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    Idées

    Old Harry: lettre d’un Terre-Neuvien à ses voisins québécois

    23 juin 2015 | Raymond Cusson - Shoal Brook, Terre-Neuve | Québec
    La plateforme flottante d’exploration pétrolière Eirik Raude, au large de Terre-Neuve, au cours des années 2000.
    Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne La plateforme flottante d’exploration pétrolière Eirik Raude, au large de Terre-Neuve, au cours des années 2000.

    Le golfe du Saint-Laurent a toujours eu son lot de légendes et de mythes : pêches miraculeuses, navires-fantômes, tempêtes gigantesques et récits d’épaves regorgeant de trésors y abondent. Toutefois, d’autres types de mythes circulent aujourd’hui sur notre mer intérieure commune. L’un de ceux-ci est une légende voulant que Terre-Neuve se soit lancée dans une course folle pour extraire le pétrole du golfe, en particulier à Old Harry. La réalité est fort différente et je vous écris directement de la côte ouest de Terre-Neuve, où j’habite depuis plus de dix ans, pour rectifier certains faits.

     

    Dans un discours prononcé lors de la table d’experts sur les hydrocarbures le 15 juin dernier, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles du Québec, Pierre Arcand, a demandé si Québec allait « laisser Terre-Neuve faire l’exploitation [de Old Harry] ». Avant lui, François Legault et Pauline Marois ont tenu le même discours, allant même jusqu’à prétendre que Terre-Neuve pourrait voler le pétrole québécois. Bernard Landry est même allé jusqu’à affirmer que des plateformes de forage étaient déjà présentes dans le golfe. Rassurez-vous, il n’en est rien.

     

    En réalité, il suffit de parler aux élus de Terre-Neuve, tant au niveau provincial que fédéral, pour constater que les possibilités pétrolières du golfe du Saint-Laurent les laissent plutôt indifférents. Une recherche dans les médias terre-neuviens permet de confirmer que les hydrocarbures du golfe ne sont vraiment pas sur l’écran radar de la province. En fait, tous les yeux sont plutôt tournés vers l’Atlantique et la mer du Labrador où des découvertes très importantes ont déjà été faites et où l’exploration se poursuit à vive allure. Je lance donc une invitation aux élus québécois à venir visiter notre magnifique province. Vous y serez accueillis très chaleureusement, mais vous constaterez aussi très rapidement le faible intérêt de Terre-Neuve pour les hypothétiques réserves pétrolières du golfe.

     

    Si le désintérêt de la province est manifeste, celui de l’industrie l’est tout autant. Ainsi, l’Office Canada-Terre-Neuve-et-Labrador des hydrocarbures extracôtiers (l’Office) a procédé récemment à un appel d’offres pour quatre immenses territoires dans le golfe, dont deux situées à proximité de Old Harry, et aucun de ces territoires n’a trouvé preneur auprès de l’industrie ! Dans l’Atlantique, les compagnies pétrolières sont prêtes à miser jusqu’à 500 millions de dollars pour une seule licence d’exploration, alors que, dans le golfe, elles refusent de mettre un sou.

     

    Malgré tout cela, une compagnie junior de la Nouvelle-Écosse, Corridor Resources, souhaite réaliser des forages exploratoires à Old Harry depuis 1996. Depuis dix-huit ans, la compagnie multiplie les efforts pour trouver un partenaire financier majeur lui permettant de mettre son projet de forage à exécution. Le tout sans succès !

     

    De plus, le projet est en évaluation environnementale depuis février 2011 et l’Office de Terre-Neuve a noté plusieurs lacunes majeures dans l’évaluation soumise par Corridor Resources ainsi que l’absence de consultations du public et des Premières Nations. Il est à noter que c’est également Corridor Resources, une compagnie junior sans aucune expérience en milieu marin, qui détient les droits d’exploration du côté québécois. Soyez-en avertis !

     

    Contrairement à ce qui a été fait au Québec pour Anticosti, le gouvernement de Terre-Neuve s’est toujours refusé à injecter des fonds publics dans l’aventure pétrolière dans le golfe. C’est ainsi que, depuis 2008, sept licences d’exploration accordées à d’autres compagnies juniors dans le golfe ont été révoquées, ces entreprises s’étant montrées incapables d’amasser le financement nécessaire.

     

    Bien que l’Office de Terre-Neuve ait été créé en 1987, et bien que l’industrie pétrolière soit active depuis quatre décennies, aucun projet sérieux d’exploration pétrolière n’a encore vu le jour dans le golfe du Saint-Laurent, et il est fort probable que la dernière compagnie en lice, Corridor Resources, devra bientôt abandonner son projet, faute de fonds. Les probabilités d’une exploitation pétrolière du golfe du Saint-Laurent par Terre-Neuve sont pour l’instant pratiquement nulles.

     

    Alors, chers voisins du Québec, il faudrait peut-être cesser de propager des mythes sur notre province et cesser de nous utiliser pour justifier votre empressement dans le dossier des hydrocarbures. Il semble que ce ne soit pas Terre-Neuve, mais bien le Québec, qui ait le pied sur l’accélérateur !













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