En réponse à la lettre de Léon Lafleur au Devoir - Couillard promet plus de soutien moral aux gestionnaires du réseau
Ébranlé par la lettre posthume de Léon Lafleur publiée dans Le Devoir samedi, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, a promis d'apporter un soutien personnel aux gestionnaires du réseau aux prises avec des problèmes.
«S'il y a des situations de détresse, j'espère qu'on sera plus attentifs à les détecter, moi le premier», a déclaré M. Couillard samedi. Le Devoir publiait ce matin-là l'ultime missive de Léon Lafleur, le directeur-général de l'Hôpital Saint-Charles-Borromée qui s'est enlevé la vie la semaine dernière.
M. Lafleur y déplorait justement le peu de soutien moral offert par le ministre Couillard. «Monsieur le ministre, j'aurais apprécié un coup de fil. Qui sommes-nous pour vous les d.g.?, ces gens que vous vous apprêtez à tasser pour brasser les structures, pour laisser votre marque?», écrivait-il. M. Lafleur invitait également ses collègues à se serrer les coudes. «Ne comptez pas sur le ministre pour vous protéger... pour vous tendre la main dans la tempête. Son image est trop importante.»
Dans les jours précédant son suicide, Léon Lafleur s'était retrouvé au coeur d'une tempête après que les médias eurent fait état d'allégations de mauvais traitements subis par une patiente handicapée à Saint-Charles-Borromée.
Dès l'éclatement de cette affaire, le ministre Couillard a ordonné la tenue d'une enquête. Il s'est montré très critique à l'égard de M. Lafleur, qui avait banalisé l'incident en question dans ses propos. Le ministre Couillard s'est défendu contre les attaques en affirmant qu'il n'avait jamais remis en question «la valeur de la personne, la compétence et la probité de M. Lafleur».
Il a également précisé qu'il n'avait jamais rencontré Léon Lafleur en tête-à-tête parce que le directeur général n'en avait pas fait la demande. «Si quelqu'un avait pu soupçonner l'ampleur de sa détresse, bien sûr que je lui aurais parlé. Je serais même allé chez lui», a précisé le ministre dans ses déclarations à la presse.
À la suite de cette tragédie, M. Couillard a reconnu que son ministère devra être plus actif «dans le soutien personnel des gens».
Une grande solitude
La publication de la lettre posthume de M. Lafleur a engendré une avalanche de courrier au Devoir. Deux anciens directeurs généraux du réseau de la santé ont corroboré la grande solitude dans laquelle s'exerce cette fonction, faute d'un réel soutien de la part du ministère de la Santé (à lire en page A 6).
«Tout le monde croit que les directeurs généraux ont de grands pouvoirs. Ah oui, ils en ont, mais il faut savoir qu'ils sont coincés entre de multiples intérêts divergents et qu'ils n'ont pas tous les moyens pour concilier ces intérêts. Pourtant, ils sont les premiers interpellés et surtout les premiers blâmés "pour leur mauvaise gestion" lorsque des problèmes surviennent dans leur établissement», écrit Rodrigue Gagnon, un ex-directeur général de CLSC à la retraite.
Les directeurs généraux ne disposent pas d'une équipe de conseillers politiques ou de l'apport de spécialistes en relations publiques. Mais ils doivent, malgré tout, protéger la réputation du réseau, les règles en vigueur, les volontés des clients et de leurs familles, maintenir un bon climat à l'interne et préserver la paix avec les syndicats, sans oublier de respecter les budgets. «Monsieur le ministre, dans l'inutile réforme (la 4e en moins de 12 ans) que vous vous apprêtez à amorcer — encore une fois au niveau des structures — pourriez-vous penser à quelque chose qui donnerait un minimum de soutien à toutes ces solitudes à qui vous confiez le mandat de réaliser vos réformes», ajoute M. Gagnon.
Un ancien directeur général du réseau de la santé, Robert Sabourin, s'est retrouvé dans une situation difficile en 1979 lorsqu'il a récupéré le Centre-François-Charron, mis en tutelle. Pendant neuf mois, il a cherché de l'aide auprès du ministre de la Santé de l'époque, la Régie régionale et les hôpitaux de la région. «Partout je me suis fait dire ceci: "Bonne chance et bon courage"», écrit-il.
M. Sabourin suggère au ministre de la Santé de créer une petite équipe de directeurs généraux à la retraite pour soutenir les directeurs les plus vulnérables. Cet homme, qui connaissait personnellement Léon Lafleur, a déjà offert ses services bénévoles au ministre Couillard, lundi dernier. «Je n'ai même pas reçu un accusé de réception», dit-il.
