Les autochtones auront droit de regard

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), Ghislain Picard
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), Ghislain Picard

Les Premières Nations auront leur mot à dire relativement à la nomination de l’observateur désigné par Québec pour surveiller l’enquête policière sur les allégations d’agressions sexuelles de femmes autochtones qui pèsent contre des policiers de la Sûreté du Québec postés à Val-d’Or.

 

Le ministre responsable des Affaires autochtones, Geoffrey Kelley, a engagé des discussions avec le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), Ghislain Picard, pour que cet observateur soit choisi conjointement par Québec et les chefs autochtones, a révélé, mercredi, son cabinet. Une nomination conjointe ou encore la nomination de deux observateurs — dont un représenterait les autochtones — à cette enquête confiée au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ont été évoquées, a affirmé au Devoir Ghislain Picard.

 

Le premier ministre Philippe Couillard a adopté, mercredi, un ton conciliant à l’égard des chefs autochtones qu’il a accepté de rencontrer le 4 novembre prochain. Comme il s’y était engagé, Ghislain Picard a fait parvenir au premier ministre, mercredi après-midi, une lettre dans laquelle il l’invite à cette rencontre avec les chefs autochtones à Montréal.

 

Philippe Couillard, qui a contacté le chef Picard et le grand chef des Cris, Matthew Coon Come, par la suite, s’est réjoui que dans cette lettre, on revienne « à un ton de collaboration et de respect mutuel », a-t-il écrit sur les réseaux sociaux.

 

Mardi à Val-d’Or, Ghislain Picard n’avait guère épargné Philippe Couillard, le qualifiant de premier responsable de la « crise » qui secoue les communautés autochtones depuis la révélation par Radio-Canada que plusieurs policiers de la SQ faisaient l’objet de plaintes portées par des femmes autochtones pour des agressions sexuelles. « Je me suis quand même assez retenu par rapport au ton », a soutenu Ghislain Picard, qui a dit avoir voulu refléter l’esprit qui régnait à cette rencontre de 32 chefs autochtones ou délégués. « Deux chefs sur trois étaient aux prises avec une colère évidente », a-t-il mentionné.

 

« Toute la société est responsable », a répondu, mercredi, Philippe Couillard, qui s’est félicité de ses bonnes relations avec les autochtones. « J’ai toujours rencontré avec plaisir les chefs des nations autochtones. Je suis probablement le premier ministre le plus disponible pour elles et je vais continuer à l’être. »

 

Ghislain Picard réprouve la façon dont le gouvernement a géré l’affaire, unilatéralement et sans consultation des Premières Nations. Mais il avait changé de ton en fin de journée.

 

Culture raciste ?

 

La rencontre de la semaine prochaine doit porter sur trois sujets, a indiqué le chef autochtone : les services aux communautés qui sont affectés par la « crise », la nature de l’enquête sur les policiers et, enfin, la commission d’enquête publique du gouvernement fédéral sur les meurtres et les disparitions de femmes autochtones ainsi que la commission que pourrait lancer parallèlement le gouvernement Couillard.

 

Si le gouvernement fédéral doit assumer d’indéniables responsabilités envers les autochtones, le Québec aussi, notamment en matière de justice et de police, a rappelé Ghislain Picard. « On dirait qu’il y a une discussion qu’on a évitée : comment la Sûreté du Québec exerce sa compétence lorsqu’il s’agit des communautés autochtones. » Il existe « une possible discrimination et la présence, peut-être, d’une culture vraiment raciste dans la façon d’appliquer la loi, de profilage racial », a-t-il fait observer.

9 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 29 octobre 2015 03 h 41

    Les premiers occupants du territoire

    Pourquoi nous feraient-ils confiance, ne savent-ils pas exactement comme nous qu'avec les humains il faut être prudent, pourquoi sont ils toujours si pauvres, qu'advient-il avec les argents que nous y investissons, pourquoi sont-ils obligés de vivre en marge, ou sont les services essentiels, pourquoi les folklorisons-nous, pourquoi n'ont ils pas droits au même confort au meme respect que nous, a la meme éducation et aux memes chances dans la vie, nous sentons nous si redevable que nous ne voulons pas les voir, pourtant il faudra bien un jour les voir pour ce qu'ils sont vraiment, les premiers occupants du territoire

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 29 octobre 2015 05 h 13

    Responsabilité

    «Vous êtes le premier responsable». C'est vous qui devez prendre la direction.
    «Toute la société est responsable». C'est la faute à tout le monde.
    Deux façons de comprendre la responsabilité.

    Si ces deux personnes ne disent pas la même chose en employant les mêmes mots, il sera difficile de se comprendre.

    PL

  • Michel Lebel - Abonné 29 octobre 2015 07 h 37

    Pas aussi simple!

    Il faudrait que la police autochtone comme les chefs autochtones prennent aussi leurs responsabilités. Je trouve que cette dernière police a été bien silencieuse ces jours-ci. Je ne marche pas dans cette "philosophie" du Blanc, seul responsable de tous les maux des autochtones. Ce n'est pas aussi simple que cela! Attention à l'approche de la seule culpabilité du Blanc!

    M.L.

  • Hélène Gervais - Abonnée 29 octobre 2015 07 h 40

    Il y aurait peut-être moins de racisme....

    Si les chefs et les nations autochtones se faisaient connaître et participaient à 100% à la vie des blancs. Moi en tout cas ils me manquent les autochtones, j'ai hâte au jour où on sera en harmonie les uns avec les autres. Nous ne les connaissons pas, seulement quand il y a une crise et là il y a toujours des gens pour les décrier haut et fort, ceux que ça dérange comme de raison.

  • Denise Noël - Abonnée 29 octobre 2015 09 h 09

    Bravo M. Picard

    Il est grand temps. Les chefs et les nations autochtones doivent participer à la vie politique et économique de toute la société aux mêmes titres que les hommes et femmes politiques blancs. Ils doivent être considérés comme des partenaires capables de dire oui et de dire non à tout ce qui concerne le Québec ou le Canada.

    Comment peut-on croire, encore aujourd'hui, que nous avons un ascendant sur eux, sur leur bien être et sur leur destinéee. Comment peut on se mettre, comme Couillard, en position de les ignorer, quant aux enquêtes et problématiques qui les concernent directement? Ils n'auraient toujours pas leur mot à dire sur ce qui se trame dans leur dos?

    Comment peut-on être encore aussi arrogant à leur égard au 21e siècle?

    Je dis bravo à Ghyslain Picard, à Michelle Audet, à Mathieu Coon Come et à tous les autres qui tiennent la flamme du feu de l'espoir et de l'égalité, allumée depuis tant d'année pour tous les Autochtones et pour tous les Blancs.
    D. Noël, Psychanalyste