Un seul et même parti

L’ancien premier ministre Jean Charest, qui avait nommé Nathalie Normandeau au poste de ministre, est présentement à l’extérieur du pays. Il ne fera « aucun commentaire », a indiqué l’un de ses collaborateurs au bureau d’avocats McCarthy Tétrault, Grégory Larroque.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’ancien premier ministre Jean Charest, qui avait nommé Nathalie Normandeau au poste de ministre, est présentement à l’extérieur du pays. Il ne fera « aucun commentaire », a indiqué l’un de ses collaborateurs au bureau d’avocats McCarthy Tétrault, Grégory Larroque.

Si jamais Nathalie Normandeau devait refuser de couler seule en révélant tout ce qu’elle sait sur les stratagèmes de financement politique au Québec, elle pourrait en « faire tomber une méchante gang » au sein du Parti libéral, estime l’ex-numéro un de l’opération Diligence, Sylvain Tremblay. Parce que, quoi qu’en dise Philippe Couillard, les liens entre « l’ancienne garde » de Jean Charest et la sienne sont encore nombreux.

 

Aujourd’hui à la retraite, l’ex-enquêteur de la Sûreté du Québec a souvent exprimé ouvertement son scepticisme face au travail de la commission Charbonneau et celui de l’Unité permanente anticorruption (UPAC). Même s’il demeure sur sa faim, il juge que les arrestations de jeudi ont de quoi faire frémir M. Couillard et certains de ses ministres. « S’il fallait que Mme Normandeau se mette à table et [se] dise “c’est pas vrai que je vais tomber toute seule” et qu’elle nous explique vraiment le financement du PLQ […] elle pourrait vraiment éclaircir [la situation] pour les contribuables qui se sont fait flouer pendant des années », a estimé M. Tremblay, qui fut l’un des principaux responsables des opérations SharQc et Diligence de la SQ.

 

« Elle peut en faire tomber une méchante gang. »

 

Pourtant, jeudi matin, Philippe Couillard a tenté de minimiser les liens entre sa formation et celle que dirigeait Jean Charest jusqu’en 2012. Il a déclaré que ces arrestations témoignent d’une autre époque. « Le parti que je dirige actuellement a une pratique exemplaire en financement politique », a-t-il soutenu.

 

Il a toutefois omis de préciser qu’avant de rompre tous ses liens avec le PLQ au cours des derniers mois, Nathalie Normandeau avait été appelée en renfort à plus d’une reprise afin d’aider (bénévolement) à former divers candidats libéraux novices.

 

De plus, onze des ministres de Philippe Couillard (et lui-même) ont travaillé côte à côte avec l’ex-vice-première ministre au sein du cabinet Charest : Sam Hamad, Julie Boulet, Lise Thériault, Jean-Marc Fournier, Pierre Moreau, Christine St-Pierre, Laurent Lessard, Kathleen Weil, Geoffrey Kelley, Dominique Vien et Nicole Ménard.

 

Du lot, M. Fournier, le leader parlementaire du gouvernement, fut l’un des rares libéraux à commenter l’arrestation de Mme Normandeau. « [L’UPAC] fait son travail. Je pense que c’est pour le mieux », a-t-il affirmé. Les autres ex-collègues de Mme Normandeau, tout comme M. Charest, ont préféré s’en tenir à un « pas de commentaires ».

 

C’est le cas de Julie Boulet, qui avait été tenue à l’écart du premier cabinet ministériel de M. Couillard après son passage remarqué devant la commission Charbonneau, mais qui a réintégré le conseil des ministres au plus récent remaniement. Une partie de son témoignage avait été discréditée par le rapport final de la CEIC.

 

« Du monde correct », dit l’ex-président du PLQ

 

Robert Benoît, ancien président du Parti libéral (1985-1989) et député libéral d’Orford (1989-2003), défend quant à lui bec et ongles ses anciens alliés politiques, tels que Mme Normandeau et M. Côté. Celui qui, devant la CEIC, avait désigné l’arrivée de Jean Charest en politique provinciale comme point de départ du changement de culture au sein du PLQ estime aujourd’hui que la faute revient ni plus ni moins à l’ancien premier ministre.

