Une soixantaine de «témoins crédibles» ont nourri l’UPAC

Les policiers de l’UPAC ont obtenu un mandat de perquisition pour saisir les données du serveur informatique à la permanence du PLQ à Montréal, en juin dernier.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Les policiers de l’UPAC ont obtenu un mandat de perquisition pour saisir les données du serveur informatique à la permanence du PLQ à Montréal, en juin dernier.

L’Unité permanente anticorruption (UPAC) a rencontré « une soixantaine de témoins crédibles » dans son enquête sur le financement illégal du PLQ.

 

Selon des documents judiciaires obtenus par Le Devoir et d’autres médias, le financement sectoriel auprès des entreprises aurait été supervisé par deux responsables du financement au PLQ, Violette Trépanier et Marcel Leblanc, et par l’homme d’affaires Marc Bibeau, administrateur de Schokbéton et de Power Corporation.

 

« L’enquête nous indique des anomalies au niveau du financement, et plus précisément du financement dit “ sectoriel ”. Une partie importante de ce financement vise les gros donateurs du parti, dont les firmes d’ingénierie et les entrepreneurs », affirme un enquêteur dans une déclaration assermentée.

 

Le « comté 127 »

 

Sur la base de ce document, les policiers de l’UPAC ont obtenu un mandat de perquisition pour saisir les données du serveur informatique à la permanence du PLQ à Montréal, en juin dernier.

 

Les policiers soupçonnent que des infractions de fraude envers le gouvernement, d’entrepreneur qui souscrit à une caisse électorale et d’abus de confiance auraient été commises.

 

Dans le dossier rendu public mercredi, il est abondamment question du « comté 127 », une circonscription fictive dans laquelle auraient été comptabilisés les dons illégaux des entreprises au PLQ, totalisant plus de 700 000 $.

 

L’UPAC s’intéresse précisément au « financement occulte fait par le PLQ auprès des entreprises via un système de prête-noms ».

 

« Ce système a été mis au jour par plusieurs témoins, dont des dirigeants d’entreprises ciblés comme participant au financement sectoriel », affirme l’enquêteur principal dans sa déclaration assermentée.

 

Les firmes de génie-conseil Roche, Dessau et SNC-Lavalin, de même que l’entrepreneur Lino Zambito, auraient contribué au financement sectoriel.

 

Au sein de Roche, le système aurait été instauré par France Michaud (aussi accusée de fraude à Boisbriand).

 

Quatre ex-employés de la firme (Gilles Cloutier, Éric Bélanger, Stéphane Doré et Denis Thivierge) ont été rencontrés par les policiers. Ils ont tous confirmé le rôle prépondérant de Mme Michaud dans le stratagème de prête-noms au bénéfice du PLQ.

 

Violette Trépanier était directrice du financement et du recrutement au PLQ de 2001 à 2012. Lors de son témoignage à la commission Charbonneau, en juin, elle a nié l’existence d’une caisse occulte au PLQ.

 

« Le 127, ce n’est pas un compte occulte, un comté virtuel ou des comptes aux Bahamas », a-t-elle dit.

 

Selon elle, le « comté 127 » n’était rien de plus qu’une « ligne comptable » pour additionner les dons acheminés directement au parti (par opposition aux dons faits aux associations libérales dans les 125 circonscriptions du Québec).

 

Devant la commission Charbonneau, Mme Trépanier a nié catégoriquement avoir sollicité des dons des entreprises. « Je sollicite quelqu’un dans l’entreprise », a-t-elle dit.

 

L’UPAC a recueilli des déclarations qui risquent de faire voler en éclats cette ligne de défense. Serge Daigle, ancien coordonnateur à la permanence du PLQ (2003 à 2007) et attaché politique de l’ex-ministre Line Beauchamp (2007 à 2012), a expliqué aux enquêteurs que le financement sectoriel « correspondait à la cueillette des dons auprès des entreprises, bureaux d’avocats et bureaux d’ingénieurs ».

 

L’aide de Zambito

 

Dans son enquête, l’UPAC a pu compter sur la collaboration de l’entrepreneur Lino Zambito (déjà accusé de fraude dans le dossier de Boisbriand).

 

M. Zambito a obtenu la permission de Violette Trépanier et de Marc Bibeau pour organiser un cocktail de financement pour la ministre des Affaires municipales Nathalie Normandeau. L’entrepreneur a raconté cet épisode lors de son passage à la commission Charbonneau.

