Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous
    La réplique › Rites funéraires

    La corporation des thanatologues en a fumé du bon !

    Le véritable enjeu de l’industrie : la vente d’assurances de frais funéraires, un produit beaucoup plus cher que les préarrangements

    4 décembre 2014 | Jocelyne Dallaire-Légaré - Présidente, Alfred Dallaire MEMORIA | Québec
    Photo: Jacques Grenier Le Devoir

    Dans les pages du Devoir, la présidente de la Corporation des thanatologues du Québec (CTQ) s’adressait récemment au ministre de la Santé, Gaétan Barrette, afin de réclamer de lui un meilleur encadrement des services funéraires offerts au Québec, et cela, dans les plus brefs délais.

     

    Selon Mme Valérie Garneau, la situation nécessiterait une intervention de la part de l’État afin que celui-ci fournisse au monde funéraire de « nouveaux repères » pour guider ses pas. La présidente du CTQ justifie la prise de position de son organisme par une prétendue augmentation des « risques d’erreurs et de fautes graves » qui menaceraient actuellement la profession. Elle cite à ce propos une série de faux problèmes et de comportements burlesques qui, à notre avis, déforment complètement la réalité du domaine funéraire au Québec.

     

    Mme Garneau évoque l’exemple de ce « défunt », originaire de la Louisiane, qu’on aurait exposé assis, avec des lunettes fumées, pour « simuler une partie de cartes ». Ce n’est pas d’hier que nos voisins du Sud nous étonnent avec des idées ou des mises en marché pour le moins particulières, sans pour autant que le Québec emboîte le pas. À notre avis, le Québec a la capacité d’adopter des pratiques en accord avec ses valeurs, même dans un monde en constante évolution. À cet égard, le professionnalisme et l’intégrité des maisons funéraires québécoises représentent une garantie contre le dérapage.

     

    Faux problème

     

    En fait, si le discours de la CTQ nous semble manquer de rigueur, c’est surtout parce qu’il masque le véritable enjeu, soit la vente par certaines compagnies d’assurances (dont une importante multinationale américaine) de l’assurance de frais funéraires, un produit qui risque de coûter beaucoup plus cher aux consommateurs québécois, en comparaison des coûts relatifs aux contrats de préarrangements. Or sur ce dossier épineux, la Corporation reste complètement muette.

     

    Je dirige une maison funéraire, Alfred Dallaire MEMORIA, une PME 100 % québécoise, en activité depuis plus de 80 ans, aujourd’hui entre les mains de la quatrième génération de la même famille d’entrepreneurs.

     

    Chez MEMORIA, nous avons décidé de faire face au changement en réinventant les rituels et en misant sur l’innovation. Reconnue pour son rôle de chef de file, notre entreprise est la seule compagnie montréalaise à posséder la haute certification du Green Burial Council, l’organisme de certification et de contrôle pour les services funéraires « verts » en Amérique du Nord.

     

    Or de notre point de vue, la modernisation du monde funéraire suit un rythme normal et se déroule de façon sereine au Québec. Le seul scandale qui mérite d’être dénoncé concerne la vente de l’assurance de frais funéraires, un problème qui ne fait pas souvent les manchettes mais qui risque de bouleverser la donne, surtout pour les consommateurs québécois.

     

    L’assurance de frais funéraires est un concept introduit au Québec par nos voisins du Sud, en grande partie via des entreprises de façade qui portent des noms québécois, mais qui, dans les faits, sont entièrement détenues par des intérêts américains. Vendue bien souvent de façon mensongère comme des préarrangements, l’assurance de frais funéraires peut coûter jusqu’à quatre fois plus cher au consommateur, selon l’actuaire Jean-Louis Gauvin.

     

    Les bonnes priorités

     

    Aussi, plutôt que de s’attarder à des situations farfelues survenues à 2500 kilomètres de chez nous (selon le New York Times, le cas des défunts exposés dans des scènes mimant la vie quotidienne constituerait un phénomène « rare » aux É.-U., même en Louisiane !), la CTQ devrait s’inquiéter de cette intrusion des géants américains sur notre territoire et poser les seules questions allant dans l’intérêt de l’ensemble des Québécois et non pas uniquement de quelques-uns de ses membres.

     

    Personne ne peut être contre la vertu et l’amélioration a toujours sa place, mais encore faut-il cibler les bons objectifs. J’ajouterais que le Québec a d’autres chats à fouetter et des priorités autrement plus urgentes que de voter des lois coercitives dans le domaine funéraire. Sauf qu’une fois de plus, certains intervenants auront préféré faire passer leurs intérêts avant le seul enjeu législatif réellement significatif dans ce dossier pour le peuple québécois.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.