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Le tandem Martin-Charest

15 décembre 2003  Québec
Le Québec étant toujours membre de la fédération canadienne, les Québécois sont gouvernés par deux chefs, l'un se trouvant à Ottawa et l'autre à Québec. Selon les époques, la puissance provinciale agit comme un contre-poids à la puissance fédérale ou encore les deux gouvernements marchent main dans la main.

Les membres du tandem qui nous gouverne désormais ont misé tous les deux sur la collaboration entre les ordres de gouvernement. La chose sera d'autant plus facile que Martin et Charest sont sur la même longueur d'onde en matière d'économie.

L'engagement de Paul Martin en faveur de la coopération n'est pas une nouveauté. On a beau décrier l'ère Chrétien-Dion, sur cette question, c'est la continuité qui s'impose.

D'abord, le plan B n'est pas aboli. La Loi sur la clarté demeure. L'affirmation de l'identité nationale du Canada se poursuit. La présence de l'État fédéral dans les champs de compétence du Québec va s'accroître. M. Martin a en effet la volonté d'agir dans des domaines comme la politique sociale, l'apprentissage, le financement des municipalités. Il raffermit la capacité d'agir d'Ottawa dans le domaine de la sécurité intérieure et affiche son intention de prendre le leadership en matière de santé publique.

Pour Ottawa, la collaboration ne peut signifier autre chose que d'étendre ses tentacules. Comme Pettigrew aujourd'hui, Dion aussi voyait les provinces comme des «partenaires».

***

Rien de substantiel ne va donc changer sur ce plan, sauf une chose: pour la première fois depuis 1960, le premier ministre du Québec est d'accord avec Ottawa. Jean Charest est un nationaliste canadien. Lorsqu'il était chef du Parti progressiste conservateur, il avait clairement expliqué sa vision du pays. À ses yeux, les provinces, égales entre elles, doivent travailler ensemble et avec le fédéral. Il critiquait la tradition dite «du carré de sable», dans laquelle on cherche à départager les rôles des gouvernements respectifs. Son conseil de la fédération est un instrument pour appliquer cette politique.

La collaboration signifie que Paul Martin aura la voie libre à Québec. M. Charest aura bien du mal, en effet, à se poser en défenseur de l'État québécois face au nouveau monarque fédéral. D'abord plusieurs de ses ministres et la majorité de ses partisans sont d'accord avec le successeur de Jean Chrétien et ne veulent rien faire pour lui nuire face au Bloc québécois dans la perspective des prochaines élections. Ensuite, chaque fois que M. Charest va lever le ton contre Ottawa, il va donner raison à ses adversaires politiques et montrer l'inanité de sa propre position, qui est intenable: accepter la collaboration tout en prétendant préserver l'autonomie du Québec.

Il y a des conséquences à cette situation. Le contexte général aura pour effet de renforcer le leadership du fédéral dans un ensemble de secteurs qui préoccupent la population et de réduire le rôle du gouvernement du Québec à celui de gérant de services publics. Le gouvernement Martin affiche son intention d'être très actif dans la définition des politiques pendant qu'à Québec, on gère du mieux qu'on peut la boutique, en réduisant les dépenses, en frappant sur les syndicats, en ajustant les tarifs et en procédant à la «réingénierie» des processus administratifs.

Le contraste entre les deux attitudes est saisissant. Évoquons deux grands univers:
- Ottawa est seul maître de la politique étrangère, de la politique de défense et de sécurité nationale et de la politique commerciale, trois sujets devenus populaires à cause des débats sur la mondialisation, de la lutte contre le terrorisme après le 11 septembre 2001 et de la guerre en Irak. Québec est absent de ces domaines, ou alors il est silencieux.
- Ottawa a la capacité fiscale et la volonté de soutenir l'innovation dans des domaines comme la santé, l'éducation post-secondaire, la recherche universitaire, la politique familiale, la réinsertion des chômeurs et l'économie sociale. Québec est en mode attentiste sur ces questions. Il est révélateur d'entendre la nouvelle ministre de Paul Martin, Liza Frulla, parler de conciliation famille-travail pendant qu'à Québec Jean Charest subit les foudres des parents pour sa politique de services de garde, pour ne citer que cet exemple.

Plus que jamais, Québec sera perçu comme un gouvernement junior. Cela rappelle l'époque, dans les années 1950, où les esprits les plus clairvoyants du Québec préféraient oeuvrer à Ottawa où la bureaucratie s'inspirait des courants les plus innovateurs de l'humanité (même Jacques Parizeau partageait cet engouement à l'époque) pendant qu'à Québec le régime Duplessis réduisait le Québec (en vain comme l'a prouvé la Révolution tranquille) à un bastion de conservatisme.

Laisser le pouvoir et laisser l'innovation entre les mains d'Ottawa n'est pas anodin. Les politiques fédérales doivent répondre aux intérêts de Canadiens de toutes les régions, qui ne rejoignent pas forcément ceux du Québec. Si le poids accordé à l'Ouest au sein du cabinet n'est pas de la poudre aux yeux, ce choix aura des répercussions concrètes. Les intérêts des agriculteurs de la Saskatchewan ne sont pas les mêmes que ceux du Québec. Considérons aussi la dimension démographique: le Québec est l'une des provinces les plus âgées du Canada alors que l'Alberta est la plus jeune. Les besoins en matière de politique sociale sont ainsi divergents.

Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides. vennem@fides.qc.ca






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  • Claude L'Heureux
    Abonné
    lundi 15 décembre 2003 20h15
    Déconstruction nationale
    « Le tandem Martin-Charest sera, il est à espérer, le choc qui fera réagir le Québec pour que celui-ci se rende compte que ce pays est le pays de tous les dangers pour notre peuple et son avenir.