 

« Comment ça se fait que ça chavire avec l’arrivée de monsieur Charest ? C’est la question que je me pose. […] Ce n’était pas la culture du parti sous Robert Bourassa, Claude Ryan ou Daniel Johnson. Tout ça va se passer […] quand M. Charest prend le pouvoir. »


Pire que le scandale des commandites, selon la CAQ et QS

Les arrestations menées par l’UPAC seraient venues confirmer ce qui était déjà bien connu sur la colline parlementaire, à savoir que les deux principales formations politiques du Québec mènent depuis des années leurs campagnes avec de l’« argent sale », ont fanfaronné jeudi la Coalition avenir Québec (CAQ) et Québec solidaire (QS), affirmant tous deux être les seuls à être à l’abri de tout soupçon. « Plus personne ne peut nier que le système de corruption et de collusion fut bien implanté au Parti libéral du Québec (PLQ), a estimé la porte-parole de QS Françoise David. Nous espérons que l’enquête se poursuivra pour démasquer tous les responsables politiques. »

Porte-parole en matière d’intégrité à la CAQ, Nathalie Roy a exigé que le premier ministre présente des excuses au nom du PLQ, en plus de s’engager à rembourser chaque cent d’argent « souillé » qui aurait été amassé illégalement dans le cadre du stratagème allégué. « Ce scandale est pire que le scandale des commandites. […] Nous demandons à M. Couillard de jurer qu’il n’y aura pas d’autres membres du Parti libéral qui se feront accuser de corruption. » Selon elle, Philippe Couillard ne peut se dissocier des gestes allégués. Il était, tout comme Mme Normandeau, un membre influent du gouvernement Charest, a-t-elle rappelé.
31 commentaires
  • Jean-Marc Simard - Abonné 18 mars 2016 03 h 32

    La machinepolitique du PLQ reste la même...

    « Le parti que je dirige actuellement a une pratique exemplaire en financement politique », dixit Couillard...Ce n'est plus le même parti ajoute-t-il...

    FAUX !

    C'est encore la même machine politique qui fraye avec l'illégatité pour mieux s'attribuer les privilèges liés à la prise du pouvoir...Certains élus et certaines règles ont changé certes, mais c'est encore la même machine politique avec la même culture prédatrice et les mêmes gestionnaires...

    • Donald Bordeleau - Abonné 20 mars 2016 00 h 48

      Beaucoup de professionnels, d'entrepreneurs et les firmes étaient harcelés pour les activités de financement et rencontrer Monsieur Jean Charest.

      La pression était continuelle sur les députés pour fournir un petit 10,000$ pour devenir candidat. Comme Vaillancourt qui donnait un petit 10,000$ pour un futur candidat au municipal et aussi au provincial. Il semble qu'il avait un bon magot en réserve selon les perquisitions de l'UPAC.

  • Gaston Bourdages - Abonné 18 mars 2016 05 h 54

    Y aurait-il un lien «culturel» entre...

    ...celles et ceux du Parti Libéral qui savaient, celles et ceux de CBC-Radio-Canada (Gomeshi) qui savaient, celles et ceux du Comité Olympique(Marcel Aubut) qui savaient, celles et ceux au sein de l'Église (pédophilie) qui savaient mais qui n'ont pas dit, n'ont pas décrié, n'ont pas dénoncé, n'ont pas condamné?
    La culture du silence, des yeux fermés sur... La culture de la non-dénonciation.
    Ça prend du fort transparent et limpide courage pour dénoncer.
    Les gens au PLQ sont-ils toutes et tous comme ça ? Même chose pour le COC, l'Église, CBC/Radio-Canada ?
    J'essaie de m'abstenir de généralisation.
    Gaston Bourdages,
    Auteur,
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

  • Hélène Gervais - Abonnée 18 mars 2016 06 h 17

    Et qui osera arrêter charest?

    j'ai bien hâte de voir cela moi. Des millions ont été payés en trop à cause de la collusion, par les travailleurs du Québec, parce que certains en mettaient dans leurs grandes poches. J'espère que la commission Charbonneau servira à quelque chose et que des membres du gouvernement seront arrêtés et emprisonnés et que le parti libéral paiera pour ce que les contribuables ont dû débourser en trop.

    • Claude Bariteau - Abonné 18 mars 2016 10 h 41

      Il y a pire que d'avoir payer en trop. Il s'agit du sous financement des programmes du Québec sous Charest, de l'impasse dans laquelle s'est trouvé le PQ et de l'austérité du gouvernement Couillard qui fit payer les contribuables en coupant des services qu'ils avaient financés.

