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Pas de panique chez les rouges

Mario Cloutier   22 juin 2002  Québec
Le pire ennemi de Jean Charest en ce moment n'est pas Mario Dumont, ni Bernard Landry, Pierre Pettigrew ou Martin Cauchon, ni même Jean Charest lui-même. Le pire ennemi du chef libéral est la panique. La déception et peut-être même une légère frustration sont de mise à la lumière des résultats des partielles de lundi, mais la panique serait très mauvaise conseillère.

Après tout, il y a six mois à peine, après des victoires convaincantes aux partielles d'octobre, le chef du PLQ se dirigeait allègrement vers le siège de premier ministre. Quelques épisodes de lobbying et d'espionnage plus tard, M. Charest et son parti ont reculé dans les sondages et le vote exprimé lors du plus récent scrutin. Mais voir dans ces partielles une avant-première des élections générales avec une lutte entre le Parti québécois et l'Action démocratique, incluant une mise à l'écart du PLQ, relève toutefois de l'aveuglement, pensent les libéraux.

«Il y a des signaux sur le tableau de bord, explique calmement le leader de l'opposition officielle Pierre Paradis, mais à mille milles nautiques de la terre ferme, tu en tiens compte et tu réajustes. Les gens nous demandent de leur montrer qu'on représente vraiment l'alternative et on va le faire.»

À part le mauvais temps, le vote libéral demeure la chose la plus stable qui soit au Québec. Avec Montréal, l'Outaouais et certaines vedettes régionales comme Nathalie Normandeau et Claude Béchard, le PLQ compte sur une base solide d'une bonne trentaine de circonscriptions. C'est plus que ce que le Parti québécois a encore et dont l'ADQ rêve toujours. À la veille d'une campagne électorale nationale, la position libérale demeure donc la plus confortable aux yeux des parieurs. D'autant plus que l'effondrement du vote péquiste demeure bien palpable.

«L'économie va bien et le bilan gouvernemental n'est pas mauvais, note le sénateur libéral Jean-Claude Rivest. Mais le PQ, sans la souveraineté, a clairement perdu sa raison d'être.»

En outre, les obstacles qui se dressent devant le gouvernement Landry demeurent de taille: l'improbable survie après deux mandats, l'insatisfaction généralisée envers le gouvernement et le virage vers le centre-droite du traditionnel électorat nationaliste. Si le premier ministre dépasse l'automne, qu'il le veuille ou non, son équipe et lui auront l'air de s'accrocher au pouvoir. Plusieurs travailleurs d'élection ont été témoins du même geste lundi: plutôt que de déposer leur bulletin de vote, les électeurs le «crissaient» littéralement dans l'urne.

Autres signaux négatifs pour le PQ: personne d'autre que Stéphan Tremblay n'aurait pu remporter Lac-Saint-Jean et personne au PQ n'en est dupe. Personne autour de Bernard Landry n'ignore non plus que Joseph Facal est devenu mercredi le politicien de l'heure, juste derrière Mario Dumont, parce qu'il est sorti du rang et a dit ce qu'il pensait. Les lignes ouvertes et les lettres des lecteurs ont fait du président du Conseil du trésor un politicien culte du jour au lendemain.

Authenticité

Dans cette quête marquée d'authenticité — non étrangère à la Mariomanie — de la part de l'électorat, va-t-il falloir que Jean Charest se mette à proférer des gros mots? On l'imagine mal, mais si Bernard Landry a été capable de remiser son arrogance de ministre des Finances au vestiaire, le chef libéral devra rapidement transmettre son image d'homme affable et drôle en privé sur la scène publique.

«J'y suis, j'y reste», répète-t-il depuis lundi à ses députés et aux journalistes. Son leadership ne sera pas contesté de l'intérieur. Les députés libéraux ont vu leur chef à l'oeuvre depuis 1998 et sont, en général, épatés par la somme de travail accomplie, sa persévérance à fouiller tous les coins du Québec, à rencontrer tout ce qui bouge et respire, à faire son travail de terrain malgré les rumeurs et les mauvaises nouvelles.

En caucus jeudi, le chef, ses conseillers et les députés libéraux, plus une vingtaine de candidats déjà choisis pour les prochaines élections, ont convenu qu'il fallait garder le cap. Un retour aux grandes valeurs libérales de justice sociale et de libertés individuelles est annoncé. En pratique, cela veut dire que le mot d'ordre reste le même: terrain, terrain, terrain.

Cette action simple sera accompagnée à l'automne d'un message aussi simplifié et précisé. S'il ne cède pas à la panique, le PLQ ne devra plus craindre toutefois de se mouiller et de mettre ses solutions sur la table. Pour la santé, l'éducation et l'économie, les rouges devront présenter des couleurs claires et tranchantes.

«Sans lâcher tous nos engagements électoraux, il faut lâcher des morceaux de notre programme», dit Pierre Paradis. Jean-Claude Rivest ajoute que ce programme devra avoir plus de «swing», même si les solutions définitives sont difficiles à établir. «En santé, les infirmières qui manquent n'existent pas. Il faut les trouver quelque part», dit-il.

Jean Chrétien

La barrière psychologique qui semble empêcher Jean Charest de recueillir l'adhésion de la faveur populaire pourrait être encore plus difficile à lever. Pour des raisons que personne ne peut expliquer, le chef libéral semble incapable d'allonger un certain courant de sympathie en appuis électoraux. Le chef a de l'expérience, pense toutefois Pierre Paradis.

«Je crois à la sagesse de la population, dit-il. Mario Dumont a eu sa part de démêlées avec le DGE. C'est une question de responsabilité et de sincérité. À l'approche du vote, les gens sauront choisir.»

Pour reprendre une question chère aux péquistes, les problèmes de Jean Charest au Québec seraient-ils liés à la gouverne fédérale?

«L'hypothèque sera levée lorsque Jean Chrétien, pas la personne mais le style et l'attitude, quittera, pense le sénateur Rivest. C'est la clef. S'il s'en va à l'automne, ça va tout changer pour les libéraux et Jean Charest qui pourra alors bâtir un tandem avec Paul Martin comme dans le temps de Bourassa et Mulroney.»






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