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    L’austérité n’empêche pas la relance du Plan Nord

    Le gouvernement Couillard veut investir des dizaines de millions pour attirer les minières

    1 octobre 2014 |Alexandre Shields | Québec
    Le premier ministre Philippe Couillard aux côtés du ministre Jean D’Amour et de l’ancien premier ministre Jean Charest, lors de l’événement Objectif Nord, mardi à Montréal.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le premier ministre Philippe Couillard aux côtés du ministre Jean D’Amour et de l’ancien premier ministre Jean Charest, lors de l’événement Objectif Nord, mardi à Montréal.

    Même si son gouvernement s’apprête à imposer des compressions majeures dans les dépenses de l’État, Philippe Couillard entend injecter des millions de dollars de fonds publics dans la relance du Plan Nord, surtout pour attirer des investisseurs étrangers qui souhaiteraient tirer profit des ressources minières du Québec.

     

    « Il faut envoyer le signal aux Québécois qu’il y a des efforts de redressement de nos finances publiques à faire. Il faut aborder nos dépenses publiques de façon ferme et courageuse, avec comme objectif de préserver nos programmes sociaux pour les prochaines générations. Mais en même temps, il faut absolument lancer un signal de relance économique », a affirmé mardi M. Couillard devant un parterre de gens d’affaires réunis pour l’événement Objectif Nord.

     

    Le Plan Nord est justement une « priorité » dans le cadre de cette tentative de relance mise de l’avant par les libéraux. Et le premier ministre est prêt à y consacrer des dizaines de millions de dollars de fonds publics, malgré le contexte difficile des finances publiques. « Certaines personnes me disent que le cours des métaux est bas, qu’on devrait peut-être laisser faire le Plan Nord, ou alors le retarder. Mais s’il y a une chose propres aux cycles miniers, c’est que lorsque ça baisse, un jour, ça remonte. »

     

    Il est donc essentiel selon lui que le gouvernement mette dès maintenant la table pour le retour des investisseurs. Et la première étape consisterait à les rassurer, après le court passage au gouvernement du Parti québécois. « Nous voulons donner le message au monde entier : Quebec is open for business. Nous sommes ouverts à l’investissement. L’action reprend. Venez investir chez nous », a plaidé le chef libéral.

     

    Ces mêmes investisseurs seraient d’ailleurs favorables à l’austérité budgétaire que compte imposer le gouvernement. Ils recherchent, selon M. Couillard, « une ambiance d’assainissement des finances publiques. Ils veulent intervenir dans un milieu où les finances publiques sont bien gérées, où la dette est contrôlée, de façon à ce que le terreau soit favorable au développement économique ».

     

    La façon de faire libérale porterait déjà ses fruits, a-t-il ajouté. « La bonne nouvelle se propage. Les gens sentent bien que le Québec est de retour sur la carte de l’investissement et de l’activité économique mondiale. » L’ancien premier ministre Jean Charest, présent mardi au forum des gens d’affaires, était du même avis. « La carte d’affaires du Québec à l’étranger, actuellement, c’est le Plan Nord », a-t-il insisté.

     

    Les millions de Québec

     

    Mais avant de venir, les investisseurs du secteur minier veulent savoir si les importantes infrastructures nécessaires pour accéder aux régions les plus éloignées seront au rendez-vous. Québec compte d’ailleurs donner des réponses de nature à les satisfaire. Le tout à grand renfort de fonds publics.

     

    Déjà, le gouvernement Couillard a engagé 20 millions de dollars dans une étude de préfaisabilité pour un nouveau lien ferroviaire qui permettrait de relier la fosse du Labrador au port de Sept-Îles. Un tel projet, déjà évalué à plus de 2,5 milliards de dollars, faciliterait l’exportation à l’état brut du minerai de fer.

     

    Est-ce risqué de s’engager en vue de la construction d’une infrastructure ferroviaire, alors que les prix du fer sont au plus bas ? Ce serait « une grave erreur stratégique » de ne pas le faire, a répliqué le premier ministre, d’autant plus que les investisseurs le demandent. « Il y a toujours un risque dans n’importe quel projet industriel, a-t-il ajouté, mais il y a une certitude : les gens auront toujours besoin de minerai. »

     

    M. Couillard a du même souffle insisté sur la nécessité de travailler en « partenariat » avec les minières pour le développement d’infrastructures qui permettront de « désenclaver » les ressources naturelles. En guise d’exemple, le chef libéral a vanté l’entente entre Québec et la minière Stornoway Diamond dans le cadre du prolongement de la route 167, qui permet de rejoindre la mine de diamants de l’entreprise. Dans le cadre de la construction de cette route, c’est l’État québécois qui a payé la majorité de la facture, soit près de 300 millions de dollars.

     

    Routes et électricité

     

    Le gouvernement libéral garde en outre le cap sur son intention d’offrir des tarifs préférentiels d’électricité aux minières. Même chose pour son projet de prolongement de la route 138, sur la Côte-Nord, ainsi que sur la réfection de la route 389, qui relie Fermont au reste du Québec. Mais Québec n’a pas indiqué mardi les montants qui seront nécessaires pour mener ces chantiers.

     

    En revanche, les libéraux ont précisé leur volonté de consacrer 63 millions de dollars à un fonds destiné au Plan Nord. L’enveloppe totale pourrait atteindre 2 milliards de dollars d’ici 2035, a dit le ministre responsable du dossier, Pierre Arcand. Ce dernier a aussi déposé mardi un projet de loi devant mener à la création de la Société du Plan Nord. Celle-ci doit coordonner le développement nordique et elle devrait être financée par les redevances minières, a dit le ministre.

     

    Québec doit aussi, avec le fonds Capital Mines Hydrocarbures, injecter pas moins de 500 millions de dollars dans des prises de participation dans des projets miniers nordiques. Et mardi, on a appris qu’un autre montant de 50 millions de dollars provenant d’Investissement Québec est investi dans une filiale de Gaz Métro dans le but de produire du gaz naturel liquéfié, notamment pour fournir des minières. « Il s’agit d’un investissement à long terme, a souligné M. Couillard. Nous ne sommes pas dans les dépenses de fonctionnement du gouvernement. »

     

    Le secteur minier représente, les meilleures années, environ 2,5 % du PIB du Québec. Il se situe actuellement autour de 1 % du PIB. À titre de comparaison, l’industrie touristique se maintient bon an mal an autour de 2,5 % du PIB. Pour la période 2014-2016, les prévisions de Québec indiquent que les minières doivent verser un total de 405 millions de dollars en redevances. La valeur brute des ressources non renouvelables extraites devrait dépasser les 24 milliards de dollars au cours de la même période.

     

    L’État québécois a par ailleurs hérité au fil des ans de 698 sites miniers abandonnés. La facture, estimée à 1,2 milliard de dollars, sera entièrement payée par les contribuables québécois. Québec n’a toujours pas de plan pour venir à bout de cet héritage toxique.













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