      Or, la corruption sous le gouvernement Charest n'avait pas seulement comme objectif de renflouer la caisse du PLQ et nombre d'amis du parti. Elle visait surtout à déconstruire le Québec pour le ramener à un État provincial contrôlé financièrement par le Canada, car là était la mission secrète de Jean Charest. Monsieur Legault devrait le savoir.

      C'est là que le geste de l'UPAC doit conduire, soit dans les effets collatéraux de la corruption. Ces effets, s'ils ont à voir avec la probité des élus et des partis, la débordent tout en l'incluant puisqu'ils ont des incidences sur la marge, infime, du pouvoir novateur de la province de Québec.

      Avec ces détournements, il y eut des pertes majeures difficilement récupérables, comme celles qu'a du assumer la Caisse de Dépôt pour son portefeuille à risque de PCCA non bancaires.

      Avec ces deux dossiers, ça fait beaucoup de pertes survenues sous le gouvernement Charest. Voilà pourquoi cet homme, fut-il monsieur Canada devenu PM payé en surplus, devrait comparaître devant une commission de l'Assemblée nationale, ce qui serait le cas si l'Assemblée nationale détenait des pouvoirs analogues à ceux du Congrès des États-Unis.

      Or, ce n'est pas le cas. Notre régime politique n'a pas d'emprise sur des PM en mission de déconstruction de l'État québécois. Il faudrait commencer par là. Ce qui implique de le revoir au complet.

    • Nicole Delisle - Abonné 18 mars 2016 12 h 34

      M. Coiteux disait hier que "Personne n'est au-dessus des lois!" Le pensait-il vraiment ou c'était pour faire bonne figure devant les journalistes? Je pense qu'aucun stratagème de cette envergure ne peut être érigé, sans
      que la pyramide de commandement de bas en haut n'en ait la moindre
      connaissance. Comme au moins dix ministres et députés actuels étaient là au moment des faits, ils ne pouvaient pas ne pas savoir. S'ils n'ont rien dit ou fait pour changer les choses, soyons honnêtes, ils sont aussi coupables par association. Il y a bien sûr présomption d'innocence, mais
      si l'UPAC poursuit ses enquêtes, on risque de voir d'autres arrestations.
      À moins que ces "présumés" sabotent les défenseurs de la vérité. Alors,
      là, ils se dévoileraient publiquement comme essayant de s'en sauver et
      déclarés coupables sans procès, par la population du Québec!

    • Bernard Plante - Abonné 18 mars 2016 18 h 54

      M. Bariteau, vous avez entièrement raison. Les effets collatéraux sont bien pires qu'une «simple» histoire de financement de parti. Espérons que ceux-ci seront un jour pris en compte.

      Pour ce qui est de modifier le fonctionnement de notre régime politique, faire du Québec un pays semblerait une excellente façon de procéder une fois pour toute!

  • Yvon Pesant - Abonné 18 mars 2016 07 h 03

    Radio poubelle

    C'est Éric Duhaime qui va être content. Beaucoup de matière pour sa tablée d'écoute.

    • Jacinthe Lafrenaye - Abonnée 18 mars 2016 10 h 14

      J'adore la pertinence de votre commentaire.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 18 mars 2016 07 h 44

    Le remboursement du PLQ

    Il ne suffit pas que le Parti libéral du Québec rembourse, comme le demande la CAQ, les contributions illégales à sa caisse électorale.

    On estime qu'à cause de cette collusion, les contrats publics étaient majorés de 30%. C'est ce 30% de plus pour tous les contrats publics sous le gouvernement Charest que le PLQ doit rembourser aux contribuables.

    • Jean-Marc Simard - Abonné 18 mars 2016 09 h 36

      Vous avez raison...C'est ce 30 % qui a plombé les finances publiques...C'est ce 30 % que les politiques d'austérité de Charest nous font remboursées...Nous payons donc deux fois les bévues PLQuistes...Une fois lors de la gestion des contrats, et une deuxième fois pour renflouer les coffres de l'État mis à mal par les stratagèmes de ce parti de mafieux...Et nous continuerons de payer le gros prix pour leurs bévues, car la pratique des extras se continuent...

    • Jacinthe Lafrenaye - Abonnée 18 mars 2016 10 h 16

      On pourrait aussi remettre en question la dernière élection qui a donné le pouvoir au PLQ de Couillard???