Philippe Couillard ferme la porte… à un moratoire

Philippe Couillard estime cependant que l’industrie devra générer une plus grande acceptabilité sociale avant de lancer une éventuelle exploitation.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Philippe Couillard estime cependant que l’industrie devra générer une plus grande acceptabilité sociale avant de lancer une éventuelle exploitation.

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, refuse d’imposer un moratoire sur les activités de fracturation hydraulique, craignant de tuer tout espoir de développement du gaz de schiste au Québec.

 

« Je n’aime pas les “ moratoires ” parce que quand vous mettez un moratoire en place, vous verrouillez la porte. Je veux que les portes restent ouvertes [ou à tout le moins] que les gens sachent comment ouvrir la porte », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse jeudi avant-midi.

 

Ainsi, il n’emboîtera pas le pas à ses homologues du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant, et de l’État de New York, Andrew Cuomo, en frappant d’un interdit — temporaire ou permanent — la fracturation hydraulique. M. Couillard se refuse de gouverner à coups de moratoires. « Je n’aime pas le “ moratoire ”, car une fois que vous mettez en place un moratoire, c’est un travail d’enfer pour le lever si vous avez besoin de le faire un jour », a-t-il souligné.

 

Le chef du gouvernement a cherché à corriger jeudi l’impression donnée par des entrevues accordées dans la foulée du dévoilement du rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), lundi. « À ce moment-ci »,l’industrie gazière et pétrolière a ni d’intérêt sur le plan économique ni l’appui de la population pour forer le sol québécois. « Ces deux critères doivent être réunis. Je ne vois pas cela se produire dans un avenir proche », a-t-il affirmé aux journalistes dans le hall de l’édifice Honoré-Mercier.

 

« Définitif ? »

 

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, presse M. Couillard à dissiper l’incertitude pesant sur l’industrie pétrolière et gazière. « Ça a d’l’air d’être [un non] définitif [à l’exploitation du gaz de schiste]. Si c’est “ définitif ”, c’est irresponsable », a-t-il dit lors d’un entretien avec Le Devoir.

 

Les entreprises détentrices de permis devront parvenir à un certain consensus social avant de lancer leurs opérations, a-t-il précisé. Mission impossible ? Pas du tout, selon M. Legault. « Il y a des régions comme Bécancour où il y a une acceptabilité sociale », a-t-il soutenu.

 

La population québécoise ne peut « pas se permettre de mettre de côté tous les projets économiques, que ce soit le gaz de schiste, que ce soit le pétrole d’Anticosti », a-t-il martelé, rappelant du même souffle l’écart de richesse « important » entre le Québec et le reste de l’Amérique du Nord.

 

La députée péquiste Martine Ouellet a aussi décodé dans les propos de M. Couillard, tenus plus tôt cette semaine, un « changement de position » au sujet de l’exploitation du gaz de schiste. « Enfin ! Enfin ! Il commence à [entendre] raison », se réjouissait-elle jeudi, estimant que le « pouvoir citoyen » a forcé le Parti libéral du Québec à reculer. « Je pense que c’est important, cette position qu’il a prise contre les gaz de schiste au Québec », a-t-elle poursuivi.

 

L’ancienne ministre des Ressources naturelles a appelé le gouvernement libéral à « incarner » cette nouvelle politique dans une « loi interdisant l’exploration, l’exploitation des gaz de schiste au Québec ». En vain.

Cinq conditions au Nouveau-Brunswick

Au Nouveau-Brunswick, les acteurs de l’industrie du gaz de schiste devront scrupuleusement respecter « cinq conditions » avant de démarrer tout projet nécessitant de la fracturation hydraulique, a expliqué le premier ministre, Brian Gallant, jeudi. Les entreprises devront détenir un « permis social », fournir des « renseignements clairs et crédibles » sur l’impact de la fracturation hydraulique sur la santé, l’environnement et l’eau, établir un plan pour atténuer les impacts des activités de forage sur les infrastructures publiques, particulièrement lors de l’évacuation des eaux usées, mettre sur pied une « structure de redevances appropriées » pour assurer un « maximum d’avantages pour les Néo-Brunswickois », et favoriser une consultation avec les Premières Nations.

La CAQ réclame des «redevances»

Le chef caquiste, François Legault, incite le gouvernement libéral à s’assurer d’obtenir des « redevances » en échange de son appui au projet de pipeline Énergie Est de TransCanada. « Si j’étais à la place de Philippe Couillard, j’essaierais de négocier avec l’Alberta des redevances. Dans l’état actuel, les risques excèdent les retombées économiques pour le Québec », a-t-il affirmé au Devoir.

[Énergie Est], c’est bon pour notre pays. Si on veut un pays qui est fort, c’est important d’avoir de l’hydroélectricité qui vient du Québec, du [pétrole] qui vient de l’Ouest et des homards qui viennent de l’Île-du-Prince-Édouard.

24 commentaires
  • André Chevalier - Abonné 19 décembre 2014 03 h 24

    Pas de moratoire?

