Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    CPE en milieu défavorisé

    Des projets compromis par la réforme

    12 décembre 2014 | Marco Bélair-Cirino - Correspondant parlementaire à Québec | Québec
    Québec a mis fin à l’universalité des tarifs des services de garde éducatifs à l’enfance au profit d’une modulation selon le revenu parental.
    Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Québec a mis fin à l’universalité des tarifs des services de garde éducatifs à l’enfance au profit d’une modulation selon le revenu parental.

    Les projets de centres de la petite enfance (CPE) en milieu défavorisé pourraient ne pas survivre à la « modernisation » du programme des services de garde éducatifs à l’enfance entreprise par le gouvernement libéral.

     

    La révision des critères d’admissibilité du Programme de financement des infrastructures (PFI), annoncée il y a trois semaines, menace sérieusement la création de la vaste majorité des 3500 places en milieu défavorisé promises par les ex-ministres de la Famille Yolande James et Nicole Léger, respectivement en 2011 et 2013.

     

    Quelque 600 places ont déjà été créées dans des quartiers aux prises avec un haut taux de pauvreté, indique le ministère de la Famille, tout en promettant de donner le feu vert à la création des 2900 autres places promises le 31 mars d’ici 2021. « Ça se poursuit. Ce qui a été annoncé le 20 novembre dernier, ça ne remet aucunement en cause la réalisation des projets », soutient la porte-parole du ministère, Nadia Caron.

     

    La directrice générale du CPE Le P’tit Gadu, Judith Laflamme, n’en est pas si sûre. Elle craint que la révision des « règles du jeu » force l’équipe de direction du CPE, situé dans l’arrondissement du Mont-Bellevue à Sherbrooke, à abandonner le projet de création de places réservées à des enfants démunis.

     

    En novembre 2012, le CPE s’était vu attribuer 47 des 72 places en « milieu défavorisé » prévues pour la région de l’Estrie. « Ça fait deux ans qu’on travaille comme des fous ! Le CPE a, de peine et de misère, mis de côté 150 000 dollars pour la mise de fonds. Et là, il faudrait que je trouve 500 000 dollars parce que c’est un projet d’un million de dollars. Nous n’aurons pas cet argent-là », affirme Mme Laflamme à l’occasion d’un entretien téléphonique avec Le Devoir.

     

    Le Conseil du trésor devrait annoncer au cours des prochains jours des ajustements aux règles budgétaires afin d’obliger les CPE à dorénavant assumer 50 % des coûts d’immobilisation — quitte à ce qu’ils concluent un partenariat avec des garderies privées non subventionnées pour y arriver — ou à privilégier la location à la propriété. « Le partenariat, ce n’est pas une obligation, c’est une des options », précise Nadia Caron du ministère de la Famille. « Ce qui est recherché par l’application éventuelle de cette règle-là, c’est que les CPE se retournent vers leur milieu et qu’il y ait une mobilisation », poursuit-elle.

     

    Les nouvelles règles désavantageront au premier chef les promoteurs de projets en milieu défavorisé, dénonce Judith Laflamme. « Il n’y a personne qui veut investir dans le milieu défavorisé. Il n’y a pas d’argent à faire là, on s’entend », lance-t-elle.

     

    Avant Noël

     

    Le CPE Le P’tit Gadu attend les nouvelles consignes du ministère de la Famille. « On est censés avoir une lettre avant Noël. Je ne m’attends pas à ce que ça soit un cadeau de Noël », dit Mme Laflamme. Elle promet de mettre l’« énergie du désespoir » afin de « sauver les 47 places » promises il y a déjà deux ans dans un quartier affichant un revenu moyen de 22 350 $. Il s’agit de près de la moitié du revenu moyen de la ville de Sherbrooke, qui oscille, lui, autour de 41 250 $. « Je vais aller cogner un peu partout. Je vais tout faire pour aller chercher d’autres partenaires financiers, mais je ne pourrai pas faire des miracles », souligne-t-elle au Devoir après s’être cogné le nez sur la porte du centre local de développement (CLD). « Ils se sont fait couper leur financement ! »

     

    Le Conseil québécois des services de garde éducatifs à l’enfance (CQSGEE) presse la ministre de la Famille, Francine Charbonneau, de surseoir à l’application des nouvelles règles pour les promoteurs de places à contribution réduite (au moins 7,30 dollars en 2015) en milieu défavorisé ou en région éloignée.

     

    « Elle doit mettre en oeuvre tous les moyens pour que ces projets-là se réalisent », fait valoir la directrice générale du CQSGEE, Francine Lessard. « C’est sûr qu’un CPE en milieu défavorisé aurait beaucoup de peine à voir la réalisation de son projet. Il y a très peu d’entreprises privées qui vont venir mettre 200 000 $ ou 300 000 $ dans la construction d’un CPE », soutient-elle.

     

    De son côté, le cabinet de la ministre Francine Charbonneau se refuse à toute modulation de la règle du 50-50 en fonction des clientèles desservies par les futurs CPE, garderies privées subventionnées ou services de garde en milieu familial.

     

    Il s’agit, « encore », d’une « décision irréfléchie » du gouvernement libéral, déplore le Parti québécois. « Celle-ci vient toucher de plein fouet le développement des places, mais cette fois-ci en milieu défavorisé. Combien de temps, d’énergie, d’argent et de projets seront perdus avec une telle décision ? » s’interroge le député de Terrebonne, Mathieu Traversy. Il invite Mme Charbonneau à prendre de « bonnes résolutions pour 2015 ».

     

    La d.g. du CPE Le P’tit Gadu s’explique mal la révision des critères d’admissibilité du PFI, tout particulièrement pour les CPE en milieu défavorisé. « On ne va pas se mettre à dire : “ On ne peut pas ouvrir une école dans un quartier défavorisé qui déborde parce qu’on n’a pas de partenaires financiers dans l’entreprise privée. ” Peut-on faire pareil avec les CPE ? » demande Mme Laflamme.

     

    À ses yeux, la ministre Francine Charbonneau s’éloigne de la mission du programme des services de garde éducatifs à l’enfance. Ceux-ci offrent des services visant à « assurer l’égalité des chances des enfants [dont] ceux qui vivent dans des contextes de précarité socio-économique », rappelle-t-elle.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.