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    Francisation: les immigrants «entre deux feux»

    Les données alarmantes reflètent un marché du travail anglicisé, disent des intervenants

    28 janvier 2016 | Robert Dutrisac - Correspondant parlementaire à Québec | Québec

    On ne peut rendre les immigrants responsables du déclin de la langue française à Montréal et du fait qu’elle peine à s’imposer comme langue commune.

     

    C’est ce que sont venus dire des intervenants auprès des immigrants à la commission parlementaire qui a amorcé, mercredi, les consultations sur le projet de loi 77. Ce projet de loi, défendu par la ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Kathleen Weil, vise une refonte majeure de la Loi sur l’immigration, vieille de 25 ans.

     

    Commentant le fait qu’une majorité d’immigrants qui ne connaissent pas le français ne suivent pas de cours pour se franciser, comme l’a rapporté Le Devoir, Michèle Vatz-Laaroussi, professeure en travail social à l’Université de Sherbrooke, a soutenu que le français n’était pas en danger à cause des immigrants. On ne doit pas leur faire porter « l’odieux de ce qui serait un déclin du français au Québec », a-t-elle prévenu.

     

    Pour Roger Le Clerc, du Regroupement des organismes en francisation du Québec (ROFQ), que des immigrants boudent les cours de français est « une sonnette d’alarme ».

     

    « Comment peut-on vivre et travailler, surtout à Montréal, sans apprendre le français ? Comment est-ce possible ? Il faut se questionner », a-t-il plaidé.

     

    Dualité linguistique

     

    Sa collègue, Georgina Kokoun, croit que les immigrants qui arrivent à Montréal sont pris entre deux feux : ils sont victimes de la dualité linguistique. « Je parle français ou je parle anglais ? Je suis dans un dilemme ; il faut bien que je choisisse. »

     

    « Qu’on dise que l’immigrant est la cause du recul du français, moi, je suis désolé : il faut [plutôt] que la société elle-même se pose la question : est-ce qu’on veut que le français soit la langue commune ? a-t-elle dit. On attend que le gouvernement au plus haut niveau fasse vraiment la promotion du français comme langue commune. »

     

    Selon elle, il est plus facile de se trouver un emploi à Montréal si on est unilingue anglophone que si on est unilingue francophone. « Une serveuse dans un restaurant de NDG peut être unilingue anglophone », a illustré Roger Le Clerc.

     

    Kathleen Weil, qui est d’ailleurs députée de la circonscription de Notre-Dame-de-Grâce, a réitéré qu’il est impossible pour un travailleur qualifié de se trouver un emploi à Montréal s’il est unilingue anglophone. Georgina Kokoun estime plutôt que c’est l’unilingue francophone qui est rejeté. Elle a cité son expérience personnelle : originaire de la Côte d’Ivoire, elle n’a pu trouver d’emploi en informatique, sa spécialité, parce qu’elle n’était pas parfaitement bilingue.

     

    Moins de français

     

    Par ailleurs, le président de la FTQ, Daniel Boyer, a déploré que le projet de loi 77 réduise l’obligation de la ministre d’intégrer les immigrants en français dans « une volonté d’allégement au bénéfice strict des entreprises ». Le patronat souhaite recruter plus facilement des travailleurs qualifiés qui ne connaissent pas le français. Le chef syndical a aussi signalé que les coupes au ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion avaient touché la francisation en entreprise, dont se charge la FTQ. L’organisme FDBM, qui donne presque tous les cours mis sur pied par la centrale syndicale, a diminué de 30 % le nombre de travailleurs visés par an, soit 350 au lieu de 500.













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