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    Tourisme Québec à l’heure des coupes

    Le gouvernement abolirait jusqu’à 250 emplois en se tournant vers le privé

    9 septembre 2015 |Karl Rettino-Parazelli | Québec

    Québec a l’intention de confier tout le volet promotion du ministère du Tourisme au privé, ce qui entraînerait la suppression de 170 à 250 emplois et, du même coup, la perte d’une importante expertise gouvernementale, a appris Le Devoir.

     

    Le gouvernement Couillard planche depuis un an sur une révision du « modèle d’affaires et de gouvernance » de l’industrie touristique pour mettre fin aux dédoublements et à la multiplication des intervenants. Après avoir consulté les acteurs de l’industrie depuis un an et envisagé divers scénarios, il a fait connaître son choix aux employés de Tourisme Québec la semaine dernière : la création, à compter du 1er avril 2016, d’une alliance réunissant sous un même chapeau les trois regroupements existants (les Associations touristiques régionales associées du Québec [ATRAQ], les Associations touristiques sectorielles [ATS Québec] et l’Association québécoise de l’industrie touristique [AQIT]).

     

    « On nous a dit : “ voici les différentes options qui n’ont pas été retenues. Ce qui a été retenu, c’est de faire une alliance qui est un organisme à but non lucratif (OBNL), privé  », indique une source au sein du ministère qui a assisté à la présentation du sous-ministre du Tourisme, Marc Croteau. Ce dernier aurait indiqué que les emplois de 170 des quelque 260 fonctionnaires du ministère seraient menacés par cette décision.

     

    « Il y a beaucoup de gens au ministère qui sont là depuis des lunes. Du 20, 25, 30 ans, ce n’est pas rare. Ce sont des passionnés, des gens qui ont un bagage, des connaissances. En renvoyant des responsabilités au privé, on perd toute l’expérience et les connaissances de ces personnes-là », fait remarquer notre source.

     

    Le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ) et le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) — les deux organisations qui représentent les employés du ministère — ont tour à tour dénoncé la voie privilégiée par le gouvernement sur la base des informations obtenues auprès de leurs membres.

     

    Le SFPQ estime que 200 des quelque 230 employés qu’il représente à Montréal et à Québec (essentiellement du personnel de bureau) se verraient obligés de se trouver un nouvel emploi ailleurs dans l’appareil gouvernemental.

     

    « C’est presque la disparition de Tourisme Québec. Ce qui va rester à la fin, c’est de l’administration des subventions que le gouvernement doit distribuer au privé », affirme le président régional du syndicat pour Montréal et Laval, Jean-François Sylvestre.

     

    Le SPGQ évalue pour sa part qu’environ 48 de ses 106 professionnels (des employés chargés de la planification touristique ou du contrôle financier, par exemple) seraient affectés par la création du nouvel organisme.

     

    « La recommandation du Vérificateur général [en 2013], c’était de mieux contrôler les petits organismes qui se servent des fonds publics pour faire de la promotion touristique et éviter les dérapages, et c’est ce que veulent nos professionnels. Mais en leur coupant les vivres, on ouvre la porte de la bergerie toute grande au loup », fait valoir le président du SPGQ, Richard Perron.

     

    Il ajoute au passage qu’en confiant des responsabilités à un OBNL privé, le gouvernement du Québec contreviendrait possiblement à l’article 45 du Code du travail, qui encadre ce genre de transfert. Il a donc l’intention de commander un avis juridique à ce sujet.

     

    Les responsabilités transférées au privé concerneraient la promotion du Québec comme destination touristique ainsi que les relations avec les médias et les entreprises. La nouvelle alliance répondrait ainsi aux demandes formulées par l’ATRAQ dans un mémoire déposé en novembre dernier. Elle y réclamait la création d’une « entité de promotion touristique non gouvernementale » assurant notamment la gestion des fonds gouvernementaux dédiés à la promotion. L’ATRAQ n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue mardi.

     

    Réponse en octobre

     

    Au cabinet de la ministre du Tourisme, Dominique Vien, on refuse de confirmer les informations rapportées par les syndicats et certains fonctionnaires. Une annonce sera effectuée à Québec à la fin du mois d’octobre, en marge des Assises du tourisme, explique l’attachée de presse Cynthia St-Hilaire.

     

    « Ce n’est pas arrêté. Il y a encore des choses à ficeler, il y a encore des démarches qui sont faites dans ce dossier-là », dit-elle, en précisant que la réflexion entourant le nouveau modèle d’affaires s’est faite en collaboration avec l’industrie touristique et les fonctionnaires du ministère.

     

    Mme St-Hilaire dément la fermeture des centres d’information touristique de Rivière-Beaudette, Rigaud et Dégelis, comme rapporté en journée par le SFPQ. Elle reste cependant muette lorsqu’on l’interroge sur le recours au secteur privé ou la suppression de postes. Chose certaine, précise-t-elle, « la révision du modèle d’affaires n’est pas du tout faite dans une optique de compressions. C’est pour faire en sorte que notre industrie soit plus performante ».

     

    Des compressions de 1 million de dollars ont été exigées au ministère du Tourisme pour l’exercice 2015-2016, mais elles ont déjà été appliquées aux dépenses de fonctionnement, sans supprimer de postes, conclut Mme St-Hilaire.













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