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Journée nationale de protestation - Déterminées malgré la pluie

Des dizaines de milliers de personnes demandent au gouvernement de renoncer à la hausse des frais de garderie

Jeanne Corriveau   12 décembre 2003  Québec
Rue Notre-Dame à Montréal, les manifestants opposés à la réingénierie de l’État ont considérablement ralenti la circulation.
Photo : Jacques Nadeau
Rue Notre-Dame à Montréal, les manifestants opposés à la réingénierie de l’État ont considérablement ralenti la circulation.
La pluie n'a pas accordé de répit aux employés des centres de la petite enfance (CPE) et aux parents venus manifester au centre-ville de Montréal hier après-midi, mais elle n'a pas semblé entamer leur détermination. Des dizaines de milliers de personnes, tant à Montréal qu'ailleurs au Québec, ont lancé un message pressant au premier ministre Jean Charest afin qu'il reporte l'adoption du projet de loi 32 qui fera grimper de 5 à 7 $ le tarif quotidien des services de garde.

L'appel à la mobilisation lancé par la CSN, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et l'Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE) n'est pas resté lettre morte. À Montréal, le rendez-vous avait été fixé à 13h au square Dominion. Des milliers de syndiqués des CPE et de nombreux parents accompagnés de leurs enfants ont convergé vers le lieu de rencontre avant de se rendre devant les bureaux du premier ministre de la rue McGill, à l'angle de la rue Sherbrooke, en scandant des refrains de circonstance. Selon les organisateurs, la foule comptait 40 000 personnes, soit 15 000 de plus que lors de la marche tenue à Montréal le 14 juin dernier.

Le message lancé au premier ministre était sans équivoque. «Nous demandons le report du projet de loi 32. Nous demandons une réelle commission parlementaire afin que la société civile puisse en débattre et faire modifier ses articles», a indiqué Diane Vandy, vice-présidente de l'AQCPE. Outre la hausse des tarifs à 7 $, le gouvernement ouvre la porte à une indexation éventuelle de la facture imposée aux parents et menace d'imposer des compressions budgétaires aux CPE avec ce projet de loi qu'il souhaite adopter avant Noël. Bien que les libéraux aient renoncé à limiter à 26 le nombre de jours d'absence des enfants, les syndicats ne sont pas rassurés quant aux objectifs de performance fixés par Québec.

Le gouvernement Charest a bien tenté de convaincre les CPE de renoncer à leur journée de manifestations, mais en vain. À l'occasion d'une rencontre de la dernière chance avec la présidente de l'AQCPE mercredi matin, Québec a proposé la création d'un comité de travail conjoint afin de définir les orientations de la future politique familiale et les modalités du développement du réseau des services de garde, mais cette offre n'a pas suffi pour inciter les CPE à ranger leurs armes.

Comme bien d'autres parents, Carole Samson a manqué une journée de travail hier pour manifester aux côtés des syndiqués en compagnie de son fils de quatre ans. «Le fait que le gouvernement augmente les tarifs menace l'universalité des services de garde. Et je trouve ça injuste qu'il ne redistribue pas cette augmentation dans le système parce que les budgets des garderies sont déjà serrés», dit-elle.

Ravie par le nombre de manifestants présents au centre-ville de Montréal hier, Louise Chabot, vice-présidente de la CSQ, souhaitait que la détermination montrée par les parents et les syndiqués porte fruits: «Je crois que le message est clair. Je ne sais pas ce qu'il faudra faire de plus pour que le gouvernement comprenne», a-t-elle commenté à l'issue de la manifestation.

Les parents solidaires

Plus de la moitié des 986 CPE au Québec ont fermé leurs portes pour la «journée de perturbation nationale», mettant ainsi quelque 40 000 enfants en congé forcé. Mais ce ne sont pas tous les parents qui ont pu se soustraire à leurs obligations professionnelles. Robert Laparé fait partie de ceux-là et il a dû trouver une solution de rechange pour faire garder ses deux enfants qui fréquentent le CPE Cartierville. Alors que l'un d'eux a accompagné sa mère à son travail, le plus jeune a été confié à sa grand-mère. «C'est sûr que, du point de vue personnel, ça cause des problèmes, mais quand on regarde ça avec une vue d'ensemble, c'est tout à fait compréhensible qu'il y ait un mouvement de protestation qui s'organise et j'appuie ça», explique-t-il.

Les parents ont d'ailleurs été des acteurs de premier plan dans cette mobilisation puisqu'ils occupent la majorité des sièges au sein des conseils d'administration des CPE qui ont décrété la fermeture des établissements. D'autres CPE, bien que solidaires à la cause, ont préféré garder leurs portes ouvertes hier afin de ne pas pénaliser davantage les parents. C'est le cas du CPE le Coin des enfants de l'avenue Du Parc, dans Outremont, qui a plutôt opté pour l'envoi d'une pétition au premier ministre.

Malgré l'ampleur des manifestations qui se sont déroulées simultanément dans plusieurs régions du Québec, le premier ministre est demeuré inflexible et, en fin de journée hier, il a rappelé qu'il fallait avant tout penser aux parents qui sont trop nombreux à attendre une place en garderie. «Les parents paient 7 $ par jour et l'État paie en moyenne 8000 $ par année par enfant pour des services de garde», a-t-il rappelé.

Mais la présidente de l'AQCPE, Hélène Potvin, n'entend pas en rester là. Lors d'un point de presse au terme d'une manifestation qui a réuni 2000 personnes devant le parlement à Québec, elle a évoqué la possibilité d'une démission en bloc des conseils d'administration des CPE si le gouvernement ne montre pas plus d'ouverture. «Ça fait partie du plan d'action. On va évaluer cette action en fonction des réponses que le gouvernement fera. C'est un moyen extrême, a-t-elle reconnu. On va voir si le gouvernement met en place des éléments qui font en sorte qu'on démantèle le réseau des CPE. On va évaluer ça au fur et à mesure.»

Avec la collaboration de Tommy Chouinard
 
 
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