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Québec veut discipliner les enfants qui font la garderie buissonnière - Les CPE craignent de voir s'instaurer un régime du mensonge

Kathleen Lévesque , Tommy Chouinard   20 novembre 2003  Québec
Québec financera désormais les garderies en fonction non plus des inscriptions mais plutôt des présences réelles de tous les petits Alexis et de toutes les petites Sabrina. Ces nouvelles règles budgétaires ont fait sursauter les milieux de garde, qui estiment que les parents seront pris en otages.

Le gouvernement Charest reconnaît qu'il soumettra les garderies à une nouvelle discipline, question de freiner l'absentéisme des bambins qui fréquentent les centres de la petite enfance (CPE), les garderies privées et les services de garde en milieu familial. Si la gestion administrative des garderies s'en trouvera compliquée, ce nouvel encadrement permettra théoriquement de créer 2500 places, prétend Québec.

«Dans mon livre à moi, je trouvais que c'était une bonne nouvelle [d'assurer un taux d'occupation élevé] car la priorité, c'est de trouver des places pour les enfants. Si ç'avait été mis en place plus tôt, il y aurait plusieurs enfants qui ne chercheraient pas des places à l'heure actuelle», a affirmé hier la ministre déléguée à la Famille, Carole Théberge, à la suite des révélations faites hier par Le Devoir selon lesquelles Québec pénalisera les garderies qui ne respectent pas de nouveaux «seuils de performance».

Le gouvernement ne veut plus payer pour des places inutilisées, ce qui représente un coût annuel de 29 millions. Il a donc décidé de relever dès avril 2004 le taux d'occupation des CPE et des garderies privées à 90 % et celui des garderies en milieu familial à 85 %. L'année suivante, une nouvelle hausse de 5 % sera appliquée. Si les services de garde ne peuvent pas respecter ces normes, leur subvention diminuera en conséquence.

Chaque enfant disposera d'une banque de 26 jours d'absence, y compris les jours fériés, les vacances et les congés pour soigner les otites et les petits rhumes. Selon les termes du ministère, les garderies devront «optimiser l'occupation», offrir la garde à temps partiel et manifester «plus d'ouverture pour répondre aux besoins de garde ponctuels».

«Les parents doivent et peuvent avoir leurs enfants avec eux quand ils le veulent, mais il faut être conscient que, quand on s'inscrit à un service, parfois, il y a un minimum d'entente. Si un parent a besoin de trois jours, qu'il s'inscrive trois jours. Ça fera la différence», a-t-elle affirmé tout en assurant que le gouvernement «ne souhaite pas que les parents se sentent pris en otages».

Les réactions indignées dans les milieux de garde n'ont pas tardé. «C'est le CPE qui va avoir l'odieux de faire pression sur les parents et de leur dire, après les 26 jours d'absence: "Tu amènes quand même ton enfant malade pour que le CPE n'aie pas de compression ou tu paies le plein tarif, y compris la contribution gouvernementale, soit 42 $», a commenté Francine Lessard, directrice générale de l'Association québécoise des CPE.

Éric Noël, qui préside le conseil d'administration du CPE La Bottine filante, a expliqué qu'à son CPE, le nombre moyen de jours d'absence des enfants est de 35 par année et que la nouvelle norme risque de créer un climat malsain. «Est-ce que la situation va inciter les garderies à prendre la voie du mensonge en faisant signer les feuilles de présence pour ne pas pénaliser les familles afin qu'elles ne perdent pas leur place?», s'est-il interrogé.

Pour la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, le projet gouvernemental oublie la dimension humaine des services de garde en adoptant «une approche de garde rouge». «Que M. Charest contienne sa ministre de la Famille! Ça presse! C'est pas vrai qu'on va transformer ça en ligne de montage et introduire des concepts comme le "just in time". Ça n'a pas de sens», a lancé la leader syndicale.

Carole Théberge a reconnu que les nouvelles mesures risquent de causer bien des maux de tête aux responsables des garderies. «Ça va peut-être être un peu plus de gestion pour nos services de garde, je vous l'accorde. Mais nous allons leur apporter du soutien au besoin», a indiqué la ministre.

Le critique de l'opposition officielle dans les dossiers de la famille et de l'enfance, le député Jonathan Valois, a dénoncé cette nouvelle façon de faire qui, selon lui, va pénaliser les parents. «Les CPE risquent d'admettre d'abord les parents dont l'horaire de travail est stable et qui seront considérés rentables par rapport aux parents aux horaires atypiques, qui vont coûter cher. Est-ce comme ça qu'on va regarder l'offre de service?», s'est-il inquiété.

La seule voix discordante hier est venue de l'Association québécoise des éducatrices en milieu familial. La directrice générale, Nathalie D'Amours, a souligné que les CPE subiront le même sort qu'ils font subir aux responsables de garde familiale en matière de pénalité financière. «S'il y a des abus, c'est du côté des CPE. Ils sont subventionnés à 100 % et ne rendent de comptes à personne», a laissé tomber Mme D'Amours.






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