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    Cri d’alarme contre la «rigueur budgétaire»

    Huit fondations privées craignent un accroissement des inégalités sociales

    11 mars 2015 |Marco Fortier | Québec
    Le gouvernement songe notamment à augmenter la tarification des services, selon le principe de l’utilisateur-payeur, et à baisser les impôts sur le revenu.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le gouvernement songe notamment à augmenter la tarification des services, selon le principe de l’utilisateur-payeur, et à baisser les impôts sur le revenu.

    La « rigueur budgétaire » imposée par le gouvernement Couillard met en péril le filet de sécurité qui a fait du Québec la société la plus égalitaire en Amérique du Nord, préviennent huit fondations privées, dont la plus importante au Canada.

     

    Dans une lettre transmise au Devoir, ces huit fondations mettent en garde le gouvernement contre les dangers d’un accroissement des inégalités sociales. Les compressions budgétaires et la révision des programmes de l’État risquent d’augmenter le fossé entre les riches et les pauvres, ce qui peut entraîner des conséquences néfastes : hausse de la criminalité, baisse de l’espérance de vie et hausse des coûts sociaux.

     

    « Pour la première fois, des fondations québécoises prennent ensemble la parole pour exprimer leurs préoccupations et témoigner de l’inquiétude ressentie par les personnes, les familles et les communautés qu’elles appuient. Au moment où plusieurs programmes gouvernementaux sont remis en question et où la fiscalité fait l’objet d’un examen en profondeur, nous nous interrogeons sur les impacts possibles de ces changements sur la société », écrivent les signataires, qui comprennent notamment la Fondation Lucie et André Chagnon, la plus importante au Canada avec un capital de 1,5 milliard de dollars.

     

    Ce cri d’alarme provient de huit fondations bien établies qui soutiennent l’aide aux femmes, aux enfants et aux personnes âgées, le développement régional, les coopératives rurales, l’alphabétisation, etc. Les dirigeants de ces fondations ont décidé d’écrire une lettre commune en réalisant qu’ils font le même bilan des premiers mois de la « rigueur budgétaire » imposée par le gouvernement Couillard : les impacts de l’austérité se font déjà sentir.

     

    « Au cours des derniers mois, on a reçu plus de demandes d’organisations qui veulent avoir accès à des marges de crédit ou à des liquidités », dit Jacques Bordeleau, directeur général de la Fondation Béati, un des instigateurs de la lettre. Bref, ça veut dire que les groupes qui aident les personnes démunies se sentent eux-mêmes vulnérables. Et c’est une mauvaise nouvelle pour le Québec, préviennent les huit fondations.

     

    « Le Québec est la société la plus égalitaire en Amérique du Nord. Cette situation enviable est le résultat de choix collectifs et constitue un actif notable sur les plans économique et social. Les inégalités nuisent à l’économie, à la société et à la démocratie, les experts du monde entier en ont fait la démonstration », écrivent les signataires.

     

    « Lorsque les inégalités augmentent, un fossé se creuse entre les citoyens, poursuit la lettre. Comme les maillons d’une chaîne qui se distendent puis se rompent, les liens entre les membres de la société se brisent. C’est l’ensemble de la collectivité qui en souffre. Les problèmes sociaux s’aggravent et la pression s’accentue sur les services publics et communautaires, dont le coût augmente. Tous les citoyens en sortent perdants. »

     

    Les auteurs de la lettre évitent soigneusement de critiquer le gouvernement. Leur lettre se veut « constructive ». Ils ne mentionnent nulle part le mot « austérité ». Ils parlent plutôt de « rigueur », de « révision », de « réformes ». Mais leur message demeure clair : les compressions menacent le modèle québécois de redistribution de la richesse.

     

    Mesures fiscales

     

    Sans les nommer, les signataires signalent que les nouvelles mesures fiscales envisagées par Québec risquent aussi d’amplifier les inégalités. Le gouvernement songe notamment à augmenter la tarification des services, selon le principe de l’utilisateur-payeur, et à baisser les impôts sur le revenu. La classe moyenne sortirait perdante d’un tel exercice, craignent les fondations.

     

    Le gouvernement Couillard a imposé des coupes de plus de 3 milliards cette année, et en annoncera probablement d’autres dans le budget attendu ce printemps, dans le but d’atteindre l’équilibre budgétaire dès l’exercice 2015-2016. Tous les programmes de l’État passent à la moulinette, y compris les Centres de la petite enfance (CPE) — dont les tarifs augmentent — et l’aide sociale.

     

    La révision des programmes peut être une bonne chose et le gouvernement a toute la légitimité pour la faire, fait valoir Jacques Bordeleau, de la Fondation Béati. « Mais il est une chose que les Québécois ne remettent pas en question, c’est l’objectif d’une société qui donne sa chance à tout le monde. Nous croyons utile de rappeler ce grand consensus québécois illustré entre autres par l’adoption à l’unanimité de l’Assemblée nationale, en 2002, de la Loi sur l’élimination de la pauvreté et de l’exclusion sociale. Malgré les efforts, le niveau d’inégalités est plus grand au Québec aujourd’hui qu’il y a 30 ans. Il faut donc demeurer vigilants. Les réformes seront d’autant plus efficaces qu’elles contribueront à la réduction des inégalités », souligne la lettre des huit fondations.













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