Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    Construction

    Les toits verts, ces indésirables

    La Régie du bâtiment freine le développement des toitures vertes, toujours considérées comme hors normes

    28 juin 2014 | Isabelle Porter à Québec | Québec
    Alors que le gouvernement incite les citoyens à construire des toits verts, dans les faits, le Code national du bâtiment ne les permet actuellement pas. Pour les grands projets, la procédure de dérogation est longue et exigeante. Ci-dessus, une toiture montréalaise.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Alors que le gouvernement incite les citoyens à construire des toits verts, dans les faits, le Code national du bâtiment ne les permet actuellement pas. Pour les grands projets, la procédure de dérogation est longue et exigeante. Ci-dessus, une toiture montréalaise.

    Les toits verts ont beau avoir la cote au Québec, ils sont toujours jugés non conformes par la Régie du bâtiment (RBQ), qui impose une série de contraintes aux promoteurs que cela intéresse.

     

    Denis Bolduc est en pourparlers avec la RBQ depuis un an et demi à propos du toit vert de son complexe de condominiums à Québec. Baptisé le « Vert condominium », le projet de huit étages est situé dans le secteur de Val-Bélair. « C’est aberrant de penser qu’on ne puisse plus utiliser les toits des immeubles, dit-il. On veut rendre ça plus agréable pour les gens, puis en plus ça améliore la qualité de l’air dans une ville. »

     

    Le problème touche surtout les gros projets (plus de deux étages et plus de huit logements). Et souvent, les gens ne sont même pas au courant des normes à respecter. Par exemple, M. Bolduc avait déjà aménagé son toit vert quand les inspecteurs de la RBQ lui ont fait savoir qu’il n’était pas conforme. « On ne pensait pas que c’était défendu, notre architecte non plus d’ailleurs », raconte-t-il.

     

    Or les exigences que la Régie lui a soumises lui semblent insurmontables. « Je suis moi-même ingénieur. Je comprends que les gens ne peuvent pas s’improviser spécialistes et juste mettre de la terre pour faire ceci, cela. Il faut que la structure soit faite en conséquence, le drainage en conséquence, que les membranes en dessous soient compatibles avec le reste… Mais de là à tout refuser parce que ça s’appelle un toit vert… »

     

    En fait, le Code national du bâtiment ne permet pas actuellement la construction de toits verts. Pour s’y conformer, il faut demander l’équivalent d’une dérogation et faire ce qu’on appelle une « demande de mesure différente ».

     

    Longue procédure

     

    Or, la procédure n’est pas simple. L’architecte Owen Rose, qui se spécialise pourtant dans l’habitation durable, a mis 50 heures à répondre aux demandes de la RBQ pour un projet de coopérative d’habitation de sept étages. Il lui fallait notamment faire signer une série d’attestations par l’ingénieur du projet. Son projet, dit-il, était pourtant conforme au guide de la Ville de Montréal.

     

    Depuis 2013, Montréal a son propre guide technique pour accompagner les gens qui veulent aménager des toits verts. Les villes qui le souhaitent peuvent avoir leurs propres règles en la matière, mais seulement pour les petits bâtiments (maisons unifamiliales, immeubles de deux étages ou moins).

     

    Pour M. Rose, cette approche est la voie à suivre. « Je n’ai pas de problème avec le fait qu’on encadre les toits verts, mais si on les étouffe, j’ai un problème. »

     

    La situation le choque d’autant plus que le gouvernement encourage les gens à investir dans les toits verts via le programme de crédits d’impôt Éco-rénov qui est vigueur d’ici au 1er novembre.

     

    « Il y a un consensus sur les bienfaits des toits verts mais sur le plan réglementaire, c’est le contraire. »

     

    Un guide en préparation

     

    À la Régie, on explique qu’un guide est en préparation pour simplifier le processus. « Ce guide contiendra des critères techniques — charges structurales, matériaux et composantes, calcul hydraulique, entretien, protection contre les incendies, etc., explique la porte-parole Marie-Claude Masson. Si ces critères sont respectés, cela dispensera le concepteur de faire une demande de mesures différentes. »

     

    La RBQ mène actuellement des consultations auprès des fournisseurs de toits verts, des architectes et des villes, mais selon des sources bien informées, le guide qui est sur la table demeure très sévère. Par exemple, on exigerait que le toit soit accessible par un escalier (au lieu d’une trappe avec échelle) et que les bandes de gravier aux abords du toit soient beaucoup plus larges que ce qui se fait actuellement.

     

    Enfin, on n’encadrerait que les toits verts sur les nouvelles constructions. « Quatre-vingt-quinze pour cent de la ville est déjà construite !, plaide Owen Rose. J’ai peur qu’on décourage les gens d’en faire. »













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.