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Des comptes à rendre

22 décembre 2003  Québec
Maintenant qu'il a fait adopter ses politiques impopulaires, le premier ministre Jean Charest a des comptes à rendre. Plusieurs observateurs ont déjà critiqué la manière autoritaire avec laquelle il procède, en rupture avec la tradition de concertation qui a aidé le Québec à se moderniser au cours des quarante dernières années. Mais quels en seront les résultats concrets pour les hommes et les femmes que ce gouvernement prétend servir?

En quoi les réformes imposées par Jean Charest vont-elles aider cette petite famille typique, composée de deux parents qui travaillent, dont l'horaire quotidien débute à l'aurore, se poursuit dans la circulation et à la course, du matin jusqu'au soir, entre la maison, le boulot, la garderie et l'école, sans avoir une minute à soi pour souffler, dans des emplois de plus en plus précaires qui ne laissent guère de marge de manoeuvre financière, et dont la vie risque de s'écrouler sitôt qu'un peu de sable glisse dans cet engrenage serré?

Qu'y a-t-il dans les projets de loi adoptés de toute urgence pour cette famille-là? Les baisses d'impôt promises sont déjà annulées par les hausses de tarifs et de taxes décrétées au cours de l'automne. La politique familiale évoquée par le ministre Claude Béchard n'est pour l'instant qu'un voeu pieu. À quand un congé parental digne de ce nom, disponible également pour les travailleurs autonomes? À quand une protection sociale digne de ce nom pour les milliers de travailleurs aux emplois atypiques?

M. Charest aura des comptes à rendre à ces petites familles-là qui portent l'avenir du Québec: leur vie se sera-t-elle améliorée dans quatre ans?

***

Qu'y a-t-il par ailleurs dans ces réformes adoptées à la hâte, contre l'avis de spécialistes, pour favoriser la création d'emplois pour ceux qui n'en ont pas?

En quoi, par exemple, le fait de permettre à une entreprise de céder une partie de ses activités à un sous-traitant en se débarrassant instantanément du syndicat et de la convention collective va t-il créer un seul emploi de plus que ceux qui existent déjà? Pourquoi la PME qui hériterait de la buanderie des hôpitaux de Montréal, par exemple, embaucherait-elle plus d'employés pour exécuter le même contrat?

Est-ce que l'économie des régions va connaître un nouveau rebond parce que l'on a cédé le contrôle du développement régional aux maires plutôt qu'aux différents acteurs économiques et sociaux de chaque MRC, comme c'était le cas jusqu'à présent?

Quel sera l'effet sur l'emploi du retrait partiel de l'État dans le capital de risque proposé par un comité ces derniers jours? Qui prendra la relève des sociétés Innovatech, créées par l'ancien premier ministre Daniel Johnson, si elles sont abolies?

Le gouvernement Charest prétend que c'est en s'appuyant sur la loi du marché, la loi de la jungle en somme, que l'économie du Québec connaîtra un nouveau souffle. C'est au nom de cette idéologie qu'il impose de manière autoritaire des réformes dans le fragile secteur des relations de travail et qu'il crée un climat d'affrontement avec d'autres forces sociales. Aura-t-il troqué un modèle économique pour des chimères? Quel aura été l'impact des politiques économiques de ce gouvernement sur l'emploi au Québec? Pourvu que des économistes se mettent déjà à la tâche pour en faire le bilan dans quatre ans.

***

Pour juger de la performance québécoise, Jean Charest évoque parfois un chiffre qui sonne comme une calamité : le Québec est au 57e rang sur 60 provinces et États d'Amérique du Nord pour le revenu moyen par habitant. Ce classement, contestable à maints égards (voir à ce sujet les textes de Jean-François Lisée sur le site www.politiquessociales.net) sert de prétexte pour réduire l'intervention du gouvernement dans l'économie et mettre le Québec au diapason des pratiques nord-américaines.

Mais si l'un des problèmes du Québec est que les revenus sont moins élevés qu'ailleurs, quelles sont les politiques adoptées ou promises par ce gouvernement qui pousseront la rémunération des Québécois à la hausse et empêcheront la «walmartisation» de l'économie québécoise? Est-ce que c'est la réduction de moitié des crédits d'impôt versés aux entreprises pour l'innovation ou la suppression de l'obligation faite aux PME de dépenser 1 % de leur masse salariale pour la formation du personnel?

La modification de l'article 45 du Code du travail pour favoriser la sous-traitance sauvage n'aura certainement pas un effet à la hausse sur les revenus , puisque l'un des objectifs avoués de cette réforme est la réduction des coûts de main-d'oeuvre.

***

M. Charest impose à ses concitoyens un virage radical en matière de politiques économiques qui suscite de vives oppositions. Ce climat de tension serait la rançon à payer pour améliorer la qualité de vie des familles, donner de meilleurs services publics, réduire les impôts, augmenter les salaires et créer des emplois. Il a été impitoyable avec ceux qui lui ont conseillé de modifier le tir. Ayant refusé tout compromis, du haut de ses certitudes, c'est au tour de la population du Québec d'être impitoyable avec lui et de le juger sévèrement lorsqu'elle aura constaté que les promesses qu'il fait ne sont pas remplies.

Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.

vennem@fides.qc.ca






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  • Russel Gilbert
    Inscrit
    lundi 22 décembre 2003 16h58
    Recevoir sans donner
    « Je suis toujours étonné de lire les réflexions de certains journalistes, dont celle-ci de Michel Venne. D'où vient l'argent du Gouvernement? Il l'imprime? Il l'invente? On veut plus, les syndicats veulent plus d'argent pour leurs membres, on veut plus de services en santé, en éducation mais il ne faut pas augmenter le coûts des garderies, des médicaments, des permis de conduire, de l'assurance-automobile.... Mais le Gouvernement doit mettre plus d'argent sans rien déranger, sans toucher à rien. Il faut l'accord des syndicats pour ne pas troubler la paix sociale.... Bien sûr, les syndicats le savent eux où prendre l'argent: chez les patrons, au Fédéral!
    Ça aurait changé quoi de consulter encore? Où sont les suggestions des syndicats? À quand remonte leur dernière suggestion pour faire en sorte que les services soient de meilleure qualité?
    Je fais la distinction entre les syndicats et les syndiqués... Les gens sont généreux! »

  • Joseph Berbery
    Inscrit
    lundi 22 décembre 2003 18h36
    Comme vous avez raison! mais avec quel retard!
    « Inutile de vous dire que je vous approuve de bout en bout. Mais toutes ces mesures, Jean Charest les avait annoncées avant l'élection. Il eut fallu que les journalistes fissent correctement leur travail et l'interrogeassent là-dessus, plutôt que de s'attarder sur les siestes de M. Landry. (Avez-vous remarqué les subjonctifs?)

    J'ajouterais très cyniquement qu'une majorité d'électeurs québécois l'ont voulu. Eh bien! ils l'ont, et qu'ils y goûtent maintenant. »

  • FARID KODSI
    Inscrit
    lundi 29 décembre 2003 12h09
    Aucun compte à rendre
    « M. Charest agit en premier ministre responsable et n'a aucun compte à rendre aux souverainistes doctrinaires dont M. Venne et d'autres journalistes québécois en font partie et également aux syndicalistes révolutionnaires poussés par les séparatistes du parti québécois pour semer le désordre dans la province; il ne fait que répondre au désir de classe moyenne qui a voté pour lui et pour son parti afin de se débarrasser une fois pour toutes du chantage de la vieille garde d'indépendantistes qui ont semé la division et la discorde au sein du pays et de la province. »

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