 

« Marc Bibeau lui a rappelé les règles de financement politique et de faire en sorte que les contributions soient conformes aux règles étant donné que plus ou moins 22 personnes seraient invitées pour une cible de financement fixée à plus ou moins 100 000 , affirment les documents judiciaires.

 

M. Zambito aurait utilisé des membres de sa famille et des membres de sa compagnie, Infrabec, afin de payer son billet et celui de ses invités.

 

Il s’est impliqué dans le financement de Nathalie Normandeau afin de « tisser des liens au gouvernement et au PLQ ».

 

Les documents indiquent enfin que Joël Gauthier, ex-directeur général du PLQ, aurait collecté des dons de firmes d’ingénieurs et d’architectes alors qu’il était à la tête de l’AMT.

 

Trois employés de l’AMT (Anne Dumoulin, Michel Fortier et Nancy Fréchette) ont tous mentionné à l’UPAC l’existence « d’une certaine proximité de Joël Gauthier avec les entrepreneurs et les firmes d’ingénierie ».

 

Du haut de son siège de p.-d.g. à l’AMT, M. Gauthier aurait été l’instigateur de démarches pour acheminer, par l’entremise de prête-noms, des dons illégaux de 3000 $ pour l’organisation de Christine St-Pierre et de 10 000 $ à 12 000 $ pour celle de Line Beauchamp, lors de la campagne électorale de 2008.

19 commentaires
  • Jerry Beaudoin - Inscrit 16 juillet 2014 23 h 48

    Le financement

    Le financement illégal çà dérange quoi au Québec. S'il y a des poissons dans les firmes d'ingénieurs c'est bien tant mieux.. En autant que ce n'est pas mes impôts qui finance les partis qui sont tous des pareils....

    • Normand Carrier - Abonné 17 juillet 2014 06 h 41

      Monsieur Beaudoin , le poisson c'est vous comme contribuable , car ces firmes qui financaient légalement et illégalement le PLQ considéraient ces dons comme des placements et obtenaient de plantureux contrats .... Comme il fut démontré cette collusion et cette corruption nous coûtaient de 30 @40% plus cher .... Il faut arrêter de se mettre la tête dans le sable et croire que ce n'est pas vos impôts qui financaient le PLQ .....

    • Gilles Théberge - Abonné 17 juillet 2014 06 h 45

      Peut-être, mais le financement illégal influe sur l'issue des scrutins, et ça donne des gouvernements corrompus.

      Vous en avez un gouvernement présentent dont une bonne partie des députés sont sous enquête. Justement à cause de financement douteux.

      Vous pensez-quoi de ça vous?

    • Raymond Chalifoux - Abonné 17 juillet 2014 07 h 41

      Avez-vous écrit ça sous la menace?

    • Patrick Lépine - Inscrit 17 juillet 2014 08 h 06

      Bien si ça ne vous dérange pas qu'il faille 30% de plus de l'argent de vos impôts pour faire un travail que d'autres paieraient 30% moins cher ça vous regarde, mais je vais vous demander de payer seul pour ça.

      Surtout que payer pour soutenir le Canada, c'est de l'argent quasiment investit dans le vide, ils comprennent toujours pas le français. Pour les autres canadiens, le Canada a été découvert, au détour de l'île de Vancouver, par une jonque chinoise envoyée par Mao.

    • Claude Smith - Abonné 17 juillet 2014 08 h 15

      Un commentaire comme celui là. ça fait dur à moins que M. Beaudoin y ait voulu faire de l'ironie. Tout d'abord, les poissons comme vous dites, on pris soin d'augmenter les coûts de telle sorte qu'en bout de ligne, ce sont vos impôts qui ont payé cette augmentation.

      Votre affirmation que tous les partis politiques sont pareils quant au financement illégal, ne tient pas la route. Le champion dans ce domaine est le parti libéral du Québec, ce qui ne veut pas dire que les autres partis en sont exempts mais dans un degré beaucoup moindre.

      Claude Smith

    • Serge Simard - Abonné 17 juillet 2014 08 h 47

      Vous pensez vraiment que vous n'avez pas financé le PLQ avec vos impôts. Moi je pense que oui. Voici un exemple, lorsqu'une firme d'ingénieur finance le parti et qu'elle obtient un contrat du gouvernement elle gonfle la facture des travaux pour se rembourser. Donc c'est le gouvernement qui finance le PLQ. Bref c'est toi, moi et tous les contribuables qui finançons le PLQ et ce même si tu n'est pas un partisan. Moi ça me dérange royalement de financer le PLQ.

