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    Point chaud

    Les limites du logement social

    22 juin 2015 | Isabelle Porter à Québec | Québec
    Pour Mario Bousquet, il faut miser sur une «aide à la personne» plutôt que sur une «aide à la pierre».
    Photo: Francis Vachon Le Devoir Pour Mario Bousquet, il faut miser sur une «aide à la personne» plutôt que sur une «aide à la pierre».

    Les programmes actuels en logement social au Québec sont dépassés, et on rate une occasion de loger certaines des personnes les plus en détresse de la société, plaide le coordonnateur d’un organisme communautaire de Québec.

     

    « On ne choisit pas les bonnes personnes », déplore Mario Bousquet, de l’organisme Clés en main, qui aide les personnes avec des problèmes graves de santé mentale à se loger. Le programme qui sert à financer les logements sociaux au Québec — Accès Logis — « n’est pas adapté aux réalités », selon lui. « Ça coûte énormément d’argent et ce qui arrive actuellement, c’est qu’ils sont vides ! »

     

    Clés en main aide les gens avec des problèmes lourds à se loger en servant d’intermédiaire entre eux et les propriétaires. Il aide ces personnes à se loger et assure ensuite un suivi pour sécuriser tout le monde.

     

    De plus en plus, il les installe dans des appartements sur le marché privé, mais avec une subvention qui limite leur loyer à 25 % de leur revenu. Dans le jargon du milieu, on appelle cela des programmes de supplément au loyer (PSL). Développée dans la capitale, cette approche unique au Québec a fait des petits : des PSL ont commencé à être distribués sur le marché privé dans des secteurs comme Portneuf ou encore Laval.

     

    Mais il n’y a pas assez de PSL pour répondre aux besoins de tout le monde, explique M. Bousquet. « En ce moment, j’ai 80 demandes et j’ai 18 PSL à donner. Et toutes les personnes [qui veulent une place] sont admissibles. Elles ont toutes des histoires d’horreur. C’est des gens en instabilité résidentielle, il y en a qui ont passé l’hiver dans la rue. On a des choix déchirants à faire », explique-t-il.

     

    « Il y a beaucoup de jeunes avec des diagnostics de schizophrénie, de psychose ou de bipolarité, beaucoup de femmes chefs de familles monoparentales avec des problèmes de santé mentale. En attendant, ils vivent en chambres, chez leurs parents, dans des ressources intermédiaires ou carrément dans la rue », dit-il.

     

    En se basant sur des données de la Santé publique, M. Bousquet estime qu’environ 12 000 personnes au Québec ont ce genre de besoins, mais ne trouvent pas leur place dans les programmes existants. Il pense qu’on devrait ralentir la construction de logements sociaux classiques et offrir davantage de PSL.

     

    Des locataires dont personne ne veut

     

    Son discours est complètement en porte-à-faux avec les groupes sociaux en logement les plus connus, comme le FRAPRU, qui réclame au contraire qu’on construise davantage de logements sociaux.

     

    Le FRAPRU a souvent dénoncé le recours au PSL, entre autres parce qu’ils constituent des subventions au privé et qu’on risque de soutenir des propriétaires négligents.

     

    Mario Bousquet rétorque que Clés en main a développé une approche pour empêcher cela. Avant d’être choisi, l’appartement est évalué par l’Office municipal d’habitation (OMHQ) qui peut révoquer le PSL s’il y a un problème.

     

    À ses yeux, il faut miser sur une « aide à la personne » plutôt que sur une « aide à la pierre ». Il dit qu’il n’est pas contre le logement social dans l’absolu, mais qu’il faut davantage de « flexibilité » pour venir plus rapidement en aide aux personnes.

     

    Surtout, il souligne qu’il y a déjà trop de ces logements qui sont vides. Comment expliquer une telle chose ? C’est que dans la plupart des projets de logements sociaux, le gouvernement donne aussi des PSL à la moitié des locataires. Ceux-là sont tous pris, mais ce n’est pas le cas des autres appartements qui se trouvent dans les logements sociaux et qui parfois restent vides.

     

    Soit les loyers sont trop chers, soit ils sont mal situés, précise Mario Bousquet. « Ça coûte trop cher à construire. Les terrains en ville sont devenus excessivement chers donc on construit des trucs de plus en plus éloignés. »

     

    Il raconte que dans un projet réalisé récemment à Québec, les promoteurs ont décidé de remplacer les petits appartements par un plus petit nombre de grands appartements pour réduire les coûts de construction. Or « ça ne répond pas aux besoins » parce que la grande majorité des gens sur les listes d’attente pour son organisme ou des HLM sont des personnes seules.

     

    La raison pour laquelle la moitié des logements ne sont pas subventionnés est qu’on a voulu éviter de construire des ghettos, explique-t-il. Or il pense qu’on peut arriver au même résultat en les logeant sur le marché privé, et ce, à moindre coût.

     

    Du côté des coops aussi il y a des résistances, dit-il. « Est-ce que tu vas mettre quelqu’un qui est dans la désorganisation et qui a des problèmes dans une coopérative où il est obligé de faire des tâches ? Ils n’en veulent pas », dit-il.

     

    Il raconte que, dans certains projets d’OSBL, on a demandé aux personnes à se doter d’assurances de 2 millions en responsabilité civile « au cas où ils mettent le feu », des produits souvent hors de prix, voire inaccessibles pour ces personnes.

     

    Vision partagée

     

    Le débat sur Accès Logis et les PSL fait rage ces temps-ci dans le milieu. Pendant ce temps, le discours de M. Bousquet a la cote au gouvernement. Le ministre des Affaires municipales a annoncé dans le dernier budget la création d’un nouveau programme pour financer 5800 PSL au cours des cinq prochaines années, un investissement de 123 millions.

     

    Pour l’heure, on n’en sait guère plus. Va-t-on augmenter la part de 50 % des PSL dans les projets de logements sociaux ou offrir des PSL comme ceux de Clés en main ? Comment s’assurer que le financement des PSL ne sera pas suspendu au bout de quelques années ? Les modalités du programme doivent être dévoilées d’ici l’automne. D’ici là, tout laisse croire que le logement social québécois est à la croisée des chemins.













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