Divergences au Parti québécois au sujet de la cimenterie à Port-Daniel

L’ex-ministre des Ressources naturelles Martine Ouellet inscrit sa dissidence. Le gouvernement Marois a eu tort de donner le feu vert au projet de cimenterie à Port-Daniel-Gascons sans que celui-ci ait préalablement fait l’objet de l’examen du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), estime-t-elle.

 

« Dans ce cas-là, il aurait été judicieux de faire un Bureau d’audiences publiques sur l’environnement », a laissé tomber la candidate à la direction du Parti québécois dans une entrevue avec Le Devoir. « On le documente et après on prend une décision en toute connaissance de cause », a-t-elle ajouté.

 

À plein régime, la cimenterie de Ciment McInnis émettra 1,76 million de tonnes de gaz à effet de serre (GES) par année, c’est-à-dire 2 % des émissions de GES totales du Québec.

 

La première ministre Pauline Marois avait fait l’annonce de ce projet de 1,1 milliard de dollars financé en large partie par des deniers publics, à l’hiver 2014. Le gouvernement péquiste « aurait pu traiter un peu différemment ce dossier-là », soutient Mme Ouellet.

 

Le PQ a raté l’occasion de soumettre les plans de la cimenterie à l’examen du BAPE. Il est désormais trop tard pour faire marche arrière puisque le « projet est [déjà] en construction », souligne-t-elle.

 

La députée de Vachon se réjouit toutefois de voir Ciment McInnis s’être engagé à se plier à un « suivi environnemental ». Cette promesse du cimentier a convaincu le Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE) et Environnement Vert-Plus de se désister d’une poursuite menée conjointement avec Lafarge Canada visant à faire invalider le certificat d’autorisation octroyé par le ministère de l’Environnement au projet de cimenterie à Port-Daniel-Gascons.

 

Les élus péquistes ont été confrontés à « un cas très très très particulier », a poursuivi Mme Ouellet. « En général, pour les nouveaux projets industriels, on a tout avantage à faire une évaluation complète [et de démêler leurs impacts économiques, environnementaux et sociaux]. C’est sûr », a-t-elle soutenu. Elle a rappelé du même souffle avoir abaissé le seuil minimal de production — de 7000 à 2000 tonnes par jour — des projets miniers devant être examinés par le BAPE lors de son passage à la tête du ministère des Ressources naturelles.

 

Hésitation

 

Les élus péquistes hésitent à appuyer le projet de loi 37 même s’il coupait court aux procédures intentées par la compagnie de ciment Lafarge Canada devant la Cour supérieure du Québec. Le principal concurrent de Ciment McInnis veut forcer Québec à soumettre le projet à une consultation par le BAPE, même si celui-ci a été présenté en mai 1995, soit un mois avant l’entrée en vigueur des règles d’examen du BAPE.

 

Le député de Gaspé, Gaétan Lelièvre, demande au gouvernement libéral de faire la démonstration « de façon claire, nette et précise de l’absolue nécessité » d’adopter le projet de loi 37. « La non-obligation du projet de Port-Daniel de passer par un BAPE, c’est reconnu depuis de nombreuses années. Pourquoi doit-on adopter une loi en plus ? » a-t-il affirmé au Devoir, se refusant toutefois à préciser s’il votera pour ou contre le projet de loi déposé jeudi dernier.

 

Les élus péquistes discuteront d’un éventuel appui au projet de loi 37 à l’occasion d’un caucus mercredi. Le gouvernement libéral ne doit pas tenir pour acquis l’appui du PQ. « Le vote de la semaine dernière, au moment du dépôt, ne préjuge pas de la position que nous allons prendre sur ce projet de loi là », a fait valoir le député de Marie-Victorin, Bernard Drainville, lundi.

 

Pas idéal, mais nécessaire

 

M. Lelièvre s’explique mal « tout le branle-bas de combat là » au gouvernement libéral. D’ailleurs, la Cour supérieure a reporté l’audition au mérite du recours de Lafarge Canada, dont le coup d’envoi était fixé au lundi 2 mars.

 

Si le projet de cimenterie n’est « pas idéal » d’un point de vue environnemental, il est non moins nécessaire à la région. « Il faut prendre conscience que la situation sociale et économique de la Gaspésie commande des actions immédiates », a-t-il martelé. Il s’agit d’un « projet d’envergure » pour la Gaspésie : 200 emplois à terme, quelques milliers durant la construction. « Du jamais vu ! » Qui plus est, il recueille un large consensus au sein de la population. « S’il y avait des alternatives, peut-être que les gens seraient plus critiques », a suggéré M. Lelièvre.

