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    Politique municipale

    Les femmes ont encore du chemin à parcourir

    5 mars 2016 | Etienne Plamondon Emond - Collaborateur | Québec
    Les conseils municipaux du pays et de la province demeurent loin de la parité. Selon les dernières statistiques compilées par la Fédération canadienne des municipalités, les 5514 conseillères municipales canadiennes représentent seulement 25 % des conseillers municipaux du pays, tandis que cette proportion atteint 32 % au Québec.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les conseils municipaux du pays et de la province demeurent loin de la parité. Selon les dernières statistiques compilées par la Fédération canadienne des municipalités, les 5514 conseillères municipales canadiennes représentent seulement 25 % des conseillers municipaux du pays, tandis que cette proportion atteint 32 % au Québec.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Le monde de la politique municipale, au Québec et au Canada, demeure loin de la parité. Aperçus d’initiatives pour aider les femmes à s’approprier la démocratie et la gouvernance locales.


    Avant de se lancer en politique en 2009, Sylvie Goneau, conseillère municipale de la Ville de Gatineau et troisième vice-présidente de la Fédération canadienne des municipalités (FCM), avait travaillé pour un conseiller municipal de la Ville d’Ottawa. Ce dernier est devenu par la suite son mentor lorsqu’elle a décidé de se présenter comme candidate, puis lorsqu’elle a commencé à faire ses premiers pas comme élue. « Cela ne rend pas la campagne électorale plus facile, par contre je savais un peu plus à quoi m’attendre et je me sentais soutenue politiquement. » Néanmoins, elle constate que ce ne sont pas toutes les femmes qui ont cette chance.

     

    Gatineau a participé au programme Un bon départ pour les jeunes de la FCM, qui cherchait à trouver pourquoi les jeunes femmes n’avaient pas tendance à se lancer en politique municipale. « Elles ne savent pas par où commencer », tire-t-elle comme bilan. Il s’y ajoute la difficile conciliation travail-famille dans ce milieu et la tendance pour les femmes de vouloir posséder toutes les informations et connaissances possibles avant de faire le saut dans ce domaine. « C’est dur à accomplir en politique, car les sujets sont tellement variés, note Mme Goneau. Il faut les informer que beaucoup de ces connaissances sont acquises une fois qu’on est élues. » Le 8 mars prochain, la FCM dévoilera l’identité de cinq villes, dont une québécoise, qui participeront au projet Voix plurielle pour le changement. Ce programme vise à mobiliser plus spécifiquement les femmes autochtones, racialisées et immigrantes sous-représentées dans la démocratie municipale. « Elles font aussi partie du paysage social, dit-elle, et elles n’ont pas nécessairement toujours les outils, la confiance ou le soutien pour commencer. »

     

    Encore loin de la parité

     

    Les conseils municipaux du pays et de la province demeurent loin de la parité. Selon les dernières statistiques compilées par la Fédération canadienne des municipalités, les 5514 conseillères municipales canadiennes représentent seulement 25 % des conseillers municipaux du pays, tandis que cette proportion atteint 32 % au Québec. Les 626 mairesses du Canada, quant à elles, forment ensemble à peine 18 % des élues à la tête d’une municipalité. Au Québec, le pourcentage est relativement similaire, alors que seulement 17 % des maires sont des femmes.

     

    Selon les chiffres du ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire (MAMOT), les femmes demeurent minoritaires dans 60 % des conseils municipaux au Québec. De plus, 272 d’entre eux ne comptent qu’une femme et 78 s’avèrent entièrement masculins. En revanche, il est à noter que les femmes représentent plus de 40 % des élus dans les conseils municipaux de Montréal, Longueuil, Québec et Sherbrooke. Quelque 3814 femmes se sont présentées comme candidates aux élections municipales au Québec en 2013. Il s’agit d’un bond de 12,4 % par rapport aux candidatures enregistrées aux élections précédentes en 2009. Dans le portrait statistique du MAMOT, il est souligné que cette progression a été plus importante dans les candidatures aux postes de conseillères que dans celles pour la mairie.

     

    Simulations de conseils municipaux

     

    Parmi les initiatives qui ont stimulé cette augmentation des candidatures féminines en 2013, il y a le projet SimulACTIONS, conçu par Gaëtane Corriveau du Groupe femmes, politique et démocratie. Cet organisme tient depuis un bon moment des Écoles femmes et démocratie, qui proposent des formations intensives de cinq jours pour préparer les femmes qui s’apprêtent à faire le saut en politique. Mais SimulACTIONS les plonge dans la réalité du terrain à l’aide de simulations de conseils municipaux dans de véritables hôtels de ville. Des élus de la municipalité hôte viennent agir comme observateurs et mentors en encadrant et soutenant les participantes, en plus de répondre à leurs questions.

     

    Les deux premières éditions ont été organisées à l’approche des élections de 2013. Elles ont respectivement accueilli une douzaine et une vingtaine de femmes aux hôtels de ville de Magog et Drummondville. L’objectif de départ visait à ce que 30 % des participantes tentent ensuite leur chance aux élections. La formule a fait mouche, puisque 58 % d’entre elles se sont finalement présentées comme candidates. Parmi celles qui sont passées à l’action, 35 % ont été élues. L’expérience a été renouvelée en mai 2014 à Québec et en mars 2015 à Montréal.