  • Serges Tanguay - Inscrit 17 juillet 2014 00 h 33

    Le silence de l'électeur libéral

    Il fallait s'y attendre. L'électeur libéral savait très bien qu'il faisait une connerie en votant pour le candidat libéral dans son comté. L'électeur libéral s'amusait beaucoup des dérapages de la campagne péquiste et il aimait amplifier les menaces farfelues qu'entretenaient son organisation politique. L'électeur libéral s'est même mis à croire que les allégations et soupçons sur les malversations de son parti étaient plus ou moins crédibles, un peu comme l'holocauste pour certains. L'électeur libéral s'est même risqué à penser que le tout n'était pas si grave que cela et à suggérer que , comme il sied bien aux escrocs, tout le monde faisait la même chose et qu'en conséquence il ne fallait pas accorder trop d'importance à ces petits dénis de démocratie. L'électeur libéral continue à penser ainsi et à miser sur le temps et l'efficacité des mystérieux organisateurs de son parti pour qu'on tourne la page et qu'on recommence de plus belle. L'électeur libéral est convaincu que sa meilleur arme, pour l'instant, est le silence. De volubile durant la campagne, le voilà maintenant coi ou affairé à nous parler du beau temps qui a tardé à venir et de son espoir que ce beau temps maintenant présent dure le plus longtemps possible. Il parle donc du temps car tout son espoir réside dans le temps qui saura probablement arranger les choses comme le veut le proverbe. L'électeur libéral est fier d'être un cocu content. Pendant que ses banquiers et ses médecins lui préparent quelques surprises affamantes, il sourit parce qu'il est au pouvoir. Je crois qu'il se trompe car il l'a confié à des pourris le pouvoir qu'il croit posséder.

    • Jacques Pruneau - Inscrit 17 juillet 2014 12 h 03

      M. Tanguay, je me vois dans l'obligation de corriger une petite affirmation de votre part. Je cite: "L'électeur libéral s'est même risqué à penser..."

      Je ne puis souscrire à ceci puis que les électeurs libéraux n'ont simplement pas la faculté, ni le désir, de penser. On en a eu la preuve en avril dernier.

      Pour le reste je suis parfaitement d'accord avec vous.

    • Martin Bilodeau - Abonné 17 juillet 2014 13 h 36

      La parole de l'électeur libéral

      Vous savez M. Tanguay, malheureusement, aucun parti n'est blanc comme neige (qu'on ne me dise surtout pas que le PQ est « beau, fin et gentil »). Et je condamne les écarts de conduite de certaines personnes au sein du PLQ, et ce, en tant que libéral. Ceci dit, ce n'est pas l'élément central sur lequel je me base dans mon choix d'affiliation politique, mais bien le triangle « développement économique-pérennité de services et programmes sociaux-dette/déficit ». Et donc c'est le PLQ qui me rejoint le plus, suivi de la CAQ. Bref, je suis un libéral caquiste comme j'aime me le répéter. Il demeure fallacieux d'associer « l'électeur libéral » (tous [ou la majeure partie des] les votants PLQ) comme des idiots ou des « cons ». Il faut éviter de prendre les citoyens tels qu'ils soient pour des imbéciles et les identifier à des « petits dénis de démocratie ». C'est loin d'être banal les errements de certaines personnes... mais le PQ y a touché aussi alors il faut faire la part des choses svp, le rappeler aux électeurs de cette frange.
      Vous savez, j'évite de tomber dans « la falaise avec les caribous » et de répliquer par des insultes lorsque j'écris, car vous semblez remarquablement bien pourvu à cet égard dans vos opinions.

      L'électeur libéral-caquiste que je suis ne se taira pas, ne jouera pas aux vierges offensées, ne sera pas muselé, ne répliquera pas avec de gros mots, demeurera respectueux et espère que les fautifs seront traduits en justice, et l'électeur libéral signifiera sa présence avec cette réponse sensée : le PLQ est majoritaire alors que le PQ a suivi une déconfiture majeure en retournant donc dans l'opposition... et oui je me suis amusé des « dérapages de la campagne péquiste », que plusieurs analystes et chroniqueurs ont fait ressortir, mais jamais du malheur des autres!
      Qui s'y frotte s'y pique, comme on dit!