    Les moratoire ne doivent pas être envisagés pour l'industrie, selon monsieur Couillard. Seulement pour les citoyens comme, par exemple, sur les places en garderie, les augmentations de salaire, l'amélioration des conditions de travail, etc.... Mais pas de moratoire sur les coupures de fonds et de services en éducation et en santé.

    • Pierre Bellefeuille - Inscrit 19 décembre 2014 11 h 54

      Savoir distinguer acceptabilité sociale de l’acceptabilité environnementale!

      Oh! On entre ici dans un territoire très dangereux, celui de la «fracturation de l’opinion publique»! On trouvera certains politiciens assez malhonnêtes pour dire : « voyez il n’y a pas de problème, on l’a acceptée la fracturation hydraulique à Bécancour, pourquoi n’en serait pas t-il de même ailleurs au Québec? ».

      Le fait est que la responsabilité ultime de trancher revient au Gouvernement dans ce dossier. Il y a ici un sophisme grossier, car la responsabilité environnementale pour des générations à venir ne peut pas reposer sur un critère d’acceptabilité sociale! Il y a ici un devoir moral auquel le gouvernement ne peut aucunement se soustraire!

      L’évaluation des risques rattachés à la fracturation hydraulique et l’exploitation des gaz de schiste relève du domaine de l’expertise que justement une bonne part de la société civile n’a pas, où le critère d’acceptabilité sociale n’a aucunement sa place.

      Les risques reliés à l’industrie des gaz de schiste ont été largement documentés et démontrés. Si le gouvernement Couillard était vraiment responsable, il accepterait le moratoire, car c’est ce qui doit être fait sur le plan moral.

      Ces soi-disant champions du déficit zéro imposent l’austérité à toute la société québécoise, mais si un de ces jours on permettait l’exploitation à large échelle des gaz de schiste, en l’absence de moratoire, l’empreinte écologique, elle, pourrait être telle qu’elle éliminerait tous les efforts pour assainir les finances publiques, parce que les coûts environnementaux et les problèmes de santé publique risqueraient de plonger dans le rouge toute l’économie québécoise.

  • François Ricard - Inscrit 19 décembre 2014 04 h 59

    Il veut demeurer le seul maître à bord

    C'est un non aujourd'hui.
    Ce pouura être un oui demain.
    Lui seul décide.
    La dictature à son meilleur.
    Et nous pensons vivre en démocratie.

    • Claude Lachance - Inscrite 19 décembre 2014 09 h 57

      Cette "nouvelle n'est pas une nouvelle" On connait ce gouvernement et les intérêts qu'ils portent à bout de bras. La nouvelle est de voir comment les environnementalistes, plient en chantant victoire comme un agonisant qui reçoit une "sniff" d'oxygène. Il y a un géant dont le sac à malices est encore plein (Je devrais plutot dire la bourse) On joue au yoyo avec lui, parce que c'est cela qu'il veut. Un jour c'est l'Euphorie, le lendemain la Défaite. il y a un mur a ériger contre l'outrance de ces usurpateurs de planète, et ce n'est pas avec des courbettes qui ressembles de plus en plus a des courbatures,que l'on va y arriver.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 19 décembre 2014 06 h 16

    NY

    J'aurais cru qu'avec un allié comme New-York, notre premier ministre se sentirait plus solide sur ses pattes, mais non.

    Quand on est chef de seulement l'arrière-pays où les décisions ne pèsent pas lourd dans la grande balance, je peux comprendre une certaine hésitation, mais quand on a l’appui d'un Grand, qui vie dans la même situation géographique (car NY est toujours dans la grande vallée du St-Laurent) et qu'on hésite encore, le problème est ailleurs et il est profond.

    Si j’étais premier ministre du Québec, je regarderais les raisons pour lesquelles NY a dit non à la fracturation afin d’étoffer ma position si celle du BAPE ne me suffit pas. Personne ne peut prétendre que NY ne connait rien au commerce. Et pourtant, ils disent NON.

    Bonne journée.

    PL

  • Gilbert Fafard - Inscrit 19 décembre 2014 06 h 27

    Oh...schiste alors!

    M.Couillard n'aime pas les moratoires....bien sûr être trop bien informé et bien cerné les enjeux pour prendre les décisions qui s'imposent c'est l'affaire d'un seul homme.Exit la consultation.Jouer aux apprentis sorciers avec la fracturation hydraulique et les nappes d'eaux souterraines ne représentent aucun danger(sic).Ah oui, il y danger et le moratoire est une avenue nécessaire pour s'assurer qu'on comprends bien les enjeux.

  • Danielle - Inscrit 19 décembre 2014 07 h 01

    Je ne dis pas oui, pas non, bien au contraire!

    C'est comme ça depuis le début de la lutte. Pas de problème, j'ai parlé au moratoire et il m'a dit qu'il n'aimait pas Couillard et qu'il préférait s'installer au Nouveau Brunswick ou dans l'État de New Yord, des endroits où les politiciens ont une tête sur les épaules et un coeur dans la poitrine! Eh lé ti zamis à Couillard déménagez du Québec parce qu'on vous réserve des petites surprises si vous revenez.