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    Les usines veulent embaucher des immigrants qui ne connaissent pas le français

    3 février 2016 | Robert Dutrisac - Correspondant parlementaire à Québec | Québec
    Plutôt que d’insister pour que les travailleurs apprennent le français avant d’être engagés, il faudrait leur offrir des cours en entreprise, selon l’AMEQ.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Plutôt que d’insister pour que les travailleurs apprennent le français avant d’être engagés, il faudrait leur offrir des cours en entreprise, selon l’AMEQ.

    Pour contrer les pénuries de main-d’oeuvre, les entreprises manufacturières demandent qu’on leur permette d’embaucher des travailleurs immigrants qui ne parlent pas le français avant même qu’ils n’aient suivi un seul cours de français.

     

    C’est ce qu’a signalé en commission parlementaire le président de l’Association des manufacturiers et exportateurs du Québec (AMEQ), Éric Tétrault, lors des consultations sur le projet de loi 77. Défendu par la ministre Kathleen Weil, ce projet de loi renouvelle la Loi sur l’immigration pour mieux l’adapter aux besoins pressants du marché du travail.

     

    « Les entrepreneurs que je rencontre préfèrent avoir des gens qui ne parlent pas français, mais qui sont des travailleurs spécialisés, qu’on met tout de suite en usine quitte à adapter l’offre de français », a affirmé cet ancien conseiller politique dans le cabinet de Jean Charest.

     

    Plutôt que d’insister pour que les travailleurs apprennent le français avant d’être engagés, il faudrait leur offrir des cours en entreprise. De toute façon, avec ou sans cours, le travailleur immigrant typique apprend le français à l’usine, a soutenu Éric Tétrault. « Même sans cours defrançais, si vous le laissez sur le plancher six mois, un an, il va se débrouiller et il va apprendre son français à l’usage. Ça va très vite quand vous êtes dans un milieu de travail, ça va plus vite que dans tout autre milieu parce que la collaboration est absolument essentielle sur une chaîne de montage. »

     

    Les entrepreneurs sont plus disposés que jamais à embaucher des travailleurs qualifiés issus de l’immigration, et ce, même s’ils ne connaissent pas le français. « Le Québec fait maintenant face à une urgence de nature économique qui est au moins, à mes yeux, aussi importante que la promotion du français actuellement, que la connaissance du français. Ce n’est pas de gaieté de coeur si je vous dis que les entrepreneurs me racontent qu’ils sont prêts à les prendre […] quitte à les former sur place, parce qu’à un moment donné, il faut quel’entreprisesurvive », a-t-il fait valoir.

     

    Peu de cours de français sont donnés aux immigrants sur leurs lieux de travail. Selon Éric Tétrault et Michel Leblanc, le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), qui a comparu aussi mardi, le gouvernement doit investir bien davantage dans la francisation en entreprise. Pour le président de l’AMEQ, il suffirait de puiser à même les sommes consacrées à la francisation des immigrants en classe, à temps complet et à temps partiel.

     

    Un risque pour la Charte des droits

     

    Le président de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), Me Jacques Frémont, a prévenu les élus de la possibilité que certaines dispositions du projet de loi 77 entraînent le gouvernement à violer la Charte québécoise des droits et libertés. Ainsi, la ministre s’octroie la prérogative de choisir les immigrants selon le pays ou la région du globe d’où ils proviennent. Si elle peut le faire pour les candidats qui sont à l’étranger, il en serait autrement pour les candidats qui résident déjà au Québec. La Charte s’applique à toute personne qui se trouve au Québec, donc aux travailleurs temporaires et aux étudiants étrangers. « Le recours à l’origine ethnique ou nationale dans la sélection des immigrants compromettrait le droit à l’égalité ».













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