Le gouvernement fait de fausses économies, prévient le Conseil de la langue française

Le président du Conseil supérieur de la langue française (CSLF), Conrad Ouellon, juge que le gouvernement fait un mauvais calcul s’il pense faire des économies en n’investissant pas suffisamment au début de la scolarité des enfants pour garantir qu’ils apprennent convenablement le français. Couper aujourd’hui dans les services d’orthophonistes au primaire, par exemple, aura des répercussions plus tard au secondaire.

« L’espèce d’économie qu’on peut faire en ne déplaçant pas les énergies au tout de début de la scolarisation, on les échappe par la suite, ces économies-là », a affirmé Conrad Ouellon lors du point de presse qui a suivi sa présentation du dernier avis du CSLF intitulé Rehausser la maîtrise du français pour raffermir la cohésion sociale et favoriser la réussite scolaire.

« On insiste un peu partout dans l’avis sur la nécessité d’intervenir de façon précoce », a-t-il souligné.

Selon Conrad Ouellon, qui a mis sur pied le programme de maîtrise en orthophonie de l’Université Laval, les enseignants, pour faire leur travail efficacement, ont besoin des ressources spécialisées, notamment des orthophonistes.

Conrad Ouellon n’est pas de ceux qui croient que les jeunes parlent de plus en plus mal, qu’ils écrivent de plus en plus mal. Il a affirmé qu’il aurait pu écrire le dernier livre de Benoît Melançon qui dénonce 15 idées reçues sur la qualité du français au Québec. Chose certaine, les exigences quant au français écrit sont beaucoupplus grandes aujourd’hui qu’elles ne l’étaient il y a 40 ans, croit le président du CSLF.

Reprenant plusieurs observations et recommandations qu’il a déjà formulées et relayant les préoccupations exprimées par le Conseil supérieur de l’éducation (CSE), le CSLF souligne que la maîtrise du français est au coeur de la réussite scolaire. Le français est la base de tous les autres apprentissages ; une langue mal apprise entraîne souvent le décrochage.

Les recommandations de l’organisme visent essentiellement l’école. Ainsi, il est recommandé d’augmenter le nombre d’heures d’enseignement du français au primaire. Le ministère de l’Éducation devrait veiller à ce que l’école secondaire fournisse le nombre prévu d’heures d’enseignement du français.

Le CSLF se préoccupe de la qualité de la formation des professeurs de français : il souhaite qu’ils soient formés pour cette discipline ou, à défaut, qu’ils aient obtenu 15 crédits universitaires dans cette matière.

D’une façon générale, les exigences d’admission aux programmes de formation à l’enseignement doivent être rehaussées, un souhait qu’a déjà formulé le ministre de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, François Blais. De même, des mesures incitatives devraient être implantées « pour attirer les meilleures candidatures possible ». Que les facultés d’éducation aient la réputation d’accepter tout le monde ne leur permet pas d’attirer les meilleurs, estime Conrad Ouellon.

4 commentaires
  • Jean Lapointe - Abonné 9 octobre 2015 07 h 54

    En fait-on assez pour valoriser la profession d'enseignant


    «Que les facultés d’éducation aient la réputation d’accepter tout le monde ne leur permet pas d’attirer les meilleurs, estime Conrad Ouellon.»

    Ne faudrait-il pas se demander si tout est fait pour que le travail d'enseignant soit considéré comme une activité d'une extrême importance dans une société?

    C'est bien beau de vouloir attirer les meilleurs mais encore faudrait-il en trouver suffisamment.

    On ne peut sûrement pas dire que la profession d'enseignant soit très valorisée au Québec. Tout le monde se permet de critiquer les enseignants alors que la plupart des gens n'ont aucune idée de ce que c'est qu'enseigner. En tant qu'ex-enseignant j'en sais quelque chose.

    En fait-on suffisamment pour donner le goût aux jeunes de devenir des enseignants conscients de l'importance du travail qu'ils ont à effectuer en particulier, mais pas uniquement, au sein de l'école publique à tous les niveaux? J'en doute fort.

    Il ne faut surtout pas compter sur le gouvernement de simples comptables actuel pour améliorer la situation.




