     

    La Ville de Montréal, en partenariat avec le Conseil des Montréalaises, a décidé de reprendre le concept et de l’adapter. Les 29 et 30 avril prochain, l’hôtel de ville de Montréal accueillera l’événement Cité Elles MTL, qui se veut une version revue et corrigée de SimulACTIONS. « On veut attirer un plus grand nombre de personnes, créer des jumelages et nous assurer que parmi les participantes, toutes les formations et toutes les catégories soient représentées », explique Manon Gauthier, responsable du statut de la femme au comité exécutif de la Ville de Montréal. De plus, elle souhaite une démarche de mentorat après l’événement. « Il faut que ce dialogue se poursuive avec les Montréalaises et les Montréalais tout au long de l’année », insiste-t-elle.

     

    Un travail constant

     

    Nathalie Simon, mairesse de Châteauguay, croit qu’« on ne peut pas faire la promotion uniquement aux années électorales. On n’arrive pas du jour au lendemain en se disant qu’on va devenir conseillère municipale ou mairesse ». L’Union des municipalités du Québec (UMQ) a déjà mis en ligne dans son site des capsules vidéo mettant en vedette des élues pour inciter d’autres femmes à suivre leurs traces. Dans quelques semaines, Mme Simon va se réunir avec les autres membres du Comité femmes et gouvernance locale de l’UMQ, dont elle est présidente, pour ficeler un plan d’action, qui devrait se donner un mandat plus large afin de mousser l’engouement des femmes pour la chose publique. « Si on arrive à augmenter le nombre de femmes qui s’impliquent dans la vie citoyenne politique et la démocratie participative, cela créera déjà un bassin plus grand pour aller trouver des candidates potentielles. »

     

    Les élues ont aussi besoin d’un soutien à longueur d’année. Le Groupe femmes, politique et démocratie a amorcé le projet Codéveloppement en ce sens. La formule adapte à la politique municipale la stratégie de codéveloppement, parfois utilisée dans le milieu des affaires, articulée autour d’un mode d’apprentissage par les pairs. En 2013, un projet-pilote a été expérimenté avec des candidates aux élections municipales. Gaëtane Corriveau, politologue et formatrice au Groupe femmes, politique et démocratie, vient d’ajuster la formule pour des élues municipales de la région de la Capitale nationale au cours des derniers mois. Des conférences téléphoniques ont été organisées avec trois groupes de quatre femmes, soit deux composés de conseillères municipales et un de mairesses et de préfètes. Elles pouvaient ainsi partager leurs questionnements, leurs expériences, leurs bonnes pratiques, leurs problèmes et trouver ensemble des pistes de solution.

     

    « On a constaté que lorsqu’elles entrent en poste, parce que le système et les structures ont souvent été définis et élaborés par les hommes, […] elles se retrouvent dans un milieu qui n’est pas toujours facile », explique Mme Corriveau, qui a animé ces conférences téléphoniques. « On veut soutenir les femmes élues et les amener à persévérer dans leur mandat, parce qu’il y a des femmes qui démissionnent, entre autres en raison des difficultés à s’intégrer dans les milieux municipaux. » Selon elle, le travail doit demeurer constant. « Il reste beaucoup de chemin à parcourir. Il faut être très vigilante, car les acquis demeurent extrêmement fragiles. »

     


     

    Une loi pour augmenter la proportion de femmes Dans un avis publié en octobre dernier, le Conseil du statut de la femme a recommandé une modification de la Loi électorale du Québec pour forcer les partis politiques du Québec à admettre les femmes dans une proportion de 40 à 60 % de l’ensemble de leurs candidats à une élection. Ceux qui ne répondraient pas à cette obligation s’exposeraient à voir une sévère pénalité, jusqu’à l’élection suivante, dans leur allocation annuelle versée par le Directeur général des élections (DGE). Pour faciliter la transition, une cible de 35 % pourrait être établie pour la première élection après la promulgation de la mesure. Les partis politiques devraient aussi être tenus, toujours selon le CSF, de publier un plan d’action et un bilan de leurs pratiques pour augmenter les candidatures féminines. Il s’agit pour le CSF de moyens pour augmenter le nombre de femmes élues et favoriser l’atteinte d’une parité homme-femme dans la classe politique québécoise. Sur la scène municipale, le CSF suggère aux villes de s’inspirer de la Ville de Montréal, qui a mis en oeuvre un comité de travail, dirigé par Lionel Perez, pour identifier les besoins des élus en matière de conciliation travail-famille et de congés parentaux. Ce dernier a notamment proposé, en octobre dernier, de modifier l’horaire du conseil municipal de façon à terminer plus tôt les débats et séances tenus en soirée. Il a aussi demandé au gouvernement du Québec d’adopter un plan d’action en matière de conciliation travail-famille à l’intention des élus municipaux de toute la province.












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