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    Charest chahuté pendant un discours sur l’éthique

    5 avril 2016 |Marco Fortier | Québec
    Jean Charest a défendu lundi deux de ses anciens ministres, Nathalie Normandeau et Sam Hamad.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Jean Charest a défendu lundi deux de ses anciens ministres, Nathalie Normandeau et Sam Hamad.

    Un discours de Jean Charest sur la bonne gouvernance a été interrompu par une poignée de manifestants qui a dénoncé les controverses éthiques impliquant des membres du gouvernement libéral.

     

    Le jour même où l’on apprenait que le ministre Sam Hamad se repose en Floride pour se remettre d’allégations de mauvaise conduite, l’ancien premier ministre Charest a dû interrompre — et annuler — un discours qu’il livrait à l’Université McGill, lundi.

     

    Une demi-douzaine de manifestants qui s’étaient faufilés dans la salle ont brandi des banderoles contre l’exploitation du pétrole et contre l’austérité. Ils ont crié des slogans contre l’ancien premier ministre, qui a dirigé le gouvernement du Québec de 2003 à 2012.

     

    « C’est hypocrite qu’il vienne parler de bonne gouvernance, avec tout ce qu’on apprend sur son gouvernement », a dit Kristen Perry, une étudiante qui milite pour les investissements éthiques, rencontrée à l’extérieur de la salle.

     

    Elle et d’autres citoyens venus assister au discours de Jean Charest étaient outrés que l’ex-premier ministre vienne parler d’améliorer la politique au moment où des scandales entachent des membres influents de son ancien gouvernement.

     

    À la défense de ses ex-ministres

     

    Sam Hamad a été écarté temporairement du Conseil des ministres de Philippe Couillard pour des allégations survenues en 2010, quand il faisait partie du gouvernement Charest. Radio-Canada a révélé la semaine dernière que le ministre Hamad a fait pression sur ses collègues au gouvernement pour accorder une aide financière à la firme Premier Tech, de Rivière-du-Loup, qui employait son « ami » Marc-Yvan Côté, ex-ministre libéral. Celui-ci et certains de ses proches ont contribué à la caisse électorale du ministre Hamad.

     

    Deux semaines plus tôt, Nathalie Normandeau, qui était vice-première ministre dans le gouvernement Charest, avait été arrêtée avec six autres personnes — dont Marc-Yvan Côté — pour complot, corruption, fraude et abus de confiance. Avant de livrer son discours lundi, Jean Charest a défendu Nathalie Normandeau, mais a pris ses distances de Sam Hamad.

     

    « Dans le cas de Mme Normandeau, je la connais bien, très bien, et depuis très longtemps. J’ai toujours eu confiance en elle et j’ai toujours confiance en Mme Normandeau », a dit Jean Charest aux journalistes.

     

    « M. Hamad, c’est une affaire différente. Je pense que M. Hamad a posé un bon geste lorsqu’il a décidé lui-même, à son initiative, de faire appel au commissaire à l’éthique », a précisé l’ancien chef libéral.

     

    Il n’a pas répondu à d’autres questions de journalistes, qui l’interrogeaient notamment au sujet des 100 000 $ que ses ministres devaient amasser chaque année pour contribuer à la caisse électorale du parti. Les partis d’opposition soutiennent que cette cible ambitieuse a ouvert la porte à des manoeuvres douteuses de financement électoral par des entreprises qui cherchaient à obtenir des contrats publics.

     

    Jean Charest était invité par l’Université McGill pour parler des recommandations d’un groupe d’experts, dont il faisait partie, pour améliorer la démocratie. Ce rapport, commandé par le Forum des politiques publiques, a avancé neuf recommandations susceptibles d’améliorer la gouvernance, surtout au niveau fédéral. Le groupe propose notamment de valoriser le rôle des députés et de la fonction publique, et de réduire les pouvoirs du Bureau du premier ministre.


    Une constitution pour le Québec Jean Charest est d’avis qu’il y a des arguments solides pour l’adoption d’une constitution pour le Québec, et qu’elle aurait même possiblement empêché le Parti québécois de présenter sa controversée charte des valeurs.

    L’ex-premier ministre libéral a tenu ces propos à l’occasion d’une allocution à la faculté de droit de l’Université américaine Yale, fin mars, lors d’un symposium intitulé : « Est-ce que le Québec a besoin d’une constitution écrite ? ». Les remarques de M. Charest, en anglais, ont été mises en ligne par le centre de diffusion de l’université.

    Il a dit avoir accepté l’invitation de prononcer cette conférence parce que le contexte actuel est « intéressant » et aussi à la lumière d’un événement récent « qui lui a donné des raisons de s’inquiéter », soit la charte des valeurs du gouvernement péquiste de Pauline Marois.

    « L’une des questions qui m’est [alors] venue à l’esprit était : est-ce que cela se serait produit s’il y avait eu une constitution au Québec ? », a-t-il dit.

    Selon lui, une constitution pour la province ne pourrait être adoptée qu’après un référendum à ce sujet.

    Pour cette raison, M. Charest, qui s’est décrit dans sa conférence comme « le général en temps de guerre » contre le référendum de 1995, n’aurait pu présenter de référendum sur une constitution pour le Québec.

    La population aurait été confuse, a-t-il affirmé, y voyant un obstacle qui n’aurait vraisemblablement pas été surmonté.

    Mais au-delà de cet enjeu, il y a lieu de se demander si une constitution serait une bonne chose pour le Québec, a-t-il expliqué.

    « Sur de nombreux points, il y a des arguments solides et rationnels qui peuvent être faits en faveur d’une bonne constitution provinciale écrite », a dit M. Charest.

    Et si une telle constitution avait existé en 2013 lorsque le projet péquiste de charte des valeurs a été déposé à l’Assemblée nationale, elle aurait peut-être pu empêcher un tel projet — qualifié par M. Charest d’offensant. Ou elle aurait à tout le moins permis de formuler des arguments plus solides pour s’y opposer, a-t-il fait valoir.

    Également, une constitution provinciale aurait peut-être aidé les Québécois à renforcer leur sens d’identité, « ce qui sera toujours une préoccupation », a-t-il avancé.

    M. Charest n’a pas détaillé le contenu d’une constitution québécoise. Tout au plus a-t-il suggéré certaines lois qui pourraient y être intégrées, comme la Charte de la langue française et la Charte québécoise des droits et libertés de la personne.

    Mais les bonnes circonstances doivent exister pour qu’une telle discussion ait lieu, a précisé l’ancien premier ministre, qui continue de faire l’apologie du fédéralisme.

    « Je ne vois pas ce jour à l’horizon », a-t-il dit.

    Et jusqu’à ce qu’il arrive, M. Charest recommande de travailler avec les outils qui existent actuellement.












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