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    Réformes Couillard et Barrette

    La santé, ce n’est pas que l’accès à un médecin

    En nuisant aux services sociaux, on mine la santé des Québécois

    9 juin 2015 | David Bergeron - Travailleur social en Estrie | Québec
    La réforme Barrette amorcée avec l’adoption sous bâillon de la loi 10 l’hiver dernier s’inscrit en continuité avec la réforme Couillard de 2003.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La réforme Barrette amorcée avec l’adoption sous bâillon de la loi 10 l’hiver dernier s’inscrit en continuité avec la réforme Couillard de 2003.

    Le système de santé québécois dans sa forme actuelle, c’est-à-dire constitué d’une gamme de services de santé et de services sociaux accessibles à l’ensemble de la population, demeure un des piliers du Québec moderne. Ce système public a été instauré au début des années 1970 à une époque où des politiciens plus grands faisaient progresser notre Québec vers un idéal de société plus égalitaire où il ferait bon vivre. Jacques Parizeau était un de ceux-là !

     

    Cette époque est révolue. Depuis l’élection du gouvernement Couillard en avril 2014, on assiste au saccage de l’État québécois, qui s’exprime par un mépris et un sous-financement de nos services publics. L’entente signée il y a deux semaines par le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, et le président de la Fédération des omnipraticiens, Louis Godin, n’augure rien de positif. Cette entente a pour effet de miner les services sociaux publics en les grevant d’un financement adéquat, alors que l’on exonère de l’autre main les médecins de leur obligation de solidarité.

     

    Pendant ce temps, mal informés des enjeux réels de cette réforme, les professionnels de la santé et des services sociaux continuent leur travail. Travail peu reconnu, souvent dans l’ombre des médecins, dans un secteur économique aux dimensions profondément humaines, mais où les théories de la gestion se sont progressivement substituées aux théories en sciences humaines.

     

    La réforme Barrette amorcée avec l’adoption sous bâillon de la loi 10 l’hiver dernier s’inscrit en continuité avec la réforme Couillard de 2003. Ces deux réformes ont pour effets, dans un exercice de contrôle des coûts, de médicaliser et de communautariser les problèmes sociaux.

     

    En abolissant les établissements de proximité (CLSC) afin de créer des méga-établissements (CSSS) sur la base des bassins de desserte des hôpitaux, la réforme Couillard avait déjà porté un coup dur à la démocratie, à l’intervention de proximité et au développement communautaire. Cette réforme a aussi favorisé la médicalisation des problèmes sociaux en restreignant l’accès aux services généraux au profit de « clientèles vulnérables », ciblées à partir de diagnostics médicaux. Par exemple, les personnes ayant une déficience intellectuelle diagnostiquée peuvent dorénavant bénéficier des services spécifiques d’une équipe «dédiée», mais l’accès au même programme est fermé aux personnes vulnérables sans diagnostic.

     

    La réforme Couillard a aussi participé à privatiser les services de réadaptation (physiothérapie, ergothérapie, orthophonie, etc.) en resserrant les critères d’accès aux programmes et en accablant ces professionnels de la santé avec une bureaucratie insupportable. Le manque d’accès aux technologies de l’information, l’ajout d’exigences organisationnelles et la reddition de comptes sont responsables de cette détérioration de leurs conditions de travail.

     

    La réforme Couillard aura enfin accéléré — par l’implantation des réseaux intégrés de services (RIS) — cette tendance à confier aux organismes communautaires la prise en charge des personnes les plus vulnérables de notresociété. Témoins de l’érosion des servicespublics, les travailleurs sociaux ont, de leur côté, constaté l’augmentation de leur charge de travail, passant plus de temps à justifier le recours à une ressource publique qu’à accompagner les personnes dans le besoin.

     

    La santé humaine est avant tout une affaire d’éducation, d’accès au logement, de salaires décents et d’accès aux espaces de nature et de culture. Ce n’est pas strictement, comme cherche à le faire valoir cette équipe libérale, une question de production de soins de santé. Depuis que M. Barrette a pris les rênes du plus important ministère, on pourrait croire que la santé d’une personne est tributaire de sa prise en charge par un médecin de famille. C’est carrément démagogique. La santé est d’abord une question de solidarité sociale !

     

    Une étude récente de l’OCDE établit clairement que ce sont d’abord les inégalités qui appauvrissent l’économie (Le Devoir, 22 mai). « L’accroissement du fossé entre riches et pauvres de 1985 à 2005 a enlevé en moyenne 4,7 points de pourcentage de croissance entre 1990 et 2010. » Pourtant, contre toute logique, c’est en sabrant l’éducation, la solidarité sociale et dans les services sociaux que l’équipe libérale multiplie les coupes.

     

    Depuis son élection, le gouvernement Couillard brise la solidarité en santé, dont l’équilibre était déjà précaire. Car si les médecins, dans un système public comme le nôtre, jouent un rôle important, rien ne justifie le traitement de faveur dont ils bénéficient par rapport aux autres professionnels. Comment accepter sans sourciller que les salaires des omnipraticiens et des spécialistes aient crû respectivement de 28 % et de 22 % entre 2008-2009 et 2013-2014 (Le Devoir, 15 juillet 2014) et qu’on leur consente au surplus 1,2 milliard de dollars d’augmentation alors que le Conseil du Trésor propose en contrepartie un gel des salaires des autres professionnels de la santé et des services sociaux pour les deux prochaines années, suivi d’une hausse de 1 % pour les trois années subséquentes ? Avec la réforme qu’il propose en santé, l’actuel gouvernement libéral peut-il encore prétendre avoir à coeur le bien-être des Québécois ? Solidarisons-nous… il est encore temps !













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