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    Cigarette électronique

    Québec prépare sa riposte

    Le gouvernement souhaite interdire son usage dans les lieux publics et la vente aux mineurs

    15 août 2014 |Daphnée Hacker-B. | Québec

    La ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, en a assez de la zone grise entourant la commercialisation de la cigarette électronique. La ministre, qui entend soumettre « rapidement » une mise à jour de la Loi sur le tabac à l’Assemblée nationale, souhaite interdire la e-cigarette dans les lieux publics et rendre sa vente illégale aux mineurs.

     

    « Il est évident qu’on est dus pour faire un grand tour de roue et resserrer cette loi, ça fait près de dix ans qu’elle n’a pas été révisée », déclare Mme Charlebois, jeudi, en entrevue au Devoir. Celle qui a été nommée en avril ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse et à la Santé publique craint que la cigarette électronique, qui s’accompagne de produits aromatisés, incite les jeunes à fumer le tabac, une inquiétude partagée par plusieurs groupes antitabac.

     

    L’actuelle loi doit être modifiée « dans les meilleurs délais », insiste-t-elle, afin de tenir compte des nouvelles réalités du marché. La députée de Soulanges compte s’inspirer des recommandations de la Commission de la santé et des services sociaux, ainsi que de celles de la Direction de la santé publique, qui a notamment suggéré que la cigarette électronique soit assujettie à la Loi sur le tabac, en ajoutant des clauses spécifiques qui interdiraient la vente aux mineurs et toute forme de publicité ou promotion. Le projet de loi devra être soumis au processus législatif, poursuit la ministre, et fera l’objet d’audiences en commission parlementaire. « Mais c’est clair qu’on va pas laisser ça traîner durant des années », lance-t-elle.

      

    Les jeunes vulnérables

     

    À Montréal seulement, plus d’une vingtaine de commerces vendent sans  aucune contrainte des cigarettes électroniques, certaines contenant de la nicotine et d’autres pas. Il faut serrer la vis à ces établissements qui vendent « des produits attrayants, dont on ignore la composition chimique et la concentration en nicotine », affirme Mme Charlebois. La ministre appelle la population à faire preuve d’une grande vigilance avec les e-cigarettes en s’abstenant de vapoter. En l’absence de réglementation, les volutes blanches sont de plus en plus présentes dans les lieux publics, les bars et les restaurants. Dans un « monde idéal », Mme Charlebois souhaiterait que les restaurateurs, tenanciers de bars et employeurs ne tolèrent pas la cigarette électronique dans leurs établissements tant que la loi n’aura pas été resserrée.

     

    Les fabricants et distributeurs de e-cigarettes allèguent souvent qu’il s’agit de produits inoffensifs, ajoute-t-elle, alors que ni Santé Canada ni la direction nationale de la santé publique du Québec n’ont encore fait d’études scientifiques quant aux conséquences sur la santé de la cigarette électronique. Les personnes les plus vulnérables dans ce contexte de flou législatif sont selon elle les jeunes, qui sont de plus en plus nombreux à être séduits par la cigarette électronique. Réagissant à une étude de la Société canadienne du cancer dévoilée mercredi, qui avance qu’un élève de la 6e année du primaire sur dix et qu’un élève du secondaire sur trois a déjà fait usage de la e-cigarette, la ministre croit que le « gouvernement doit protéger les jeunes et s’assurer de ne pas reculer dans la lutte contre le tabagisme ».

      

    Les effets bénéfiques remis en question

     

    Mme Charlebois se dit consciente qu’un grand nombre d’experts, dont certains se présenteront probablement à la Commission parlementaire, défendent bec et ongles les bienfaits de la cigarette électronique. Plusieurs médecins, dont le cardiologue de l’Institut de cardiologie de Montréal, Martin Juneau, répètent sur toutes les tribunes que la e-cigarette est un moyen efficace d’abandonner la cigarette tabagique, dont les effets ravageurs sont bien connus. « Il faut bien sûr tenir compte du fait que c’est un produit qui peut aider à arrêter de fumer », analyse la ministre, refusant de spécifier si elle adhérera aux suggestions de la direction de la santé publique, qui propose que la cigarette électronique soit mise à la disposition de fumeurs incapables d’arrêter, et que cela se fasse sous supervision thérapeutique. « Ce que je souhaite, avant tout, c’est préconiser la santé des Québécois. Il faut rendre l’accès de ces produits moins facile et empêcher toute forme d’incitation », dit-elle.

      

    Il y a urgence, dit le PQ

     

    Au Parti québécois, la porte-parole en matière de Santé, Diane Lamarre, estime que la ministre Charlebois n’a « pas le luxe d’attendre »,étant donné que chaque jour, « plus de jeunes tombent dans le piège de la cigarette électronique ». La révision de la Loi sur le tabac est essentielle et urgente, estime Mme Lamarre. Cette dernière salue l’intention de la ministre d’écarter la cigarette électronique des lieux publics, d’interdire la vente aux mineurs et d’en faire la promotion, mais elle croit qu’il faut aller plus loin.

     

    En ce qui a trait à la cigarette traditionnelle, la députée péquiste suggère que Québec s’inspire de plusieurs autres provinces qui ont déjà interdit de fumer à l’intérieur de voitures où se trouvent des jeunes de moins de 16 ans. Mme Lamarre dit aussi que « la loi est désuète par rapport aux enjeux comme l’emballage ». Les paquets de cigarettes sont de plus en plus sophistiqués et attrayants. Il faut à son avis adopter un emballage neutre pour tous les produits du tabac, comme c’est le cas en Australie. Bien que l’application d’une telle mesure revienne à Santé Canada, Mme Lamarre juge que la ministre provinciale peut « exercer des pressions » à son homologue fédéral.

     

    Tout comme Mme Charlebois, Mme Lamarre craint que la cigarette électronique engendre une forme de dépendance à la nicotine, qui agirait « comme passerelle vers le tabac ». « On voit que la cigarette électronique, comme la cigarette traditionnelle, favorise la dépendance au geste de fumer. Ça semble anodin, mais c’est connu que les gens deviennent dépendants à cette gestuelle », ajoute l’ex-présidente de l’Ordre des pharmaciens du Québec. Celle-ci ajoute que les compagnies de tabac sont derrière les fabricants de cigarettes électroniques et participent à renormaliser le geste de fumer.

     

    Le « laisser-faire » actuel, qui a permis à de nombreux commerces de voir le jour et de vendre une panoplie de produits liés à la e-cigarette doit cesser, tranche Mme Lamarre. « Il ne faut toutefois pas priver complètement l’accès à ces produits », nuance-t-elle. Au même titre que la gomme et les timbres à la nicotine, la députée croit que la cigarette électronique pourrait être uniquement offerte en pharmacie, comme produit servant à abandonner le tabagisme.













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