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    Étudiants français: on peut faire mieux

    6 novembre 2014 | Jean-François Lisée - Candidat à la direction du Parti québécois. Ce texte est adapté du livre «Le journal de Lisée». | Québec

    Le président Hollande est bien embêté de la volonté du gouvernement Couillard de faire bondir les droits de scolarité des quelque 11 000 étudiants français au Québec. En campagne en avril, Philippe Couillard avait parlé de doubler la facture.

     

    Dans notre propre budget, nous avions envisagé de ne réduire que de 20 % la générosité québécoise envers les étudiants français. Il semble que Martin Coiteux soit plus gourmand.

     

    Alors ministre des Relations internationales, j’avais conçu une proposition de réinvention de notre offre envers les étudiants étrangers. À l’automne 2012, ils étaient 30 700 et on estime à plus de 1 milliard de dollars les revenus que leur présence génère, créant 11 840 emplois et contribuant à 72,5 millions de dollars au Trésor public.

     

    Cependant, alors que le nombre d’étudiants s’expatriant augmente rapidement, la part du Québec dans ce lot diminue graduellement. L’organisation du recrutement d’étudiants à l’étranger par le Québec ses universités et cégeps manque de coordination et ne dispose pas d’une image de marque distinctive.

     

    De plus, notre régime est dysfonctionnel et, pour tout dire, injuste. Pourquoi ? Les droits exigés varient considérablement selon l’origine de l’étudiant. Un francophone de Vancouver paiera davantage qu’un étudiant de Marseille. Un Indien venant d’une famille désargentée paiera davantage qu’un fils de chef d’entreprise du Sénégal. Un étudiant haïtien de milieu modeste, même s’il bénéficie d’une exemption, n’aura pas les moyens d’étudier au Québec, quelle que soit la qualité de son dossier scolaire.

     

    En remettant tout à plat, on pourrait viser à la fois l’attraction d’étudiants et de chercheurs francophones et faire du Québec le pôle d’excellence en enseignement supérieur en Francophonie.

     

    Il faut d’abord compter nos sous : ceux investis dans la formation de nos cousins français, exemptés depuis 1978 de droits supplémentaires. Au début, le nombre d’étudiants québécois en France était à peu près le même que les étudiants français ici. Mais de 2006 à 2012, les étudiants québécois en France n’ont pas été plus de 350 par an. Les étudiants français au Québec sont passés de 6420 en 2006 à 11 370 en 2012. L’écart ne serait pas problématique si 100 % des étudiants français choisissaient de s’établir au Québec. Nous serions en présence d’une efficace politique d’immigration francophone.

     

    Mais ce n’est pas le cas : moins du quart d’entre eux s’enracine chez nous. Nous finançons donc les élites d’un pays du G8. Cela nous coûte, chaque année, près de 100 millions de dollars (30 autres millions servent aux exemptions pour des pays francophones d’Afrique, pour l’Inde, la Chine, etc.).

     

    Il est possible d’utiliser cette somme considérable pour créer un régime plus attrayant et plus équitable. Le Québec devrait lancer un programme destiné à tous ceux qui veulent étudier en français au Québec, de quelque nation qu’ils soient, de France, du Canada hors Québec, d’Afrique ou d’ailleurs.

     

    Dans un modèle simplifié s’inspirant du régime québécois des prêts et bourses (et d’une grande école française, Sciences Po), on pourrait procéder comme suit :

     

    L’étudiant a postulé et est accepté en principe dans une université (ou un cégep) qui a fixé les droits de scolarité internationaux selon les modalités, déréglementées, définies par le gouvernement. Sur dossier, l’étudiant se voit accorder une bourse ou un prêt couvrant tout ou partie des droits de scolarité et des frais de séjour, selon ses revenus et ceux de sa famille.

     

    Ces sommes seraient accordées jusqu’à concurrence du budget total du programme. L’opération ne coûterait donc pas un sou de plus que ce qu’il en coûte actuellement à l’État. Mais en modulant les sommes en fonction des besoins des étudiants, ces derniers seraient plus nombreux à recevoir une aide financière.

     

    Ainsi :

     

    L’offre québécoise devient plus sociale-démocrate.

     

    Chaque étudiant sait le montant de l’investissement consacré par le Québec à sa réussite.

     

    La diversité de la provenance d’étudiants favorise le mérite plutôt que l’origine nationale.

     

    L’offre québécoise sera rapidement connue dans toute la francophonie.

     

    Les étudiants aisés auront toujours le loisir de choisir le Québec pour son coût comparativement plus bas.

     

    Ainsi outillé d’une offre simple, généreuse et universelle pour le monde francophone et d’une situation comparativement très forte pour les établissements anglophones, le gouvernement du Québec pourrait financer et lancer une offensive internationale importante pour l’attraction à l’étranger de l’excellence au Québec, à même une fraction des droits restants versés par les étudiants.

     

    Ce n’est pas tout. Je ferais en sorte d’inciter ces étudiants à rester au Québec une fois diplômés : tout étudiant étranger qui a payé davantage qu’un étudiant québécois se verrait rembourser graduellement ce supplément, sur une douzaine d’années, par un crédit d’impôt. Raison de plus de rester parmi nous.













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