    Pour ce faire, il faudra que les Québécois commencent d'abord par envoyer un message clair à Ottawa en faisant élire un très grand nombre de députés, ées Bloquistes car il ne sert à rien d'attendre quoi que ce soit de Paul Martin et de ses députés. Les points soulevés par monsieur Venne sont déjà très inquiétants et si l'on ajoute l'élargissement de la voie maritime du Saint-Laurent proposé par les USA et qui va dans le sens des intérêts de Paul Martin et du Canada, alors là il y aura des effets environnementaux et économiques désastreux pour le Québec. »

  • Marie-France Legault
    Inscrite
    mardi 16 décembre 2003 10h07
    Peuple en danger?
    « Monsieur L'Heureux,les dangers viennent justement du B.Q. Celui-ci joue au pur. Il se prétend l'unique défenseur des intérêts du Québec. Mais qu'a-t-il fait de vraiment positif pour le Québec? Pouvez-vous me donner la liste des avantages exceptionnels, des réalisations concrètes obtenus en faveur du Québec? A-t-il été un élément efficace, efficient?

    Vous êtes sûrement séparatiste. Car les séparatistes ont une fixation. Quel que soit le premier ministre (québécois ou autre) quels que soient les ministres, (québécois ou autres) ils seront toujours considérés comme inaptes,incompétents, incapables de défendre les intérêts du Québec. Ce qui est complètement faux dans les faits.

    Inutile de discuter avec les séparatistes. Leur fixation, leur fanatisme empêchent toute ouverture. Ils sont fixés à jamais.

    Le Canada est le troisième meilleur pays au monde. Plusieurs citoyens veulent y habiter. Pour cela ils se déracinent, quittent leur pays, pour venir chez nous, et y trouver la paix. Cette paix qu'ils n'ont plus, depuis des années. »

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    mercredi 17 décembre 2003 23h21
    Fixation Canadienne
    « Madame Legault se prend sans doute pour Stéphane Dion pour répliquer à toute critique du ''troisième meilleur pays au monde'', expression qui ne veut pas dire grand chose à part que nous sommes les troisième enfants gâtés de la planète et que nous réduisons sans cesse notre aide internationale et que nous voulons, selon Paul Martin et ses gros amis, prendre part à la reconstruction de l'Irak alors que les Canadiens ont refusé cette guerre.

    Que répliquez-vous, madame, aux récriminations de monsieur Venne et des miennes face au travail de sapre de Martin-Charest? Quand au travail du Bloc permettez-moi de vous rappeler qu'il n'a aucune chance de prendre le pouvoir et qu'il représente les Québécois qui se rappellent les quarantes ans de: ''What does Quebec want?'' hypocrite et sans suite. Malgré celà, le Bloc nous permet d'écouter les nouvelles et d' y entendre des critiques percutantes ce qui ne serait pas le cas si le Québec s'avisait d'élire que des libéraux. Vous n'avez qu'à vous rendre sur le site du Bloc pour en avoir une idée. La dernière de ces prises de position pour défendre les intérêts du Québec concerne l'élargissement de la voie maritime du Saint-Laurent: qu'en pensez-vous? Et de Mirabel? Et de C-20? Les bourses du millénaires? L'entente sur l'union sociale?

    L'assurance-emploi et les travailleurs autonômes (sujet particulièrement suivi par le Bloc). Ce qui ne veux pas dire que j'accepte toutes les interventions du Bloc et vous, qu'avez vous à dire des intentions de Paul Martin qui nomme des ministres Québécois dans des compétences provinciales (politique de conciliation travail-famille, avec laquelle je ne suis pas d'accord, ni avec celle des garderies à $5,00 car je pense qu'une politique d'allocations-familliale augmentées serait plus efficace pour augmenter le taux de natalité, sûrement une grande préoccupation d'Ottawa...) Pour terminer laissez-moi vous dire que j'envie la place que vous avez à la tribune du Devoir alors que les nationalistes Québécois n'ont que très peu de place pour s'exprimer au Soleil et à La Presse. »

  • FARID KODSI
    Inscrit
    lundi 22 décembre 2003 10h35
    Enfin un tandem Québec-Canada
    « Il est grand temps que le Québec négocie avec le Canada pour le plus grand bien des Canadiens et des Québécois. Avec la violence verbale habituel des ministres du gouvernement précédent et tout particulièrement celle de «Landry-bec», il n'était pas question de s'asseoir à la même table. Le Québec des anciens ministres souverainistes faisaient bande à part en boudant les politiques fédérales et le pouvoir fédéral d'Ottawa punissant du même coup la population du Québec et surtout la classe moyenne et les 50% de Québécois fédéralistes qui croyaient et croient encore, plus que jamais, en leur pays, le Canada. »

  • Marie-France Legault
    Inscrite
    dimanche 8 février 2004 09h52
    Heureux tandem!
    « Enfin un tandem qui apportera du renouveau. depuis des années que les séparatistes ont une allergie viscérale à toute forme de tandem (Ottawa-Québec)qui ferait avancer le Québec.

    ...La suspicion, la méfiance, la confrontation ont été pendant des années, les attitudes et comportements des séparatistes.

    ...Ça fait penser au fil de Sergio Leone: Il était une fois dans l'ouest...

    ...Nous pourrions intituler le film: Il était une fois dans le Nord Est...

    ...La guerre continuelle de mots, de procès d'intention, de trahisons appréhendées, voilà ce qui nous "écoeure" depuis des lunes!

    ...Des séparatistes de salon...ergotent, extrapolent, épiloguent au coin du feu, les pieds sur la "bavette du poële à bois" à côté de l'horloge grand-père.

    ...Ils n'ont pas encore réussi à mettre "les pendules à l'heure"... »

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