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    Démocratie étudiante: Monsieur Blais, agissez avant l’automne

    20 avril 2015 | Pascale Doucet - Étudiante au baccalauréat en droit de l’UQAM | Québec
    Les jeunes adultes doivent avoir des moyens de revendiquer des droits, de faire valoir leur opinion. Les cagoules et la casse surviennent quand ils ne se sentent pas écoutés.
    Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Les jeunes adultes doivent avoir des moyens de revendiquer des droits, de faire valoir leur opinion. Les cagoules et la casse surviennent quand ils ne se sentent pas écoutés.

    Lettre au ministre de l’Éducation, François Blais

     

    J’admets, comme vous le dites, qu’encadrer le droit de grève étudiante ne réglera pas ce qui se passe actuellement à l’UQAM. Et je ne crois pas qu’il soit nécessaire de légiférer tous les aspects de la vie pour assurer l’harmonie sociale. Toutefois, quand il n’y a plus de consensus sur une question, quand les droits des uns se butent continuellement aux droits des autres, quand la tension monte et que les tribunaux sont régulièrement saisis pour trancher une question pour laquelle il n’existe pas de balise législative, alors il est plus que temps d’agir. Encadrer l’exercice de la démocratie étudiante permettra de mieux faire face aux revendications qu’elle formulera cet automne.

     

    On parle de l’UQAM dans les médias depuis que les commandos masqués ont fait irruption et que des méfaits ont été perpétrés. Mais pour plusieurs étudiants, le problème a pris naissance à la seconde où l’on a commencé à parler de grève étudiante, car ils les considèrent comme illégales. À l’instar du juge Mongeon qui, le 31 mars, a ordonné l’injonction pour l’UQAM, ces étudiants considèrent que certains de leurs collègues peuvent boycotter leurs cours, mais ne peuvent les empêcher d’avoir accès aux leurs. Ainsi, chaque cours levé est, pour eux, une atteinte à leurs droits, même si cette levée de cours se fait par des personnes gentilles, polies, sans cagoule.

     

    D’autres étudiants se plieraient volontiers aux votes de grève de leur association étudiante s’ils étaient convaincus de sa légitimité. Ceux-ci remettent en question, par exemple, la procédure, une décision de l’exécutif organisant le vote de grève, la possibilité de voter sans être membre, etc. Les associations étudiantes sont indépendantes et souveraines ; leurs décisions ne peuvent faire l’objet d’une révision extérieure. Les étudiants dissidents n’ont aucun moyen de faire valoir leur point de vue sur une question qui a pourtant un impact majeur sur leur parcours universitaire. Ils sont souvent exaspérés de devoir se présenter régulièrement à des assemblées interminables (ma dernière a duré sept heures) pour réitérer leur position. Également, le vote électronique permettrait à ceux qui travaillent, s’occupent de leur famille, etc., de faire valoir leur point de vue, mais cette proposition leur est refusée, dans la majorité des cas.

     

    Ainsi, grand nombre d’étudiants sont choqués et frustrés de ne pas avoir accès à leurs cours. Ces derniers ont manifesté leur désaccord sans fracas, du moins jusqu’à maintenant ; ils privilégient les voies judiciaires. Mais en pratique, les résultats sont mitigés : malgré les injonctions, des cours sont toujours levés, notamment à l’UQAM. À l’opposé, d’autres étudiants considèrent que le droit de grève existe, que les décisions prises en assemblées lient tous les étudiants de l’association. On a souvent fait un parallèle avec le droit de grève syndical. Celui-ci est boiteux puisque les étudiants n’exercent pas de pression économique en boycottant leurs cours. Mais les jeunes adultes doivent avoir des moyens de revendiquer des droits, de faire valoir leur opinion. Les sociétés doivent évoluer et ces jeunes esprits motivés et engagés sont des moteurs de changements importants. Croire que leur seul désir est de « faire du trouble » est bien mal les connaître. Les cagoules et la casse surviennent quand ils ne se sentent pas écoutés. Pourtant, ils ont des choses importantes et intéressantes à dire.

     

    Il est impératif d’encadrer l’exercice de la démocratie étudiante, incluant le recours à la grève-boycottage, notamment en harmonisant les procédures et en instaurant le vote électronique. Puisque les décisions prises par l’exécutif ou les membres d’une association ont des impacts majeurs sur le droit des étudiants à l’accès à l’enseignement, il faudrait réfléchir à un mécanisme de surveillance de la légitimité des procédures et de révision des décisions. Actuellement, les associations édictent les « lois » qui les régissent (pouvoir législatif), les interprètent et les appliquent (pouvoir judiciaire) et prennent les décisions en conséquence (pouvoir exécutif). Idéalement, ces trois pouvoirs ne doivent pas être dans les mains des mêmes personnes, encore moins en vase clos.

     

    Monsieur Blais, j’attends de vous et de votre gouvernement que vous répondiez prestement à ce vide juridique. Exhorter les étudiants à voter aux assemblées et inviter les recteurs à expulser des étudiants ne sont pas des réponses adéquates aux « crises étudiantes ». Malgré la bonne volonté de la plupart des acteurs, les positions sont trop éloignées pour espérer que ces crises se résorbent d’elles-mêmes. Affirmer qu’un droit n’existe pas n’empêche certainement pas les gens de le prendre, ce droit, et ce, en imposant leurs propres règles. Le moment est venu d’encadrer l’exercice de la démocratie étudiante, si l’on souhaite éviter de revoir périodiquement les images scandaleuses des dernières semaines et permettre à un plus grand nombre d’étudiants de sentir que leurs droits sont respectés.













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