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    À la mémoire de Laurin

    Lise Payette
    5 février 2016 |Lise Payette | Québec | Chroniques

    Pourquoi je pense au sympathique docteur Laurin en ce moment ? Parce que je ne peux m’empêcher de me demander comment il réagirait à la nouvelle récente que 200 000 nouveaux Québécois choisissent de ne pas apprendre le français malgré notre accueil et les moyens mis à leur disposition pour y arriver. Lui qui avait la certitude que la loi 101 assurait la vie de la francophonie québécoise pour longtemps serait tellement déçu de voir que nous nous laissons tasser encore une fois.

     

    La nouvelle a l’effet d’une douche froide parce qu’apparemment, personne ne l’a vue venir. Où sont donc passés les enfants de la loi 101, alors que c’est tellement évident à l’oeil nu et à l’oreille attentive ? Montréal est touchée, c’est sûr, mais elle n’est pas la seule. La ville de Québec en arrache aussi. L’anglais est revenu s’installer sournoisement un peu partout, sans faire trop de bruit. Vous n’aviez pas remarqué ? C’est que vous êtes sourd ou aveugle. Ou les deux à la fois.

     

    Nous avons la réputation d’être un peuple accueillant et c’est probablement vrai. Mais nous sommes aussi un peu bonasses avec tous ceux qui choisissent de vivre parmi nous. Il serait logique et urgent de leur expliquer la différence entre trouver refuge à Toronto et à Montréal. Si personne ne leur explique la différence en leur donnant une petite leçon d’Histoire qui leur permettrait de savoir de quoi on parle, c’est sûr qu’ils vont rester dans l’ignorance.

     

    N’avons-nous pas la responsabilité comme peuple de bien expliquer qui nous sommes, quelles sont les valeurs qu’on doit respecter pour arriver à vivre avec nous en toute égalité et harmonie ? Ils devraient savoir que le français est absolument requis pour arriver à une intégration respectueuse de nouveaux arrivants sur notre territoire. Peut-on leur expliquer que les batailles pour la langue française ont eu lieu, que nous avons majoritairement voulu sa survie et que c’est une richesse dans cette partie de l’Amérique où l’anglais, lui, ne risquera jamais de disparaître ?

     

    Est-ce que les fonctionnaires du fédéral, qui les prennent en charge à l’étranger avant de recommander leur acceptation selon les règles de l’immigration canadienne, oublient de leur expliquer que le Québec diffère du Canada ou des États-Unis ? Cette première explication paraît tellement essentielle pour que l’accueil puisse être confiant et chaleureux. On raconte souvent que le désir des immigrants, c’est d’abord d’aller aux États-Unis, mais comme c’est très difficile, ils choisissent le Canada en espérant un jour réaliser leur rêve et filer vers le sud. Si le Québec n’est qu’une terre de passage pour eux en attendant mieux, ne devrions-nous pas le savoir ?

     

    Ils doivent savoir que les francophones du Québec tentent toujours de survivre après 40 ans de loi 101. La stabilité de la langue n’est pas encore acquise malgré les efforts qui ont été faits. Nous avons trop souvent été forcés d’accepter que notre langue soit malmenée ou ridiculisée, même. Notre situation continue à se détériorer et nous hésitons à crier haut et fort que ça suffit parce que le français mérite mieux que le sort qu’on lui fait. Nous avons encore ce terrible complexe qui nous fait passer à l’anglais dès qu’il y a une personne parlant cette langue parmi nous alors que c’est l’inverse qu’il faudrait faire.

     

    Les leçons les plus importantes au sujet de la langue d’un peuple, c’est en Chine, lors de mon premier voyage dans ce pays, qu’il m’a été donné de les entendre. Ce fut lors d’une rencontre très protocolaire avec le maire de Shanghai, à son bureau, où le maire en question s’exprimait exclusivement en chinois avec un traducteur qui parlait un français digne de la Sorbonne et moi, exclusivement en français avec une traductrice chinoise. La rencontre officielle terminée, le maire eut la gentillesse de m’inviter pour un lunch au restaurant avec nos traducteurs et quelques femmes chinoises venant d’organismes de condition féminine. Je me retrouvai à côté du maire et quelle ne fut pas ma surprise de l’entendre s’adresser à moi dans un français impeccable dès la première phrase. Étonnée, je ne pus m’empêcher de dire « mais vous parlez français ». Il me répondit : « Bien sûr, j’ai étudié à Paris, mais dans mes fonctions officielles, je ne parle que le chinois. C’est la règle. La Chine s’exprime en chinois. Nos traducteurs font le reste. C’est leur rôle. » La leçon m’est restée.

     

    Imaginez que nous adoptions cette attitude en tout temps et en toutes circonstances. Il y aurait un regain de fierté chez les francophones du Québec. À moins que nous ayons décidé d’être un petit peuple qui ne tient à rien de ce qui fait sa richesse et que nous soyons prêts à disparaître pour laisser la place à ceux et celles qui viennent d’ailleurs. J’ai le sentiment que nous valons plus que ça… Camille Laurin vous dirait que votre sort est entre vos mains.













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