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    La folle dérive anarchiste de l’ASSE

    8 mai 2015 | Louis Fournier - Journaliste et syndicaliste à la retraite, l’auteur a milité dans le mouvement étudiant, notamment comme président de la Presse étudiante nationale | Québec
    Des étudiants masqués manifestent à l'UQAM.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des étudiants masqués manifestent à l'UQAM.

    Des groupes anarchistes et communistes libertaires tirent désormais les ficelles au sein de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE), organisation minoritaire mais bruyante qui est à l’origine de la grève du printemps. Depuis la destitution de son exécutif national qui proposait avec lucidité de mettre fin à la grève, l’ASSE est devenue le bastion de l’ultragauche étudiante. Sa grève, dirigée contre l’État capitaliste néolibéral (rien de moins !), avait été lancée sans l’appui de l’immense majorité des étudiants et de leurs syndicats et sans aucun rapport de force. Elle s’est vite effilochée et se termine en queue de poisson.

     

    Des militants anarchistes reliés à l’ASSE ont d’abord créé le comité Printemps 2015, qui s’est présenté comme un regroupement de comités de mobilisation « sans chefs ». Cette faction radicale non élue fut la première à lancer, en janvier, un appel incantatoire en faveur de la grève générale — rebaptisée « grève sociale » —, mantra des anarchistes un peu partout dans le monde. Le comité Printemps 2015 s’est engagé à mener une « grève sauvage », car « comme les loups et les louves nous agissons en meute » ! Cette charge belliqueuse fleure bon l’anarchisme bien noir.

     

    Les médias n’ont pas fait leur travail d’enquête pour nous informer avec rigueur sur les groupes anarchistes en action au sein de l’ASSE. Ils n’ont produit aucune analyse sérieuse des tenants et aboutissants de cette flambée libertaire. Un tel examen n’a rien à voir avec la chasse aux sorcières : les partisans du drapeau noir ont le droit de s’exprimer dans notre société démocratique. Mais le droit du public à l’information exige qu’on en sache davantage sur des gens qui agissent souvent dans l’ombre, voire dans la noirceur la plus opaque.

     

    Vieille utopie

     

    Contrairement à la croyance populaire, les « anars » ne sont pas que ces jeunes nihilistes qui rejettent toute autorité et font de la casse. Ce ne sont pas que ces commandos habillés de noir, courageusement cagoulés, masqués et armés à la façon du Black Bloc, qui ont intimidé et frappé des étudiants et saccagé des locaux à l’UQAM. Des « bandes armées », comme les a décrites l’ancienne directrice du Devoir Lise Bissonnette qui connaît le sens des mots. En fait, les anarchistes sont des militants politiques bien organisés qui partagent une même conception du monde, ici une vieille utopie. Ils veulent faire la révolution pour réaliser leur rêve d’autogestion généralisée. Leur ennemi principal est l’État et, dans la foulée, la police, les tribunaux, les médias « bourgeois » et tout ce qui incarne l’Autorité. En outre, ils prétendent ne pas avoir de patrie, d’où leur méfiance, voire leur hostilité à l’égard du projet de faire de notre nation, le Québec, un pays.

     

    Les anarchistes rejettent la démocratie représentative et donc les élections, qu’ils qualifient de « piège à cons », comme le clamaient les sectes anarchistes que j’ai connues quand j’étais un étudiant contestataire lors des événements de Mai 68 en France. Pour mémoire, la grève générale de 1968 a réuni l’ensemble du mouvement étudiant et du mouvement ouvrier français ; elle a donné lieu à des conquêtes sociales majeures. Les anars fantasment, bien sûr, sur la grève générale, l’étincelle qui doit enflammer le brasier. Ils privilégient la « perturbation » et l’action directe qui mènent à la violence.

     

    Sous les menées des anars, l’ASSE s’est donc lancée dans une grève jusqu’au-boutiste qui était, au départ, une erreur stratégique. Cette association turbulente, qui se veut le fer de lance du « syndicalisme de combat » et de la « contestation permanente » (sic), s’est muée en groupe politique d’extrême gauche qui n’a plus rien à voir avec le syndicalisme. Quand on fait de l’action syndicale, on cherche à négocier sur la base de revendications réalistes et à conclure des ententes qui sont des compromis honorables. Or, l’ASSE ne veut pas négocier, elle exige.

     

    L’ASSE vante sa démocratie directe qu’elle a pourtant discréditée par son refus des scrutins secrets et par plusieurs votes antidémocratiques. Ayant recours aux mêmes moyens d’action que les anarchistes, elle a justifié les agissements odieux des bandes armées en maraude à l’UQAM. Elle s’est ainsi marginalisée et a perdu sa crédibilité auprès du mouvement syndical, qui n’a pas répondu à son appel à la grève générale. Elle n’hésite d’ailleurs pas à dénigrer les syndicats pour leur prétendu manque de combativité. Les centrales ont fait alliance avec les deux autres fédérations étudiantes qui ont rejeté cette grève irresponsable.

     

    Bernard Landry a dénoncé les « dérives anarcho-communistes » de la CLASSE en 2012 et les dérives anarchisantes de l’ASSE aujourd’hui. Ces dérives ne nous aident pas du tout, en effet, à convaincre la majorité de nos concitoyens d’adhérer au mouvement de contestation — tout à fait nécessaire — du gouvernement Couillard et de ses politiques d’austérité. Pis encore, elles nuisent grandement à la gauche réformiste et sociale-démocrate, la seule qui soit en mesure de gouverner et de mener en pratique une autre politique.













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