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    Exploration pétrolière

    Visite ministérielle surprise à Anticosti

    «Le message des citoyens est qu’ils sont divisés», constatent Arcand et Heurtel

    16 septembre 2014 | Alexandre Shields à Anticosti | Québec
    Un citoyen d’Anticosti, Marc Lafrance, connu pour son opposition à l’exploration pétrolière, s’adressant aux ministres Pierre Arcand et David Heurtel, lundi. Le voyage ministériel avait été gardé secret, même pour les habitants de l’île.
    Photo: Moïse Marcoux-Chabot Un citoyen d’Anticosti, Marc Lafrance, connu pour son opposition à l’exploration pétrolière, s’adressant aux ministres Pierre Arcand et David Heurtel, lundi. Le voyage ministériel avait été gardé secret, même pour les habitants de l’île.

    Les ministres Pierre Arcand et David Heurtel ont mis les pieds pour la première fois lundi sur l’île d’Anticosti. Selon ce qu’a appris Le Devoir, en reportage à Anticosti, des rencontres étaient prévues avec des citoyens, mais triés sur le volet, ainsi qu’une visite d’un site de forage pétrolier exploratoire.

     

    Ce voyage, gardé secret même pour les citoyens d’Anticosti et organisé sans rencontre publique, était surtout l’occasion de «voir l’état des lieux» en ce qui a trait aux travaux d’exploration pétrolière, a dit le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand.

     

    Même si le dossier du pétrole hypothétique d’Anticosti suscite de vifs débats depuis déjà plus de quatre ans, il s’agissait, de mémoire d’Anticostien, de la première visite d’un ministre du gouvernement du Québec en plus d’une décennie.

     

    Il faut dire que ce dernier a injecté cette année des dizaines millions de dollars de fonds publics dans une nouvelle campagne d’exploration pétrolière sur l’île. Cet investissement, réalisé en partenariat avec la pétrolière Pétrolia — qui détenait la majorité des permis d’exploration de l’île, en partenariat avec Corridor Resources —, doit permettre d’effectuer 15 forages en 2014. Les résultats de ces travaux doivent ensuite être analysés afin de déterminer où seront forés trois puits avec fracturation, et ce, dès 2015.

     

    Travaux retardés

     

    Le Devoir a toutefois appris que les travaux prévus cette année ont pris passablement de retard. Ils ont débuté tardivement, des problèmes d’équipements ont retardé certains forages et au moins un aurait même été abandonné. Une source a indiqué qu’un maximum de 10 à 12 forages seraient terminés d’ici la fin de l’année, si aucun incident supplémentaire ne vient les retarder.

     

    Est-ce que le gouvernement a tout de même bon espoir de pouvoir terminer la première phase des travaux prévus en 2014 ? «C’est pour cela que je vais voir sur place, a simplement dit le ministre Arcand. Je veux avoir l’avis de nos inspecteurs. Mais, vous savez, nous sommes dans une phase très exploratoire. Il n’y a pas d’urgence de tout compléter rapidement.»

     

    Il a d’ailleurs souligné que les résultats de cette année pourraient très bien fermer la porte à la suite des travaux, pourtant déjà annoncés dès février par le précédent gouvernement. «La première partie a été autorisée. Mais ça se peut, si les forages échouent, qu’on ne puisse pas aller plus loin. On veut étudier les analyses avant de voir quelles seront les prochaines étapes.»

     

    Le ministre Arcand et son collègue de l’Environnement, David Heurtel, ont aussi pour la première fois rencontré des citoyens d’Anticosti. En fait, ils ont eu un échange d’environ une heure avec le Centre de vigilance et d’information sur les enjeux pétroliers. Ce comité citoyen rassemblant des opposants et des partisans de l’exploitation pétrolière sur la plus grande île du Québec a été formé en juin.

     

    Pierre Arcand a dit avoir entendu ce qu’ils avaient à dire aux représentants du gouvernement de Philippe Couillard. «Le message des citoyens est qu’ils sont divisés [sur la question des forages pétroliers]. Mais le message que je retiens, c’est que, s’il y a des tonnes de pétrole, il faut être prudent. Mais s’il n’y en a pas, ils nous disent: “ne nous laissez pas tomber. On veut continuer à survivre”.»

     

    Depuis des années, les citoyens de l’île cherchent en effet des avenues qui permettraient de freiner l’exode des insulaires, qui sont aujourd’hui à peine plus de 200. Or, les projets n’aboutissent tout simplement pas, qu’il s’agisse de développer davantage le tourisme ou encore de relancer la foresterie, jadis prospère.

     

    De tels projets sont toujours sur la table, a répondu le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles. « Ils veulent que la population puisse augmenter, pour atteindre une viabilité minimale de 350 habitants, a-t-il résumé. Anticosti fait partie du Québec et il est clair que nous devons travailler pour que tous les habitants du Québec aient les meilleurs services possible. »

     

    Processus d’évaluation

     

    Interpellé par Marc Lafrance, un Anticostien connu pour son opposition à l’exploration pétrolière, le ministre Heurtel s’est voulu rassurant. «On ne sait pas s’il y a du pétrole et si c’est du pétrole de schiste. C’est pour ça qu’on fait une évaluation environnementale stratégique.»

     

    Les libéraux de Philippe Couillard ont décidé de confier cette évaluation environnementale stratégique sur les énergies fossiles à un comité présidé par des représentants du gouvernement, qui devront s’assurer de l’«objectivité » de la démarche. Une consultation publique aura aussi lieu, mais elle se fera «en ligne» et à la toute fin du processus. Et même si le gouvernement Couillard vient tout juste de lancer le processus d’évaluation, il ne cache pas son préjugé favorable envers l’exploitation d’énergies fossiles au Québec.

     

    Pour le moment, aucun gisement exploitable n’a été trouvé sur l’île d’Anticosti, malgré des décennies de recherche. Selon une évaluation théorique très préliminaire, le sous-sol pourrait renfermer 40 milliards de barils de pétrole de schiste. Pour l’extraire, il faudra donc mener des opérations de fracturation.

     

    Selon une étude menée par l’ingénieur-géologue Marc Durand, il faudrait forer au moins 12 000 puits sur l’île pour extraire 1 % à 2 % de tout le pétrole. Il faudra pour cela construire toutes les infrastructures nécessaires pour l’implantation de l’industrie pétrolière.













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