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    Endettement

    La mémoire courte

    Jean-Robert Sansfaçon
    11 septembre 2014 |Jean-Robert Sansfaçon | Québec | Éditoriaux

    Coup sur coup, deux sondages viennent rappeler que les Canadiens sont de plus en plus endettés et que plusieurs d’entre eux vivent sans filet de protection financière. Plusieurs en sont conscients, mais quand tout va bien, on oublie…


    Dans un sondage publié lundi, BMO Groupe financier nous apprenait que 52 % des Canadiens avaient moins de 10 000 $ en banque pour faire face à un coup dur, dont 41 % moins de 5000 $ et 19 % moins de 1000 $.

     

    Dans un scénario idéal, chaque ménage aurait l’équivalent de trois à six mois de salaire net à portée de la main pour ne pas avoir à puiser dans son REER, si REER il y a, bien sûr.

     

    Un autre sondage effectué par la Canadian Payroll Association, dont les résultats sont parus mercredi dans le Globe and Mail, en arrive à la conclusion qu’un salarié sur deux aurait beaucoup de difficulté à faire face à ses obligations si le versement de son salaire était repoussé d’une semaine. Plus du quart des répondants ne seraient même pas capables de trouver rapidement 2000 $ advenant un problème de santé ou une réparation urgente à leur maison.

     

    Cela dit, comme il y a toujours deux côtés à une médaille, on peut aussi conclure que la plupart des gens s’en sortiraient bien, voire très bien si la chance tournait en leur défaveur. Le problème, c’est qu’il n’est pas nécessaire qu’une majorité de ménages se retrouvent au bord du précipice pour déclencher une spirale descendante dont toute la société subirait les contrecoups.

     

    Que ce soit une hausse des taux d’intérêt ou du chômage, ou encore une chute du marché immobilier au moment où les dettes hypothécaires atteignent un niveau sans précédent, et voilà que des dizaines de milliers de ménages seraient forcés d’accroître encore leur niveau d’endettement, sinon de déclarer faillite, avec les conséquences que l’on devine sur l’activité économique, l’emploi et jusque sur les revenus des gouvernements.

     

    Au cours des dernières années, les Canadiens et les Québécois ont réduit leur taux d’épargne au tiers de ce qu’il était il y a 20 ans. Et faute de croissance significative de leurs revenus, ils ont aussi emprunté plus.

     

    Ce phénomène est propres aux sociétés qui n’ont pas connu de crise économique digne de ce nom depuis longtemps. Certes, celle de 2008 était sérieuse, mais le Canada fut largement épargné à cause des investissements publics et de la demande des consommateurs stimulée par un accès facile à du crédit à bon marché. Ce qui n’avait surtout pas été le cas lors de la récession précédente, en 1990.

     

    La mémoire est une faculté qui oublie, dit-on, et dans le cas des cycles économiques, cette bonne blague prend tout son sens. Imaginez : la génération actuelle des 35-40 ans avait entre 11 et 16 ans en 1990 alors que le taux de chômage filait vers les 14 % au Québec pour ne redescendre que sept ans plus tard sous la barre des 10 %. Qui peut affirmer qu’un tel scénario ne se reproduira pas ?

     

    Devant ces faits, certains plaident pour que les gouvernements réduisent leur ponction fiscale pour « donner de l’air » aux consommateurs. Or, cela ne changerait rien au sentiment de fausse sécurité qui amène les ménages à s’endetter toujours davantage et auquel il faut s’attaquer.

     

    De plus, toute nouvelle baisse du fardeau fiscal qui serait accompagnée d’un transfert du coût de services sur les épaules des individus ne ferait qu’accroître leurs difficultés financières à un moment de leur vie, comme la vieillesse et l’âge d’élever ses enfants, où les besoins sont largement supérieurs aux revenus.













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