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    Le référendum, 20 ans après

    Sortir du marais

    Antoine Robitaille
    31 octobre 2015 |Antoine Robitaille | Québec | Éditoriaux
    Tout le monde a perdu, il y a 20 ans. Et depuis, politiquement, le Québec patauge dans une sorte de marais délétère. Comment en sortir ?


    Avec son résultat ultraserré, le référendum du 30 octobre 1995 n’a évidemment rien réglé. La défaite du Oui, pourtant courte, a été durablement aggravée par le discours extrêmement malhabile de Jacques Parizeau. Quinze ans plus tôt, avec un score plus déprimant encore, un René Lévesque, pourtant meurtri, avait su avoir la défaite noble et préserver l’avenir.

     

    Malgré tout, on pensait bien, il y a 20 ans, que les 49,4 % de « oui » auraient des suites. Le Québec ? « Jamais plus il ne sera une quantité négligeable, comme il l’a été en 1982, ni “un problème parmi d’autres” où on le noyait, en 1990 et en 1992, durant les épisodes de Meech et de Charlottetown », écrivait, en une du Devoir du 31 octobre la directrice Lise Bissonnette. La veille, le Jean Chrétien n’avait-il pas enjoint aux manifestants du love-in de ne pas « laisser tomber » les Québécois ? Le soir du référendum, Daniel Johnson n’avait-il pas dit que ce score impressionnant signifiait qu’on allait « améliorer le Canada » ? On connaît la suite…

     

    Le slogan des souverainistes, « Oui, et ça devient possible », faisait mouche dans l’après-guerre froide caractérisée par la « fin des idéologies » et un sentiment de blocage politique. Il était grisant de se dire que des choses devenaient « possibles ». Les événements de 1990 et 1992 avaient démontré que la voie du fédéralisme renouvelé était bouchée. Le soir du 30 octobre, c’est l’autre voie privilégiée par la moitié des Québécois qui s’obstruait.

     

    Vingt ans plus tard, non seulement est-elle encore bloquée, mais la formule de Jacques Parizeau s’impose : le souverainisme s’apparente à un « champ de ruines ». Le fédéralisme québécois, lui ? Après avoir eu un frisson devant la feinte d’« ouverture » de Stephen Harper, il est retourné à son trou. Ceux qu’on appelait les fédéralistes se sont mués d’abord et avant tout en antisouverainistes. Amants du statu quo et d’une constitution immuable… de peur de faire le jeu des rêveurs de pays.

     

    Dans ce marais, une certaine idée du Québec s’érode. Sans trop s’en apercevoir, on recommence à se dire « province ». En 1961, Jean Lesage déclarait : « Pour nous, l’État du Québec, c’est le point d’appui commun, le levier dont nous pouvons et devons nous servir dans la poursuite des tâches que nous impose notre présence dans la réalité canadienne. » Pourtant du même parti que les Lesage et Bourassa, ceux qui gouvernent actuellement travaillent — par antisouverainisme ? — à miner cet État, son autonomie. Sous couvert de mener un exercice de ménage (ce qui s’impose parfois), ils planifient des amputations : la fin des Relations internationales, l’abandon graduel à Ottawa de la perception des impôts. Première depuis le renoncement à l’assurance-chômage en 1940.

     

    L’État du Québec risque, dans les années Couillard, de se vider en partie par le haut. Mais aussi, simultanément, par le bas : le maire Coderre, formé et forgé par Ottawa, a l’oeil sur plusieurs morceaux de la « province » : il rêve des revenus de la TVQ et entend désormais discuter directement avec le gouvernement fédéral, où ses anciens collègues du PLC viennent de reprendre le pouvoir. Le maire de la capitale l’appuie et l’accompagne. Même si la commission Charbonneau a démontré qu’elles étaient parfois des gouvernements de proximité avec les magouilleurs, les villes exigent un traitement d’égal à égal avec Québec.

     

    Face à cela, ce n’est pas tant la « division des souverainistes » qui devrait inquiéter, mais celle des nationalistes. Ces derniers forment encore une majorité au Québec, mais ils n’arrivent pas à s’entendre sur un véhicule commun. Il le faudrait, pour mettre au moins un pied en dehors du marais.













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