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    Le droit à l’indignation

    Lise Payette
    19 décembre 2014 |Lise Payette | Québec | Chroniques

    Ce n’est pas un droit qu’on trouve dans la Charte et c’est bien dommage. Ce ne sont pas les sujets de s’indigner qui manquent pourtant. L’indignation est essentielle dans notre monde, si fragile face au chant des sirènes et si docile face aux autorités qui ne se gênent pas pour manipuler les citoyens ou pire, les soumettre sans appel. L’indignation est une réaction saine qui permet de dénoncer les injustices dont les humains sont victimes et d’entretenir une flamme qui autrement aurait tendance à s’éteindre quand le vent se lève.

     

    Pour ma part, je prêche l’indignation depuis que j’ai 10 ou 11 ans. J’ai commencé chez les soeurs, car j’ai hérité ma capacité de m’indigner de ma grand-mère Marie-Louise qui ne trouvait pas beaucoup de qualités au monde dans lequel elle vivait et qui a fait en sorte que je ne me laisse pas marcher sur les pieds sans réagir. Je lui en ai toujours été reconnaissante. Ce sont ses leçons qui m’ont guidée durant toute ma vie.

     

    À quelques jours de Noël, je ne peux pas ne pas penser à elle. Elle détestait cette fête parce qu’elle la trouvait trop commerciale (imaginez ce qu’elle dirait aujourd’hui), trop « anglaise » aussi parce qu’à l’époque on entendait plus souvent « Merry Christmas » que « Joyeux Noël » dans les rues de Montréal. Elle ne supportait pas non plus d’entendre le Minuit, chrétiens surtout à cause de ces deux lignes qui disent : Peuple à genoux, attends ta délivrance. Elle voulait que ces mots soient changés pour « PEUPLE DEBOUT, CHANTE TA DÉLIVRANCE ». Ma Marie-Louise était une femme rare à son époque.

     

    Il m’arrive souvent de me demander quels seraient ses combats aujourd’hui. Je sais qu’elle serait de toutes les manifs, casseroles en main, et qu’elle n’accepterait jamais qu’on fasse perdre aux femmes le peu qu’elles ont réussi à obtenir au cours des 40 dernières années. Elle voudrait des garderies gratuites, des infirmières respectées, des conditions de travail justes et surtout pas mesquines pour toutes ces femmes de la fonction publique qui sont toujours les moins bien payées et sur qui tout le système repose. Leurs acquis avaient réussi à leur redonner une identité propre et une fierté qu’on balaie sous le tapis. Marie-Louise n’accepterait pas qu’on bardasse les élèves en les changeant d’école pour réduire les commissions scolaires. Un « gouvernement aux longs couteaux » vient pourtant de tout remettre en question.

     

    Pour ma part, je crois que le trip de pouvoir de nos dirigeants actuels a tout pour nous indigner. Et ils affirment même, sans s’en excuser, que le pire est à venir. Drôle de phénomène que ces gouvernements auxquels nous « prêtons notre pouvoir » en les élisant et qui nous crachent au visage dès qu’ils sont en selle.

     

    Dans le monde entier, on s’entend pour dire que l’éducation des jeunes est en état d’urgence. Ici, on coupe les ressources, on augmente le nombre d’élèves par classe, on augmente outrageusement les revenus des têtes dirigeantes des universités, mais on coupe dans les besoins essentiels de la culture et des sciences. On charcute sans état d’âme dans ce qui fait de nous un peuple créateur et en état de survivance.

     

    Certains de mes lecteurs me reprochent parfois mon indignation face à ce qu’on fait vivre au peuple québécois. On n’appelle pas toujours « indignation » mes reproches et mes coups de colère, mais je peux certifier que mes critiques émanent de ma capacité d’indignation qui fait partie de mon ADN et qui me servira d’adrénaline jusqu’à la fin de mes jours. Ce n’est certainement pas le moment de se taire et de laisser faire.

     

    J’ai donc l’intention de vous revenir le 9 janvier 2015. Ma réserve d’indignation est suffisante pour envisager une année sous le règne des trois docteurs qu’il ne faut surtout pas confondre avec les Rois Mages. Les nôtres ne nous offrent ni or ni encens, mais un cafouillage que nous allons subir longtemps. Pas plus d’ailleurs que le ministre du Trésor qui fait plus penser à Séraphin Poudrier qu’à un administrateur du Trésor public. Quant au ministre des Finances, je ne suis pas arrivée encore à saisir vraiment de quoi il parle.

     

    Je vous fais tous les voeux d’usage et je me dis que 2015 sera ce que nous en ferons. C’est à nous de jouer maintenant. Je vous remercie de continuer à me lire. Je nous souhaite à tous une année 2015 moins angoissante que celle qui se termine. Je vous suggère de mettre le mot « solidarité » dans votre vocabulaire de chaque jour. Nous en aurons besoin. Quant au droit à l’indignation, je souhaite vous voir vous lever pour l’affirmer haut et fort. Quand nous serons tous assez indignés, nous serons invincibles.













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