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    Et si on abolissait le registre des automobilistes?

    17 février 2016 | Charles Montpetit - Coauteur de «6 décembre. De la tragédie à l'espoir : les coulisses du combat pour le contrôle des armes» | Québec
    Photo: iStock

    À la suite du récent dépôt à l’Assemblée nationale du projet de loi 64 sur la création d’un registre des armes d’épaule au Québec, plusieurs commentateurs opposés à cette mesure ont ressorti des boules à mites les vieux arguments qui avaient été invoqués il y a plus d’un quart de siècle pour tenter de discréditer ce genre de mesure. On est tenté de répondre que le débat a déjà eu lieu et que la majorité de la population s’est prononcée pour un tel projet de loi, mais puisque les arguments en question refont malgré tout la manchette, il importe de rappeler les réponses apportées à chacun d’entre eux.

     

    « Les criminels n’enregistrent pas leurs armes. » Un grand nombre d’armes utilisées illégalement ne proviennent pas d’un marché noir, mais bien de gens ordinaires qui se disent respectueux des lois. Par exemple, ceux-ci peuvent un jour succomber à un accès de dépression ou de colère, ou encore négliger d’entreposer adéquatement leurs acquisitions pour ensuite se les voir dérober par un intrus, voire un membre de leur famille. Dans tous ces cas, l’enregistrement de l’arme aidera la police à retrouver celle-ci, et l’acquéreur original y fera plus attention.

     

    « Les armes d’épaule sont moins dangereuses que les armes de poing. » En fait, les armes d’épaule constituent 80 % des armes recouvrées par les forces policières en lien avec la prévention ou le contrôle de la criminalité, et ont tué 10 des 13 policiers abattus ces dix dernières années dans le cadre de leur travail. Par ailleurs, il est absurde de dire qu’on ne doit pas s’attaquer à un problème tant que la société a d’autres soucis, car on ne pourrait améliorer quoi que ce soit en pensant de la sorte !

     

    « Les habitants des villes ne connaissent pas les besoins des milieux ruraux. » Vivre à la campagne n’entraîne pas une exemption automatique quant à la législation liée aux meurtres, à la violence conjugale ou à l’intimidation, pour ne citer que ces exemples. Or, les décès par balle sont justement plus élevés hors des centres urbains, toutes proportions gardées. De toute façon, les lois doivent servir l’ensemble de la population, et non favoriser uniquement les intérêts d’un sous-groupe.

     

    « Le contrôle des armes d’épaule n’est pas une mesure efficace. » En 1977, 1991 et 1995, les mesures contrôlant ces armes ont fait chuter les taux d’homicides, de suicides et des autres crimes qui leur sont dus, sans que cela entraîne un usage accru d’autres armes. Il faut bien reconnaître l’expertise des partisans de ces mesures, dont les principaux regroupements policiers, de santé publique et de lutte contre le suicide ou la violence conjugale ! De plus, l’enregistrement rend possibles des mesures préventives quand un propriétaire d’arme commence à se comporter dangereusement, et permet aux forces de l’ordre d’en savoir plus sur ce qui les attend dans les lieux où elles doivent intervenir.

     

    « Le contrôle des armes coûte cher et n’est pas parfait. » On pourrait en dire autant de toutes les lois qui régissent notre société, mais cela n’a pas empêché la mise en place d’autres mesures de contrôle, comme le recours aux permis de conduire et à la signalisation routière. Vu qu’à usage égal, les armes à feu font plus de victimes que les véhicules routiers, n’est-il pas temps de voir ce qu’on peut faire pour réduire le nombre de drames qui en découlent, comme on l’a fait pour les automobiles ?













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