«S'il y a des situations de détresse, j'espère qu'on sera plus attentifs à les détecter, moi le premier», a déclaré M. Couillard samedi. Le Devoir publiait ce matin-là l'ultime missive de Léon Lafleur, le directeur-général de l'Hôpital Saint-Charles-Borromée qui s'est enlevé la vie la semaine dernière.
M. Lafleur y déplorait justement le peu de soutien moral offert par le ministre Couillard. «Monsieur le ministre, j'aurais apprécié un coup de fil. Qui sommes-nous pour vous les d.g.?, ces gens que vous vous apprêtez à tasser pour brasser les structures, pour laisser votre marque?», écrivait-il. M. Lafleur invitait également ses collègues à se serrer les coudes. «Ne comptez pas sur le ministre pour vous protéger... pour vous tendre la main dans la tempête. Son image est trop importante.»
Dans les jours précédant son suicide, Léon Lafleur s'était retrouvé au coeur d'une tempête après que les médias eurent fait état d'allégations de mauvais traitements subis par une patiente handicapée à Saint-Charles-Borromée.
Dès l'éclatement de cette affaire, le ministre Couillard a ordonné la tenue d'une enquête. Il s'est montré très critique à l'égard de M. Lafleur, qui avait banalisé l'incident en question dans ses propos. Le ministre Couillard s'est défendu contre les attaques en affirmant qu'il n'avait jamais remis en question «la valeur de la personne, la compétence et la probité de M. Lafleur».
Il a également précisé qu'il n'avait jamais rencontré Léon Lafleur en tête-à-tête parce que le directeur général n'en avait pas fait la demande. «Si quelqu'un avait pu soupçonner l'ampleur de sa détresse, bien sûr que je lui aurais parlé. Je serais même allé chez lui», a précisé le ministre dans ses déclarations à la presse.
À la suite de cette tragédie, M. Couillard a reconnu que son ministère devra être plus actif «dans le soutien personnel des gens».
Une grande solitude
La publication de la lettre posthume de M. Lafleur a engendré une avalanche de courrier au Devoir. Deux anciens directeurs généraux du réseau de la santé ont corroboré la grande solitude dans laquelle s'exerce cette fonction, faute d'un réel soutien de la part du ministère de la Santé (à lire en page A 6).
«Tout le monde croit que les directeurs généraux ont de grands pouvoirs. Ah oui, ils en ont, mais il faut savoir qu'ils sont coincés entre de multiples intérêts divergents et qu'ils n'ont pas tous les moyens pour concilier ces intérêts. Pourtant, ils sont les premiers interpellés et surtout les premiers blâmés "pour leur mauvaise gestion" lorsque des problèmes surviennent dans leur établissement», écrit Rodrigue Gagnon, un ex-directeur général de CLSC à la retraite.
Les directeurs généraux ne disposent pas d'une équipe de conseillers politiques ou de l'apport de spécialistes en relations publiques. Mais ils doivent, malgré tout, protéger la réputation du réseau, les règles en vigueur, les volontés des clients et de leurs familles, maintenir un bon climat à l'interne et préserver la paix avec les syndicats, sans oublier de respecter les budgets. «Monsieur le ministre, dans l'inutile réforme (la 4e en moins de 12 ans) que vous vous apprêtez à amorcer — encore une fois au niveau des structures — pourriez-vous penser à quelque chose qui donnerait un minimum de soutien à toutes ces solitudes à qui vous confiez le mandat de réaliser vos réformes», ajoute M. Gagnon.
Un ancien directeur général du réseau de la santé, Robert Sabourin, s'est retrouvé dans une situation difficile en 1979 lorsqu'il a récupéré le Centre-François-Charron, mis en tutelle. Pendant neuf mois, il a cherché de l'aide auprès du ministre de la Santé de l'époque, la Régie régionale et les hôpitaux de la région. «Partout je me suis fait dire ceci: "Bonne chance et bon courage"», écrit-il.
M. Sabourin suggère au ministre de la Santé de créer une petite équipe de directeurs généraux à la retraite pour soutenir les directeurs les plus vulnérables. Cet homme, qui connaissait personnellement Léon Lafleur, a déjà offert ses services bénévoles au ministre Couillard, lundi dernier. «Je n'ai même pas reçu un accusé de réception», dit-il.
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