Faire son lit en habitation
Le chef de l'ADQ, Mario Dumont, blâme le gouvernement pour la crise du logement et réclame des changements à la Régie du logement et au Code du bâtiment. Sa prise de position, peu étayée, laisse toutefois en plan des questions de fond. Heureusement, celles-ci seront abordées à l'automne, en commission parlementaire, grâce à l'initiative de députés libéraux et péquistes.
Pour parler de logement hier, Mario Dumont a prononcé tous les mots qu'il fallait. Le logement est un «besoin de base». La crise actuelle nécessite un «travail de concertation» sans pour autant attendre de «solution miracle».
On pourrait par contre «élargir le mandat de la Régie du logement» et «réduire les contraintes du Code du bâtiment et déréglementer l'industrie de la construction» sans pour autant sombrer dans les extrêmes. L'ADQ n'a pas non plus l'intention de mettre un terme à la construction de logements sociaux, avouant même un «penchant favorable aux coops» qui prônent la «responsabilisation», mot clé du vocabulaire adéquiste. Mais «on va arrêter de penser que l'État seul va régler le problème du logement», d'où l'importance «de s'assurer que les petits propriétaires soient prêts à construire».
La conférence de presse d'hier était en fait le baptême de l'ADQ en matière d'habitation. Mario Dumont a eu beau dire que l'an dernier, il avait demandé au gouvernement de réunir tous les intéressés pour en discuter, cette intervention avait été si discrète que nul ne s'en rappelle aujourd'hui. Et c'est bel et bien la députée libérale Fatima Houda-Pepin qui, toute l'année, a talonné le gouvernement dans ce dossier, notamment en y consacrant deux interpellations, ces séances de l'Assemblée nationale qui permettent à l'opposition d'interroger un ministre à fond.
Mario Dumont, cinq jours avant le 1er juillet, semble donc découvrir le dossier, qu'il a confié à son nouveau collègue, le député de Vimont, François Gaudreau. Mais les bons mots qu'il a distribués hier ne peuvent tenir lieu ni de politique, ni de vision, ni d'orientation. Car chaque point soulevé impliquait une sous-question à laquelle il ne pouvait pas répondre.
Que signifie, par exemple, demander à la Régie du logement de «planifier et prévenir la demande de logements»? Faut-il mettre fin à tout contrôle des loyers, comme le réclamait hier l'Institut économique de Montréal? Et modifier le Code du bâtiment aurait-il pour impact d'abaisser les exigences de sécurité? La qualité de la construction?
Mario Dumont a répondu aux journalistes comme l'excellent politicien qu'il est, c'est-à-dire en se faufilant sans se mouiller. Il faudra consulter sur le contrôle des loyers, a-t-il dit. La Régie (qui ne fait pas partie des organismes gouvernementaux que l'ADQ veut abolir) sera plus près de la réalité du marché quand on y aura introduit la philosophie adéquiste, soit une approche «moins fonctionnariste». Quant au Code du bâtiment, Mario Dumont s'est retranché derrière les organismes représentant des locataires qui disent eux-mêmes que «certaines règles sont devenues abusives». M. Dumont n'avait toutefois aucun exemple à donner.
Au fond, le titre de son communiqué résumait sa pensée: «Le manque de vision du PQ est responsable de la pénurie de logement.»
Il est certain qu'un tel langage plaît à l'électorat; il est toutefois moins clair qu'il témoigne d'une bonne connaissance du dossier. Car l'habitation est un univers bien plus complexe qu'il n'y paraît à première vue. Les études abondent (mais le chef de l'ADQ en a-t-il consulté?), les avis divergent et bien des facettes doivent être considérées. Par exemple, tout constructeur le dira, la rareté de la main-d'oeuvre et son vieillissement sont bien plus préoccupants, à l'heure actuelle, que les normes du Code du bâtiment.
Et qu'aurait fait Mario Dumont de l'argent fédéral destiné aux provinces dans le cadre du Programme de logements abordables? Aurait-il favorisé la construction de logements pour personnes âgées, comme en Colombie-Britannique? Plaidé pour subventionner de façon maximale le secteur privé, comme en Ontario? Ou cherché à appliquer le programme aux familles à revenu modeste, comme l'a fait le gouvernement du Québec, auquel il reproche ses choix aujourd'hui?
