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    Conditions pour TransCanada

    Saine «ingratitude»

    Antoine Robitaille
    21 novembre 2014 |Antoine Robitaille | Québec | Éditoriaux

    Philippe Couillard affirmait fin septembre que face au projet Énergie Est, le Québec devait faire preuve de gratitude : puisqu’il bénéficie de la péréquation, dont une bonne part provient de l’économie albertaine, il devait laisser passer sur son territoire l’oléoduc de TransCanada et ainsi « participer à l’économie canadienne ». Heureusement, la Cour supérieure, les groupes écologistes, les exemples britanno-colombien et ontarien l’ont finalement fait évoluer vers une saine « ingratitude » qui consiste à défendre les intérêts du Québec.


    Le 26 septembre, au Salon bleu, le premier ministre Philippe Couillard avait été limpide. « Le gouvernement fédéral dépense 16 milliards de plus qu’il ne perçoit au Québec et […] une grande partie de cette richesse provient de l’exploitation des hydrocarbures dans l’ouest du pays. » Aussi, il fallait que le Québec apporte sa contribution. Les Québécois « sont Canadiens et il faut qu’on participe à l’économie canadienne ».

     

    Heureusement, les circonstances ont finalement conduit le gouvernement du Québec à être à la hauteur de sa mission fondamentale : il a informé TransCanada le 18 novembre que sa décision découlerait de sept principes, dont « l’acceptabilité sociale », l’assujettissement à une évaluation du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement et la nécessité qu’il y ait des « retombées économiques et fiscales pour tout le Québec ».

     

    Il faut se réjouir que le gouvernement ait enfin raffermi sa position. Notamment en exigeant de TransCanada qu’elle dépose « rapidement au ministère les documents attendus, en langue française », afin de lui permettre de procéder à l’étude d’impact.

     

    À noter : on se rend compte que ses sept conditions sont pratiquement calquées sur celles formulées par la Colombie-Britannique dans le cas du projet Northern Gateway ; ainsi que les cinq que l’Ontario vient de faire connaître à TransCanada dans le projet qui se déploierait au Québec, Énergie Est.

     

    Interrogeons-nous : le gouvernement Couillard, sans l’exemple des autres provinces, aurait-il été en mesure de définir lui-même les intérêts du Québec ici en jeu ? On peut sérieusement en douter. Et c’est ce qui est inquiétant. Chaque groupe (patronal, syndical), chaque ville, chaque nation, élit à sa tête des représentants pour défendre ses intérêts. Les meilleurs représentants doivent cultiver leurs capacités à lire les situations, à y percevoir des risques pour les contrer ainsi que les occasions à saisir pour faire progresser l’état du groupe qu’il représente. Dans le cas présent, ces capacités semblent avoir clairement fait défaut au premier ministre et au gouvernement qu’il mène.

     

    Pourquoi ? On sait depuis plusieurs mois que TransCanada est bloqué à l’ouest — la Colombie-Britannique ayant rejeté Northern Gateway — et au sud — en raison des réticences américaines face au projet Keystone. Or, l’Alberta a augmenté radicalement sa production de pétrole et les barils doivent impérativement être exportés. Et il ne lui reste qu’une seule issue : l’est. Cela place le Québec dans une situation stratégique avantageuse. Or, jusqu’à récemment, que faisait notre gouvernement ? Tentait-il d’en profiter ? Non, il sermonnait les Québécois, les dépeignant comme des mendiants de la péréquation devant faire preuve de gratitude ! Comme lecture des intérêts du Québec, on a déjà vu mieux…

     

    Contrairement à l’Ontario — mais à l’instar de la Colombie-Britannique —, le Québec semble vouloir affirmer sa demi-compétence en matière d’environnement. Cela est rassurant : pour l’environnement certes, mais aussi pour la capacité du Québec à faire des choix dans le sens de ses intérêts.













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