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    Transparence

    Des agendas publics peu garnis

    Une importante directive ministérielle n’est pas suivie par tous les ministres

    18 juin 2015 | Marco Bélair-Cirino - Correspondant parlementaire à Québec | Québec

    À moins d’être de véritables ermites, plusieurs ministres libéraux font fi de l’une des mesures phares du premier ministre Philippe Couillard en matière de transparence : la divulgation de toutes les rencontres non sollicitées auxquelles ils participent.

     

    Le ministre responsable de l’Accès à l’information et de la Réforme des institutions démocratiques, Jean-Marc Fournier, a commandé aux membres du Conseil des ministres de dévoiler toutes informations pertinentes au sujet de rencontres fortuites avec des « acteurs non gouvernementaux ». Il leur a aussi demandé de diffuser leur agenda public sur le site Web de leur ministère respectif, « sauf en cas de circonstances exceptionnelles ». « Nous franchissons, aujourd’hui, une première étape vers l’objectif d’être le gouvernement le plus transparent et le plus ouvert de l’histoire du Québec », a déclaré M. Fournier en novembre 2014 à l’Assemblée nationale. « Ces nouvelles pratiques mettront à la disposition de la population québécoise davantage d’information sur les activités du gouvernement et permettront de se forger une opinion plus éclairée quant aux activités des membres du Conseil des ministres. […] C’est de cette façon que nous redonnerons confiance aux citoyens et aux citoyennes et que nous contribuerons à combattre le cynisme », a-t-il ajouté.

     

    Le leader parlementaire du gouvernement donnait suite à la promesse du chef du gouvernement, Philippe Couillard, de faire jaillir la « lumière » sur les affaires du gouvernement. « Le meilleur remède à l’obscurité, c’est la lumière, la transparence », avait-il déclaré à l’occasion du discours d’ouverture de la 41e législature de l’Assemblée nationale, en mai 2014. « Il faut que la transparence soit la plus entière possible et qu’elle ne trouve comme limite que la protection de la vie privée. »

     

    Déclaration à géométrie variable

     

    Après un survol des agendas des ministres publiés sur le site Web transparence.gouv.qc.ca, force est de constater que la diffusion des agendas connaît des ratés… ou que les ministres libéraux sont difficiles d’approche. À en croire les documents disponibles, certains membres du gouvernement ne sont quasiment jamais interpellés par un dirigeant d’une organisation privée ou publique ou d’un électeur sur un dossier entre leurs mains.

     

    Par exemple, le ministre des Finances, Carlos Leitão, n’a inscrit aucune « rencontre non sollicitée » à son agenda au cours des deux mois précédant le dépôt du budget 2015-2016, le 26 mars. La dernière « rencontre non sollicitée » à laquelle il a participé avant de livrer le discours sur le budget remontait au mercredi 4 février. La haute direction de la Banque de Chine au Canada avait alors fait une « présentation générale » de ses activités au Québec. Le premier ministre Philippe Couillard et le ministre Jacques Daoust étaient également présents.

     

    Le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries, et de l’Alimentation, Pierre Paradis, n’a, lui, déclaré aucune « rencontre non sollicitée » par lui ou son entourage depuis le début de l’année 2015. « Moi, je n’attends pas que les clients m’appellent. Je les appelle », explique-t-il dans une brève entrevue avec Le Devoir. M. Paradis dit donner un coup de fil à la directrice générale de l’Union des producteurs agricoles du Québec (UPA), Guylaine Gosselin, « une fois par semaine » pour lui demander : « Comment ça va ? »

     

    Les producteurs de porc ou de lait du Québec n’ont pas eu le temps de l’interpeller sur un enjeu ou un autre durant leur dernière assemblée générale respective, raconte M. Paradis. « Je vais au-devant. Je trouve que ce n’est pas une méchante méthode parce qu’ils ne me courent pas après. De toute façon, il faut que tu les rencontres. Si tu vas au-devant, tu es en avant de la “ game  », poursuit le vétéran de la politique québécoise.

     

    M. Paradis a dévoilé le projet de loi visant l’amélioration de la situation juridique de l’animal le 5 juin dernier, avant quoi il avait « appel[é] tout le monde ». « Je suis proactif », a-t-il insisté.

     

    Pierre Paradis est le seul ministre du gouvernement Couillard à ne pas compter sur l’aide d’un attaché de presse. « C’est plus d’ouvrage. Il faut que je vérifie tout », admet-il. Cette situation l’« oblige à connaître [son] ministère à fond ». « Mais, c’est sûr que c’est mieux d’en avoir. Sauf que, comment on appelle ça… “ l’austérité  », affirme-t-il, avant d’esquisser un sourire en coin.

     

    D’autres, comme les ministres Hélène David (Culture) et Francine Charbonneau(Famille) déclarent beaucoup de rencontres non sollicitées.

     

    La diffusion des agendas — renfermant à la fois les activités publiques et les rencontres fortuites de tous les ministres — « fonctionne plutôt bien », fait valoir l’attaché de presse de M. Fournier, Félix Rhéaume.

     

    Quelques-uns de ses collègues ne sont toutefois pas du même avis. « C’est inapplicable », lance sans détour l’un d’entre eux au Devoir.

     

    Il suit à la trace un ministre de premier plan de l’équipe Couillard depuis plus d’un an. Il peine toujours à distinguer le « small talk » d’une discussion de fond entre son patron et son interlocuteur lors d’un événement public. « C’est difficile. »

     

    Le ministre de l’Économie, Jacques Daoust, a indiqué avoir été salué le mercredi 25 mars par une certaine « Madame Panneton », une citoyenne de la circonscription de Verdun, au restaurant Le Parlementaire.

     

    La consultation de l’agenda de M. Couillard permet notamment d’apprendre qu’il a eu droit à une « brève présentation générale » du projet Hopes Advance de la part des dirigeants de la société minière Océanic Iron Ore Corporation le vendredi 20 février et qu’il a été informé d’une « problématique rencontrée pour l’obtention d’un permis de limousine » par le propriétaire du restaurant le Météore — sis à Saint-Félicien — Ghislain Lamothe.

     

    « À partir de quand ça devient une “ rencontre  ? C’est difficile à dire », ajoute un autre attaché de presse, refusant aussi d’être identifié. À ses yeux, la directive du bureau de Jean-Marc Fournier mériterait d’être précisée.













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