En fait, Mario Dumont a tout faux lorsqu'il affirme que le gouvernement ne mise que sur la construction de logements sociaux. Québec distribue aussi des suppléments de loyer et des allocations-logement à ceux qui se logent dans le secteur privé — exactement ce que réclament l'Institut économique de Montréal et les associations de propriétaires, comme si ces politiques n'existaient pas déjà.
Le chef de l'ADQ méconnaît aussi les questions de fond. Le fait, par exemple, que la crise du logement locatif que vivent les grandes villes du Québec s'inscrit dans une mutation importante: les Québécois accèdent de plus en plus à la propriété, rattrapant tranquillement le retard qu'ils ont sur le reste du Canada ou certains autres pays occidentaux.
On ne peut donc pas parler de la crise du logement en oubliant le fait que les gens destinés à être locataires sont tout simplement pauvres. Pas tous, évidemment. Mais le bon locataire de la classe moyenne, celui qui rassure les investisseurs, se fera de plus en plus rare. Ce qui a un impact sur le marché. Ce n'est pas pour rien, par exemple, qu'en France ou en Angleterre, on trouve si peu de logements locatifs privés. Dès qu'ils en ont les moyens, les gens deviennent propriétaires! À l'État de prendre la relève auprès des plus démunis.
Heureusement, un peu de travail sérieux point à l'horizon. À l'initiative des députés qui en sont membres, la Commission de l'aménagement du territoire tiendra des audiences publiques à l'automne sur la rareté de logements. Le professeur Daniel Gill, de l'Université de Montréal, a été mandaté pour concocter un document qui abordera des enjeux structurels. Quel est l'impact de la transformation des modes de vie sur la demande en logements? Et celui de l'accès à la propriété? Et quelle est la place du privé pour construire des logements abordables? Que fait-on à l'étranger?
Le but, c'est de dépasser le court terme et d'«amener les gens à un autre niveau de réflexion», nous disait hier le député libéral Yvon Vallières, président de la commission. «Ne pas seulement juger ou critiquer les choix gouvernementaux mais comprendre la dynamique dans laquelle on est.» Enfin!
Pour parler de logement hier, Mario Dumont a prononcé tous les mots qu'il fallait. Le logement est un «besoin de base». La crise actuelle nécessite un «travail de concertation» sans pour autant attendre de «solution miracle».
On pourrait par contre «élargir le mandat de la Régie du logement» et «réduire les contraintes du Code du bâtiment et déréglementer l'industrie de la construction» sans pour autant sombrer dans les extrêmes. L'ADQ n'a pas non plus l'intention de mettre un terme à la construction de logements sociaux, avouant même un «penchant favorable aux coops» qui prônent la «responsabilisation», mot clé du vocabulaire adéquiste. Mais «on va arrêter de penser que l'État seul va régler le problème du logement», d'où l'importance «de s'assurer que les petits propriétaires soient prêts à construire».
La conférence de presse d'hier était en fait le baptême de l'ADQ en matière d'habitation. Mario Dumont a eu beau dire que l'an dernier, il avait demandé au gouvernement de réunir tous les intéressés pour en discuter, cette intervention avait été si discrète que nul ne s'en rappelle aujourd'hui. Et c'est bel et bien la députée libérale Fatima Houda-Pepin qui, toute l'année, a talonné le gouvernement dans ce dossier, notamment en y consacrant deux interpellations, ces séances de l'Assemblée nationale qui permettent à l'opposition d'interroger un ministre à fond.
Mario Dumont, cinq jours avant le 1er juillet, semble donc découvrir le dossier, qu'il a confié à son nouveau collègue, le député de Vimont, François Gaudreau. Mais les bons mots qu'il a distribués hier ne peuvent tenir lieu ni de politique, ni de vision, ni d'orientation. Car chaque point soulevé impliquait une sous-question à laquelle il ne pouvait pas répondre.
