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Comment combattre le vent?

Jean-Robert Sansfaçon   21 juin 2002  Québec
Sans être inutile, la sortie du ministre Joseph Facal rate la cible: même en tassant sur la droite, le Parti québécois peut difficilement faire face à la Mariomanie qui souffle avec une ampleur aussi imprévisible que croissante. En fait, le phénomène a moins à voir avec les programmes politiques des partis qu'avec ces mouvements populaires de rejet sporadique des élites dont tous les peuples sont capables.

En fustigeant plusieurs éléments du programme de son parti qu'il dit dépassés, Joseph Facal ne fait que répéter tout haut ce qu'une frange importante du conseil des ministres pense depuis longtemps. Il est vrai que ce programme a besoin d'être rafraîchi, notamment pour être dépouillé de ses relents mythiques de projet de société égalitaire qui n'ont pourtant généré que misère et totalitarisme dans tant de pays depuis le début du siècle.

Cela dit, même une refonte en profondeur du programme du Parti québécois ne suffirait pas à contrer le courant d'air rafraîchissant dans lequel les électeurs aiment à se retrouver en appuyant Mario Dumont. Car c'est bien pour goûter à ce vent, pour sentir qu'ils y participent eux-mêmes, que la moitié des électeurs ont fait une croix à côté du nom du candidat adéquiste, lundi dernier. Cela n'a rien à voir avec le programme de Mario Dumont, ni même avec sa capacité de devenir premier ministre. Voter Mario, c'est botter le derrière de tous les autres, point à la ligne.

Ce genre de mouvement ne se produit pas tous les jours mais il n'est pas rare non plus. Au Québec, cela prend généralement la forme tranquille d'un vote de protestation qui peut balayer un gouvernement même après plusieurs réalisations intéressantes. Ailleurs, là où les traditions populaires sont plus bruyantes, voire plus violentes, cela peut conduire à ce qu'on a vu en France, il y a cinq ans, alors que le pays a été paralysé pendant des jours et que s'en est suivie la défaite de la droite au profit d'une «gauche plurielle» dirigée par Lionel Jospin. Or, cinq ans plus tard, les mêmes électeurs viennent de montrer le chemin des douches à leur premier ministre devenu candidat de la gauche à la présidence, lui préférant massivement des candidats de la droite et de l'extrême droite. La France révolutionnaire hier encore serait-elle passée à l'autre extrême? Mais non: elle a tout bêtement servi quelques bonnes baffes à ses élites. Un coup à droite, un coup à gauche, et on recommence...

Chez nous, c'est un peu le même type de mouvement auquel nous assistons alors qu'à la faveur de révélations peu édifiantes impliquant des politiciens tant fédéraux que provinciaux, tant fédéralistes que nationalistes, les citoyens profitent de la présence dans le paysage du sympathique Mario Dumont pour exprimer une lassitude à laquelle il ne sert à rien d'accrocher une étiquette de gauche ou de droite. Car il est ainsi, le citoyen, la plupart du temps tranquille et fidèle à ses héros, ses vedettes et ses élites, mais parfois rebelle et las du mauvais spectacle de la suffisance et des privilèges. Au lieu de descendre dans la rue, c'est dans le calme secret de l'isoloir qu'il a choisi de faire un bras d'honneur à ses élites. Et si on lui en donnait les moyens, ces baffes, il les servirait aussi aux syndicats, à la police, aux banquiers et pourquoi pas aux médias par qui viennent les mauvaises nouvelles, souvent amplifiées pour répondre au jeu de la concurrence.

Bien malin est le stratège politique capable de prévoir de quel côté soufflera la prochaine rafale. Plus malin encore est celui qui fera cesser la tempête avant qu'elle ne s'apaise d'elle-même quelque part dans le temps. Parce qu'il a su persévérer, toujours jeune et sans tache, qu'il a le sens de l'humour, Mario Dumont profite du vent qui pourrait même le porter au pouvoir. Puis, un jour ou l'autre, c'est à la porte de ses propres assemblées que se tiendront des manifestations contre l'un ou l'autre article de son programme qu'il aura voulu transformer en loi. Ce jour-là, le beau et jeune Mario aura à choisir entre le comportement de son maître à penser, Robert Bourassa, homme du centre, d'abord soucieux de consensus et de paix sociale, et celui de Mike Harris et Ralph Klein, des chefs d'État plus décidés à imposer des réformes de droite semblables au programme de l'ADQ qu'à trouver le consensus.

Le Parti québécois et le Parti libéral auraient donc tort de remettre en cause leurs orientations fondamentales respectives sous le seul prétexte que l'ADQ brasse de l'air sur la droite. En revanche, on a peine à imaginer que, sans changement de la garde et sans une mise à jour du message de chacun, une année suffira pour que la tempête de Super Mario ne s'épuise d'elle-même.
 
 
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