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Un automne chargé en perspective - Le PQ tentera de reprendre l'initiative perdue

Le gouvernement veut se rebrancher sur la base militante et procéder au renouvellement des orientations du parti

Robert Dutrisac   22 juin 2002  Québec
À la fin de la réunion du conseil des ministres mercredi, le premier ministre Bernard Landry a eu droit à une belle démonstration de solidarité comme il les aime, avec tapes dans le dos, effusions et applaudissements. Il est le chef, personne ne le conteste. Pour l'heure.

Le président du Conseil du trésor, Joseph Facal, ne le conteste pas non plus. Après tout, il fut, avec Gilles Baril, l'un des premiers à choisir le camp de Bernard Landry dans la pseudo-course à la succession de Lucien Bouchard. Et contrairement à Pauline Marois, à François Legault et à André Boisclair, on ne lui connaît aucune velléité de devenir calife à la place du calife.

Souhaitant apporter son honnête contribution au débat, cet intellectuel a jeté tout un pavé dans la mare étale du credo péquiste ce jour-là et heurté de plein fouet les convictions trentenaires du chef. Au Québec, on ne change pas de modèle comme on change de chemise, surtout quand un de ses principaux artisans, qui a peaufiné, renouvelé et astiqué ce modèle, est aux commandes. Après avoir dénoncé le corporatisme et le misérabilisme qui se sont insinués dans la société québécoise, c'est M. Facal qui doit se sentir bien misérable. Depuis sa déclaration, on ne l'a plus vu et son cabinet demeure incommunicado.

Comme Bernard Landry l'a si bien exprimé lui-même: ses collègues jugent qu'il n'est pas parfait mais qu'il est le meilleur. Dans les circonstances. Or, cela peut surprendre mais, ce que certains de ses stratèges craignent le plus, c'est que le chef libéral, Jean Charest, ne puisse, lui, tenir le coup alors que son parti se marginaliserait chez les francophones sous la pression de la vague adéquiste. Si Jean Charest démissionnait à l'automne ou avant, les regards se tourneraient vers Bernard Landry pour qu'il en fasse autant, prévoit-on.

Tout en priant pour que Jean Charest reste à son poste, le camp péquiste prépare un automne chargé de façon à reprendre l'initiative perdue il y a longtemps. L'objectif premier est de se rebrancher sur la base militante et de procéder avec elle au renouvellement des orientations du parti. Pour ce faire, le Parti québécois compte sur la tenue de deux conseils généraux dont le premier se tiendra au début de septembre et l'autre en décembre. Un colloque sur la mondialisation, qui devait avoir lieu en juin, marquera également l'automne. Puis, en février 2003, se tiendra le congrès du Comité national des jeunes. Le tout culminera quelques semaines plus tard dans ce qu'on a qualifié de «grand-messe à Pauline», un mini-congrès d'orientation pour repenser le Parti québécois.

Avec ce déploiement militant, on cherche à cimenter la base du parti afin de rallier dans un premier temps les quelque 30 % des électeurs identifiés solidement au PQ et stopper l'érosion actuelle qui favorise l'ADQ. Selon les sondages internes du PQ, la moitié des adéquistes sont des souverainistes.

On remarque aussi que des péquistes qu'on croyait convaincus sont tentés par le parti de Mario Dumont. Dans Lac-Saint-Jean par exemple, la candidate défaite à l'investiture, Josée Bouchard, qui était parrainée par Jacques Brassard pour se présenter contre Stephan Tremblay, était présente à la fête organisée par l'ADQ le soir de la victoire du PQ. Quand des militantes de longue date comme elle, dont la foi péquiste était considérée comme indéfectible, sont tout sourire devant le député adéquiste de Saguenay, François Corriveau, on peut penser que la percée adéquiste ne se fait pas seulement dans la population mais aussi au sein même des troupes péquistes.

Pour renouer avec sa base, le PQ entend ne pas s'écarter pour l'instant du coeur de ses orientations: la souveraineté et la social-démocratie. Bernard Landry, sensible à l'avis de Louise Beaudoin à cet égard, n'a pas manqué de reprendre ce double leitmotiv. C'est pourquoi l'appel au centrisme lancé par André Boisclair, dont on comprend les justifications stratégiques puisque les élections au Québec se gagnent au centre, apparaît prématuré.

Jeudi, c'est un ex-président du Conseil du trésor, Jacques Léonard, qui s'est porté à la défense de Joseph Facal: si ce dernier n'a pas toutes les réponses, ni peut-être aucune des bonnes, il pose les bonnes questions. On se rappellera que M. Léonard avait été de ceux qui, il y a un peu plus d'un an, souhaitaient qu'il y ait une véritable course à la direction et que le PQ fasse appel à la jeunesse.

Le président du Comité national des jeunes (CNJ), Pascal Bérubé, juge sévèrement Bernard Landry pour avoir rabroué son ministre. «Les gens qui veulent animer des débats devraient être à l'avant-plan et non pas rabroués», a-t-il livré au Devoir. Lui-même se range derrière le credo souverainiste et social-démocrate de Bernard Landry, mais il croit qu'on ne devrait pas étouffer la discussion. On ne peut opter pour le renouveau sans casser des oeufs.

L'automne s'annonce chaud au PQ. Car on ne pourra pas longtemps occulter la réalité sur laquelle Joseph Facal a levé le voile: le PQ, un parti fondé et contrôlé par les baby-boomers, n'a plus l'appui automatique de la jeune classe moyenne francophone.
 
 
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