 

Une évaluation du BAPE aurait toutefois permis d’« amener [les élus et la population] à un niveau de connaissances qui serait intéressant » sur le projet, est-il d’avis. « Est-ce qu’on peut comme gouvernement remettre en question des droits qui sont consentis à une entreprise par préoccupation pour l’environnement ? C’est une question majeure. »

8 commentaires
  • Patrick Boulanger - Abonné 25 février 2015 06 h 30

    Si le PQ souhaire reconquérir le coeur des jeunes, il devra notamment verdir son discours qui change d'un dossier à l'autre. Bravo Mme Ouellet pour votre dissidence!

  • Gaston Bourdages - Abonné 25 février 2015 06 h 40

    Quelles sont les étapes à franchir...

    ...pour qu'une décision soit économique, soit politique, soit religieuse puisse être reconnue comme étant de la prostitution ? Genre? Prostitution intellectuelle.1.76 million de GES pour 200 emplois ! Je dramatise...des gens vont se faire payer pour voir leur santé, celle des membres de leurs familles, affectée...?
    C'est fort l'attrait de l'argent...Je m'imagine la Gaspésie de mon enfance...flottera sur la Baie un nuage grisâtre qui attirera peut-être des touristes...
    Gaston Bourdages,
    Auteur,
    http://unpublic.gastonbourdages.com

    • Sylvain Auclair - Abonné 25 février 2015 12 h 13

      Les GES ne nuisent à la santé de personne en particulier. Ils dérèglent le climat mondial, tout simplement.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 25 février 2015 08 h 06

    Le BAPE bonifie un projet. Il le rend aussi plus permanent

    Madame Ouellet a raison. Selon moi, une évaluation du BAPE aurait été beaucoup plus bénéfique à la Gaspésie que le projet actuel: actuellement, c'est un projet semble bâclé. Il est humiliant, d'une autre époque et principalement à l'avantage du promoteur. De plus, ce projet nous divise inutilement au lieu de nous unir. Mieux construit, il ferait davantage la fierté des gaspésiens. Ils ont l'air, nous avons l'air, de personnes auxquelles on peut tout offrir et faire accepter parce qu'elles ne seraient pas suffisamment économiquement développées: les régions dites productrices de ressources se font malheureusement souvent refaire ce triste scénario. Ensuite, on aurait probablement fixé un échéancier précis pour brûler autre chose de mieux que du coke de pétrole (un résidu) provenant d'ailleurs au Canada, par exemple l'électricité, la biomasse ou du gaz naturel. On aurait également atténué l'impact de cette cimenterie sur l'un des plus beaux coins de la Gaspésie. Nous enverrions moins de cochonneries dans la mer et vers les provinces maritimes. Enfin, nous connaîtrions mieux l'impact des conventions commerciales internationales actuelles et prévisibles. Mieux préparé, un projet s'attire davantage l'attention du public et l'appui des partis politiques...et dans les moments difficiles à venir, ça compte. Il a plus de chances de survivre et de prospérer. Souhaitons que cette cimenterie bonifie suffisamment son activités et reçoive les appuis requis pour le faire. Nous en aurons tous besoin.

  • Jacques Gagnon - Inscrit 25 février 2015 10 h 39

    Pathétiques politiciens

    « S’il y avait des alternatives, peut-être que les gens seraient plus critiques », a suggéré M. Lelièvre.

    Notre malheur est tout contenu dans cette phrase, le manque d'imagination pathétique de nos élus. Si c'était un nouveau problème, je serais moins sévère, mais si aujourd'hui ils ne voient pas d'alternatives, c'est qu'ils se traînent les pieds depuis toujours. Les actions à long terme auraient dûes être posées il y a bien longtemps.

    • Patrick Boulanger - Abonné 25 février 2015 18 h 36

      M Gagnon, notre malheur est plutôt à mon avis notre tendance collective à élire des députés comme M. Lelièvre qui n'accordent pas beaucoup d'importance à la protection de l'environnement.

  • Yves Côté - Abonné 25 février 2015 11 h 24

    Bravo !

    Les têtes d'affiche féminines du PQ se sont elles parlé pour remettre le PQ sur la voie de la sagesse et de l'écoute des Québécois, ou quoi ?
    Madame Hivon en début de semaine, Madame Ouellet en milieu, que nous réserve les jours qui viennent ?
    Bravo Mesdames !
    Voilà que l'amertume qui me touche depuis des années tend à commencer à se dissiper un peu.
    Poussez les passéistes dehors et prenez toute la place que vous y méritez... Méfiez-vous surtout de qui ne visent que d'être chefs.
    Surtout, SVP, ne vous laissez pas intimider par les uns, les unes ou les autres.
    Et je le crois, par votre sincérité démontrée, les Québécois vous suivront.
    Vive le Québec libre !