      L'électeur libéral a parlé!

      Au plaisir,

    • Patrick Boulanger - Abonné 17 juillet 2014 21 h 15

      @ M. Biledeau

      M. Bilodeau, je trouve bizarre qu<en votant pour le PLQ vous laissez entendre que vous avez l<impression de voter pour un parti qui accorde de l<importance a " la perennite des services publics ". Vous savez M. Bilodeau, si M. Charest avait pu, il aurait volontie mis la hache dans nos services publics au nom de sa " reingenierie " et les coupes que le PLQ s<apprete a faire, le parti peut bien tenter de nous les presenter comme un moyen d<assurer la " perennite des services publics ", mais nous ne sommes pas oblige de les croire sur parole...
      Patrick Boulanger
      P.-S: J<utilise un clavier pour echanger en anglais...

    • Donald Jobin - Inscrit 18 juillet 2014 17 h 21

      La parole de l'électeur souverainiste.

      @Martin Bilodeau

      Vous répétez la défense Libérale qui tente d’émettre le doute sur les autres Partis en mentionnant qu’ils ne sont pas blancs comme neige sans être capable d’en ajouter. Sachez que ce type de défense n’excuse rien et que même si les membres d’autres Partis auraient eu des écarts de conduite, elles représentent peu de choses si on compare au phénomène de corruption généralisé au sein du Parti Libéral.
      Lorsque vous pardonnez au Parti Libéral en vertu de ce même principe, c’est aussi illogique à mon sens que si vous donniez la même sentence pour leurs actes commis par les motards criminalisés qu’à une personne honnête qui s'est fait pincer à rouler à 125 Km/h sur une autoroute. Ça ne tient pas la route.

      Sachez aussi qu’au niveau du triangle « développement économique-pérennité de services et programmes sociaux-dette/déficit » j’ai une opinion bien différente de la vôtre et les Libéraux n'en sont pas les seuls roi et maîtres comme ils le prétendent. Selon moi le PQ a bien mieux performé à ce niveau que ne peut l’avoir fait ce Parti Libéral qui ne cesse d’insinuer que le Québec est trop dépendant du Canada pour s’en séparer. Un Parti qui défend son point de vue selon ce principe retire beaucoup d’avantages à garder le Québec dans la médiocrité. Ce n'est pas pour rien qu'en 2007, le Québec était au 7e rang au niveau des revenus disponibles des ménages. Sous le règne du Parti Libral, il s'est fait doubler par Terre-Neuve en 2009 et passait ainsi au 8e rang. En 2010, il s'est ensuite fait dépasser par le Nouveau-Brunswick et l'Île-du-Prince-Édouard, pour se retrouver au dernier rang.

      http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/alain-dub

      http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/economie/c

      Le pire dans tout ça, c'est que les Libéraux ne cessent de prétendre qu'on s'est mieux tiré de la dernière c

  • Gilles Théberge - Abonné 17 juillet 2014 06 h 42

    Mais voyons!

    Je n'en crois pas mes yeux, madame Christine Saint-Pierre aurait reçu des sommes par les chemins tortueux du financement Corporatif? Pas elle?

    Pauvre madame, elle vient tout juste de perdre la face devant jF Lisée, et le lendemain, après qu'elle eut accusé l'autre et qu'il s'acère finalement que c'était du vent, voilà qu'on apprend que l'UPAC à des choses à dire à son sujet...

    N'est-ce pas merveilleux la politique?!

  • Josée Duplessis - Abonnée 17 juillet 2014 07 h 05

    "Du haut de son siège de p.-d.g. à l’AMT, M. Gauthier aurait été l’instigateur de démarches pour acheminer, par l’entremise de prête-noms, des dons illégaux de 3000 $ pour l’organisation de Christine St-Pierre et de 10 000 $ à 12 000 $ pour celle de Line Beauchamp, lors de la campagne électorale de 2008."

    Et Mme St-Pierre qui doutait de l'honneteté de M Lisée. Eh Ben!!!

  • Poulin Poulin - Abonnée 17 juillet 2014 08 h 07

    nos impôts

    M. Beaudoin oublie que le remboursement par le gouvernement d'un pourcentage de nos dons à un parti politique vient de notre argent à tous. Combien de milliers ou millions de dollars profite ainsi à des prêtes-noms?