est gagnant », croit pour sa part Pierre-Olivier Pineau. Il est fréquent de voir les chauffeurs de taxi qui font la file à leur station de taxis. « Entre ne rien faire ou faire 5 $, le chauffeur va préférer faire 5 $ », dit-il.

     

    Le projet de loi du ministre Daoust a consterné la Commission-Jeunesse du Parti libéral du Québec (PLQ). Mais vendredi, le premier ministre ne semblait pas se formaliser de cette dissidence. « Je voulais refaire du Parti libéral un parti de débats et un parti d’idées. Tant mieux si les gens veulent débattre. […] Ça peut arriver qu’un gouvernement, qui a une perspective plus large, ne soit pas nécessairement au même endroit », a-t-il indiqué.













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