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    Rigueur, rigueur, rigueur

    6 décembre 2014 | Robert Dutrisac - Correspondant parlementaire à Québec | Québec
    Ce texte fait partie de notre section Perspectives.
    Lors de son discours d’ouverture en mai, Philippe Couillard s’était engagé à atteindre l’équilibre budgétaire en 2015-2016, tout en promettant de ne pas alourdir le fardeau fiscal des particuliers et de relancer l’économie. Six mois plus tard, la relance de l’économie se fait toujours attendre et les contribuables vont casquer. Mais le premier ministre entend toutefois respecter rigoureusement le premier terme de son engagement et garde le cap sur le déficit zéro. Vous avez dit austérité?​
     

    Philippe Couillard n’aime pas le mot austérité. Il préfère parler de rigueur, un synonyme. Une rigueur bien réelle. Mais il juge que son gouvernement, parce qu’il maintient une faible croissance de ses dépenses, parce qu’il soutient aussi un niveau relativement élevé de dépenses en infrastructures, est à mille lieues de l’austérité. Après tout, le Québec n’est pas la Grèce, malgré le rapprochement que ne manquait pas de faire l’économiste Martin Coiteux dans une autre vie. « Il n’y a pas d’austérité, c’est une vue de l’esprit », a avancé Philippe Couillard en livrant, vendredi, son bilan de la dernière session parlementaire.

     

    La mise à jour économique et financière que le ministre des Finances, Carlos Leitão, a dévoilée mardi contenait au moins une bonne nouvelle pour le premier ministre : l’objectif de limiter le déficit à 2,35 milliards pour l’année en cours et de renouer avec l’équilibre budgétaire l’an prochain est à portée de la main. La mauvaise, c’est que les revenus autonomes de l’État, en raison de l’économie poussive, seront moindres de 654 millions cette année par rapport aux prévisions contenues dans le budget de juin. Un peu plus de transferts fédéraux et un service de la dette un peu moins onéreux combleront la moitié de cette somme, mais les contribuables devront verser 270 millions de plus, soit 500 millions de plus depuis juin.

     

    Dans une compilation publiée mardi, les quotidiens de Québecor portent à 1,4 milliard cette ponction en incluant les hausses de taxes scolaires et municipales, l’augmentation des tarifs d’Hydro-Québec ainsi que les prix de l’essence que viendront relever les crédits carbone que devront se procurer les distributeurs de carburants. Pour une famille moyenne de deux enfants et des revenus de 85 000 $, il s’agit d’un débours 1343 $.

     

    Aucun risque

     

    Contrairement à certains économistes qui souhaiteraient que le gouvernement Couillard ralentisse le rythme des compressions et des ponctions, le premier ministre, s’appuyant, notamment, sur les dernières données mensuelles sur l’emploi, données fluctuantes et peu fiables, estime qu’il n’y a pas de risque que sa rigueur plombe l’économie. « Au contraire, je crois que l’ingrédient de base essentiel à la reprise économique, c’est des finances publiques saines et une dette sous contrôle », a-t-il insisté vendredi.

     

    Qui plus est, il ne resterait plus que 1,2 milliard d’une cure minceur de 7 milliards à retrancher, martèle le gouvernement. On a atteint 83 % de notre objectif, se vante Philippe Couillard. Or ce chiffre est trompeur : les comptes publics ont établi que le déficit dont ont hérité les libéraux est de 2,8 milliards, et non pas de 5,8 milliards. D’un trait de plume, le gouvernement Couillard a déjà aboli les mesures prévues dans le dernier budget du gouvernement. Puis, il a « identifié » un peu plus de 3 milliards en compressions ou en nouvelles ponctions fiscales.

     

    S’il faut en croire le ministre des Finances, retrancher 1,2 milliard de plus l’an prochain n’est pas un problème. « C’est tout à fait faisable, ce n’est pas problématique d’identifier le milliard », a déclaré Carlos Leitão.

     

    À venir

     

    En fait, si le gouvernement a identifié une foule de compressions, encore faut-il qu’elles soient appliquées. Ainsi, le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, a annoncé l’avènement de « l’État du XXIe siècle » grâce, notamment, à la réduction de 2 % des effectifs de la fonction publique : des coupes de près de 700 millions attendent la fonction publique l’an prochain. C’est plus facile à « identifier » qu’à faire.

     

    Plusieurs des compressions annoncées sont donc encore à venir : leur plein impact aura lieu l’an prochain, l’année du déficit zéro, l’année où la croissance des dépenses de l’État sera réduite comme peau de chagrin, à 0,7 %. Il s’agit en réalité d’une baisse réelle des dépenses de l’État, niveau en dessous de l’inflation et bien en deçà de la croissance des « coûts de système » qui caractérise l’appareil d’État et les réseaux de la santé et de l’éducation.

     

    Dans ce contexte, le gel des salaires des employés de l’État pour les deux prochaines années apparaît inévitable. « On ne fera pas de négociation sur la place publique, mais je dirais que ça fait partie de ce qu’on doit faire pour atteindre l’équilibre », a indiqué le premier ministre.

     

    Jusqu’ici, deux décisions ont entraîné des problèmes de « perception » pour le gouvernement, a reconnu Philippe Couillard. La première, c’est la modulation des tarifs des services de garde, une hausse de tarifs qui ne touche pas les moins bien nantis mais qui frappe la classe moyenne supérieure. Philippe Couillard plaide qu’il a ainsi protégé les familles dont les revenus sont modestes. Mais il n’en demeure pas moins que le chef libéral a rompu une promesse électorale de ne pas augmenter les tarifs des services de garde au-delà de l’inflation.

     

    L’autre décision qui cause des maux de tête au gouvernement, c’est l’abolition de la moitié des effectifs dans les centres locaux de développement, un enjeu qui mobilise les régions. Le gouvernement réplique en signalant que les sommes consacrées au fonds de développement régional n’ont pas été entamées.

     

    Quant à l’aide aux entreprises, Carlos Leitão, après la coupe paramétrique de 20 % des crédits d’impôt décrétée en juin, s’est montré moins gourmand : il a réduit son objectif de réduction des crédits d’impôt de 920 millions à 760 millions, au grand soulagement sans doute du ministre de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations, Jacques Daoust, qui craignait que des coupes trop sévères nuisent à des secteurs clés de l’économie, comme l’aéronautique, les jeux vidéo et les technologies de l’information. Le ministre des Finances a aussi fait marche arrière pour les productions cinématographiques et télévisuelles. Quant aux agriculteurs, le ministre Pierre Paradis, se prémunissant contre la Commission de révision permanente des programmes, a trouvé une façon de réduire de 145 millions les crédits de la Financière agricole sans affecter les producteurs agricoles.

     

    Dans l’entourage de Philippe Couillard, on est convaincu que le gouvernement ne peut renier son objectif d’atteindre l’équilibre budgétaire en 2015-2016 sans perdre des plumes sur le plan politique. Sa crédibilité dépend de la réussite de son programme d’austérité… ou plutôt de son rigoureux exercice de rétablissement des finances publiques.













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