Que signifie, par exemple, demander à la Régie du logement de «planifier et prévenir la demande de logements»? Faut-il mettre fin à tout contrôle des loyers, comme le réclamait hier l'Institut économique de Montréal? Et modifier le Code du bâtiment aurait-il pour impact d'abaisser les exigences de sécurité? La qualité de la construction?
Mario Dumont a répondu aux journalistes comme l'excellent politicien qu'il est, c'est-à-dire en se faufilant sans se mouiller. Il faudra consulter sur le contrôle des loyers, a-t-il dit. La Régie (qui ne fait pas partie des organismes gouvernementaux que l'ADQ veut abolir) sera plus près de la réalité du marché quand on y aura introduit la philosophie adéquiste, soit une approche «moins fonctionnariste». Quant au Code du bâtiment, Mario Dumont s'est retranché derrière les organismes représentant des locataires qui disent eux-mêmes que «certaines règles sont devenues abusives». M. Dumont n'avait toutefois aucun exemple à donner.
Au fond, le titre de son communiqué résumait sa pensée: «Le manque de vision du PQ est responsable de la pénurie de logement.»
Il est certain qu'un tel langage plaît à l'électorat; il est toutefois moins clair qu'il témoigne d'une bonne connaissance du dossier. Car l'habitation est un univers bien plus complexe qu'il n'y paraît à première vue. Les études abondent (mais le chef de l'ADQ en a-t-il consulté?), les avis divergent et bien des facettes doivent être considérées. Par exemple, tout constructeur le dira, la rareté de la main-d'oeuvre et son vieillissement sont bien plus préoccupants, à l'heure actuelle, que les normes du Code du bâtiment.
Et qu'aurait fait Mario Dumont de l'argent fédéral destiné aux provinces dans le cadre du Programme de logements abordables? Aurait-il favorisé la construction de logements pour personnes âgées, comme en Colombie-Britannique? Plaidé pour subventionner de façon maximale le secteur privé, comme en Ontario? Ou cherché à appliquer le programme aux familles à revenu modeste, comme l'a fait le gouvernement du Québec, auquel il reproche ses choix aujourd'hui?
En fait, Mario Dumont a tout faux lorsqu'il affirme que le gouvernement ne mise que sur la construction de logements sociaux. Québec distribue aussi des suppléments de loyer et des allocations-logement à ceux qui se logent dans le secteur privé — exactement ce que réclament l'Institut économique de Montréal et les associations de propriétaires, comme si ces politiques n'existaient pas déjà.
Le chef de l'ADQ méconnaît aussi les questions de fond. Le fait, par exemple, que la crise du logement locatif que vivent les grandes villes du Québec s'inscrit dans une mutation importante: les Québécois accèdent de plus en plus à la propriété, rattrapant tranquillement le retard qu'ils ont sur le reste du Canada ou certains autres pays occidentaux.
On ne peut donc pas parler de la crise du logement en oubliant le fait que les gens destinés à être locataires sont tout simplement pauvres. Pas tous, évidemment. Mais le bon locataire de la classe moyenne, celui qui rassure les investisseurs, se fera de plus en plus rare. Ce qui a un impact sur le marché. Ce n'est pas pour rien, par exemple, qu'en France ou en Angleterre, on trouve si peu de logements locatifs privés. Dès qu'ils en ont les moyens, les gens deviennent propriétaires! À l'État de prendre la relève auprès des plus démunis.
Heureusement, un peu de travail sérieux point à l'horizon. À l'initiative des députés qui en sont membres, la Commission de l'aménagement du territoire tiendra des audiences publiques à l'automne sur la rareté de logements. Le professeur Daniel Gill, de l'Université de Montréal, a été mandaté pour concocter un document qui abordera des enjeux structurels. Quel est l'impact de la transformation des modes de vie sur la demande en logements? Et celui de l'accès à la propriété? Et quelle est la place du privé pour construire des logements abordables? Que fait-on à l'étranger?
Le but, c'est de dépasser le court terme et d'«amener les gens à un autre niveau de réflexion», nous disait hier le député libéral Yvon Vallières, président de la commission. «Ne pas seulement juger ou critiquer les choix gouvernementaux mais comprendre la dynamique dans laquelle on est.» Enfin!
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