    Voter 3 votes

  • Jean Richard - Abonné 9 octobre 2015 09 h 50

    Langue maternelle et langue officielle

    Parmi les non francophones, seuls les anglophones jouissent d'un privilège qui devrait pourtant être accordés à plusieurs autres groupes : celui de l'usage de sa langue maternelle au primaire (si on excepte les communautés autochtones). Plusieurs études sur le sujet ont débouché sur un constat : l'enfant apprend plus efficacement lorsqu'il est d'abord scolarisé dans sa langue maternelle.

    http://www.globalpartnership.org/fr/blog/les-enfan

    Se pourrait-il qu'à Montréal, les enfants provenant des communautés autres que francophones et anglophones soient plus nombreux à avoir des difficultés d'apprentissage au primaire ? La réponse est probablement oui. Et là, certains diront qu'il faut augmenter les ressources à l'apprentissage du français. Or, la langue n'est pas une connaissance en soi, mais un outil de communication des connaissances. Comment enseigner efficacement le français en français si le français n'est pas maîtrisé ? C'est l'histoire de l'œuf et de la poule.

    Certes, toutes les communautés linguistiques ne peuvent pas être mises sur le même pied. L"obligation de faire un tri est assez délicate.

    À Montréal, il y a suffisamment de ressources compétentes pour rendre possible l'enseignement du premier cycle du primaire aux enfants dont la langue maternelle est l'espagnol, le portugais, l'italien, le roumain, l'arabe et le mandarin. Dans les quatre premiers cas, il s'agit de langues latines ayant de nombreuses affinités avec le français. Par exemple, un jeune Brésilien apprendra très rapidement le français si cette langue lui est d'abord enseignée en portugais, et si elle n'est pas perçue comme une matière scolaire au même titre que les mathématiques.

    Une approche à l'européenne qui privilégie parallèlement la connaissance de sa langue maternelle et de la langue officielle du pays fera peut-être mieux que la situation actuelle où on demande à l'enfant de mettre sa langue maternelle à la poubelle.

  • Diane Leclerc - Abonnée 9 octobre 2015 11 h 57

    Qui entendra l'alarme ?

    M. Ouellon risque de prêcher dans le désert. Couillard et ses suiveux n'en ont que pour l'enseignement de l'anglais. Plus de français à l'école ? Voyons, c'est juste bon pour les vieux nationalistes; nous on passe aux vraies affaires... en anglais, «naturally».

  • Patrick Daganaud - Abonné 9 octobre 2015 21 h 08

    Problème en amont : il faut un enseignement explicite du français!

    L’intervention précoce, bien cernée par Dutrisac, concerne non seulement l'aide aux écoliers en difficulté, mais aussi, pour tous, l'apprentissage explicite de la langue dès le début du primaire, puis tout au long de leur scolarité jusqu'à la fin du secondaire.

    Si cela avait été fait, le problème ne se poserait pas: à présent 52 % de nos diplômés du secondaire sont en situation de faible littératie! 33 % des diplômés du collégial!

    Se peut-il que le ministère et son équipe de didacticiens aient contribué à cette dérive?

    Se peut-il que l’insistance exclusive sur le constructivisme et sur le socioconstructivisme ait rompu le triple rapport « temps disponible - contenus du code linguistique à maîtriser - obstacles à l'apprentissage » bien connu des praticiens et si complexe à doser?

    Se peut-il qu’au nom de résultats partiellement probants quant à la motivation des élèves ordinaires à lire et écrire, on soit devenu moins regardant quant au niveau de compréhension des élèves et à la qualité de leur syntaxe, de leur orthographe et de leur grammaire?

    J'enseigne aux futurs enseignants à l'Université de Sherbrooke.
    Passés à travers les épreuves ministérielles de français au secondaire et au CÉGEP, ils ont ensuite réussi l'épreuve universitaire du TECFÉE indispensable à la poursuite de leur formation et à leur qualification. Ils sont majoritairement motivés et intellectuellement équipés pour devenir des bacheliers en enseignement, quoi qu'en disent Conrad Ouellon et François Blais.

    Plusieurs vont néanmoins demeurer en situation de vulnérabilité quant à l'essentielle maîtrise de la langue parce qu'au primaire et au secondaire, ceux-là n'ont pas systématiquement et explicitement reçu la formation requise.

    Ne l'ayant pas reçue, ils ne pourront pas bien la transmettre! C’est déjà la situation dans trop de cas.

    Ils font partie des victimes : inutile de les punir!