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    Manifs étudiantes

    «Il ne faut pas leur donner raison»

    Les policiers adoptent la ligne dure

    28 mars 2015 |Isabelle Porter | Québec
    Naomie Tremblay-Trudeau a été atteinte au visage par le projectile d’un policier alors qu’elle participait jeudi à une manifestation. Des camarades tentent ici de lui porter secours immédiatement après l’événement.
    Photo: Francis Vachon Le Devoir Naomie Tremblay-Trudeau a été atteinte au visage par le projectile d’un policier alors qu’elle participait jeudi à une manifestation. Des camarades tentent ici de lui porter secours immédiatement après l’événement.

    Naomie Tremblay-Trudeau a eu la peur de sa vie quand un policier a dirigé vers elle un projectile brûlant lors de la manifestation de jeudi à Québec. Mais pas question pour elle de se tenir loin des manifestations à l’avenir.

     

    « Peut-être que je vais être plus prudente, mais je pense qu’on ne doit pas leur donner raison », a-t-elle dit en entrevue au Devoir vendredi. Quand même, elle ne se tiendra peut-être « pas proche » de la ligne de manifestants qui font face aux policiers.

     

    Âgée de 18 ans, Naomie étudie au cégep Garneau en sciences humaines, monde et culture. En 2012, elle était trop jeune « et trop influençable » pour aller marcher avec sa pancarte, raconte-t-elle. Mais depuis quelques mois, elle donne du temps à l’association étudiante du cégep et a commencé à participer à des manifestations contre l’austérité.

     

    Pourquoi ? « Parce que c’est les étudiants qui vont écoper, parce que la classe moyenne écope pour les riches. » Elle ajoute que sa mère a accouché d’elle très jeune et que, dans les conditions actuelles, une jeune mère n’aurait probablement pas les moyens d’étudier comme à l’époque.

     

    Jeudi, elle dénonçait aussi devant le parlement le règlement municipal sur la paix et le bon ordre qui encadre les manifestations depuis 2012 à Québec. « Cette loi-là est plus violente qu’autre chose », dit-elle. C’est d’ailleurs en l’invoquant que, deux jours plus tôt lors d’une autre manif, la police avait embarqué Naomie et pas moins de 273 autres manifestants pour les éloigner du centre-ville.

     

    Elle n’en revient pas encore de ce qui lui est arrivé jeudi. « Je m’attendais à ce qu’ils lancent des bombes lacrymogènes mais pas au visage. En plus, moi je n’ai touché à aucun policier, j’étais dans la quatrième ligne. » Or quand la bousculade a débuté, les lignes ne tenaient plus et Naomie s’est retrouvée à l’avant. Elle essayait de retourner à l’arrière quand elle a vu un policier pointer dans sa direction. « Ça faisait une heure qu’on était là. Je pense qu’il s’est crinqué. »

     

    Vendredi, elle et sa mère ont dit vouloir intenter des poursuites. Or selon Naomie, le recours ne viserait pas le service dans son ensemble, mais le policier individuellement.

     

    Une intervention disproportionnée

     

    À la Ligue des droits et libertés section Québec, on s’étonne de la « rigidité », de l’« inflexibilité » et de la « violence » déployées par la Ville et son service de police. « C’est inacceptable parce que c’est complètement disproportionné par rapport au problème », plaide le coordonnateur de la Ligue, Sébastien Harvey.

     

    M. Harvey a été particulièrement étonné par les propos tenus par le maire Régis Labeaume au lendemain de la première manifestation. « Ils connaissent notre comportement, disait le maire. Ce n’est pas nous qui faisons le choix, ce sont les dirigeants des manifestations qui font le choix de ce qui va se passer. Vous choisissez qu’il y ait de la pagaille si vous ne donnez pas votre itinéraire. »

     

    Aux yeux de la Ligue, c’est une « déresponsabilisation complète » de la Ville vis-à-vis de son corps de police. Dans un communiqué publié plus tôt cette semaine, elle avançait que le règlement permettait surtout « d’octroyer une marge discrétionnaire au service de police qui peut s’en servir de façon sélective contre des causes jugées moins légitimes ».

     

    Vendredi, M. Labeaume s’est moins avancé dans ses propos mais a réitéré son appui au service de police. La ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, s’est dite quant à elle « troublée » par la vidéo montrant clairement le policier pointer le projectile vers Naomie Tremblay-Trudeau.

     

    La jeune femme a été chanceuse dans sa malchance. Elle s’en tire avec une enflure à la bouche et une brûlure au bas du visage. Mais ses yeux, ses dents et sa mâchoire ont été épargnés.

     

    Jeudi, le policier maniait « un fusil lance-gaz », une arme intermédiaire utilisée pour projeter des gaz irritants. Au Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), on signale que cette arme est utilisée depuis 2010 et qu’on y recoure dans plusieurs autres corps municipaux.

     

    Le porte-parole François Moisan affirme que le policier n’a pas reçu de directive pour viser le visage de la jeune femme. Pour l’instant, on ne parle pas d’enquête interne, mais d’un « débriefing » et d’une « analyse des événements ».

     

    Vendredi, personne au SPVQ n’était en mesure de nous dire s’il était normal qu’on ait recouru à l’arme aussi près de la cible. Selon l’expert en affaires policières Stéphane Berthomet, les directives mêmes de l’École nationale de police indiquent clairement qu’il ne faut pas cibler le haut du corps avec une arme intermédiaire.

     

    « Ce qui est frappant, dit-il, c’est que la fille a été brûlée par la flamme qui sortait du fusil. Elle était tellement près qu’elle a été atteinte par la flamme du canon. »

     

    Pour lui, l’intensité des affrontements de cette semaine n’a rien de rassurant. « On reprend ce qui s’est passé en 2012-2012 avec son niveau de stress au maximum », dit-il. Cela risque certes de décourager certains de gagner les rues, dit-il, mais c’est une arme « à double tranchant » puisqu’on risque aussi d’exacerber la colère des autres.













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