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    La réplique › Projet souverainiste

    Remettre l’indépendance sur ses pieds

    8 mai 2014 | Nicolas Beaudoin et Hélène Pigot - respectivement professeur de philosophie au cégep de Sherbrooke et co-porte-parole de Québec solidaire Sherbrooke; et professeure d’informatique à l’Université de Sherbrooke et ex-candidate de Québec solidaire dans Sherbrooke | Québec
    Le déclencheur

    « La raison essentielle qui justifie et rend légitime le projet de souveraineté du Québec demeure inchangée : il s’agit pour un peuple, élevé à sa conscience nationale et qui en a les moyens, d’être pleinement maître de lui-même. […] Seulement, pour que celle-ci puisse, dans un contexte politique donné, mobiliser des citoyens prêts à engager la lutte en son nom, encore faut-il que cette raison revête un “ sens ” fort à leurs yeux. C’est dans sa capacité de mobilisation que se mesure toujours la vigueur d’une idée politique. Et ici, il faut reconnaître que l’idée de souveraineté, telle que défendue aujourd’hui par le Parti québécois, ne présente plus la même force qu’auparavant. »
    — Danic Parenteau, L’échec d’une certaine idée de la souveraineté, Le Devoir, 2 mai 2014

    Depuis la défaite du Parti québécois aux dernières élections, beaucoup en appellent à repenser le sens du projet souverainiste, tel Danic Parenteau en ces pages, le 2 mai. Celui-ci rappelait fort à propos ce qui fait l’essence de ce projet, à savoir le fait qu’« il s’agit pour un peuple, élevé à sa conscience nationale et qui en a les moyens, d’être pleinement maître de lui-même ». Cette définition implique que les Québécois choisiront l’indépendance une fois arrivés à la conscience d’eux-mêmes comme sujet historique et lorsqu’ils estimeront souhaitable et nécessaire d’être maîtres d’eux-mêmes. Ces deux conditions sont-elles réunies ? Il est permis d’en douter, peut-être en partie — c’est notre hypothèse — parce qu’on fait l’erreur de penser la question identitaire et celle de l’indépendance politique abstraitement. Autrement dit, on a tendance au Québec à détacher ces questions du processus historique et des luttes concrètes dans lesquelles un peuple découvre qui il est et en arrive à vouloir sa liberté.

     

    Notre identité en effet est déposée dans notre passé mais elle émerge aussi de prises de conscience face aux obstacles que nous rencontrons ; elle se construit au fil des projets que nous menons collectivement, guidés par certains principes et valeurs. Pensons par exemple à tous ces Québécois qui ont adhéré au projet souverainiste dans un contexte — la Révolution tranquille — où la vie leur rappelait quotidiennement leur infériorité économique, culturelle et politique. Pensons aussi à tous ces jeunes qui se sont politisés, en 2012 ou ailleurs, en se butant au mépris de nos élites et en faisant l’épreuve parfois physique des outrances de cette oligarchie qui pille les peuples et la terre.

     

    Pour redonner un sens à l’idée d’indépendance, les militants d’aujourd’hui doivent donc accueillir l’héritage de ceux qui les ont précédés afin d’acquérir le sens de la continuité historique sans laquelle leurs propres luttes ne pourront être menées à terme. Mais parallèlement, les anciens doivent aussi entendre les aspirations des nouvelles générations de militants, dont le combat contribue à actualiser notre identité et à donner un contenu au projet d’indépendance.

     

    Égalité des chances

     

    Alors, pourquoi militons-nous, aujourd’hui ? Ceux et celles issus des nouveaux mouvements sociaux s’entendraient pour dire qu’ils désirent établir les conditions d’une vie humaine digne d’être vécue. Or, nous savons que cela implique de donner à chacun les moyens de mener la vie qu’ils auront choisie. La liberté, si prisée par les libéraux sur le plan individuel ou par les républicains sur le plan collectif, est donc incomplète sans une réelle égalité des chances. De plus, comme la nature est la condition de toute vie sur terre, il n’y a pas de vie humaine digne d’être vécue sans un respect de la terre sur laquelle nous habitons. Pour ces deux raisons, le plus grand impératif moral de notre temps est sans doute de remettre l’économie sur ses pieds : elle doit viser le bien commun et respecter l’environnement, pour nous-mêmes et pour ceux qui viendront après nous.

     

    Il s’ensuit que pour des raisons morales, stratégiques et de principe, on ne peut reporter la solution aux crises sociale et environnementale sous prétexte qu’il faudrait d’abord faire l’indépendance. Moralement, ce serait irresponsable. Stratégiquement, ce serait se couper des forces vives qui luttent pour un monde meilleur. Ce serait aussi oublier le sens même de notre histoire, qui nous dit ceci : l’indépendance fut et est un processus d’émancipation où s’articulent un ensemble de luttes dans lesquelles nous prenons conscience de nous-mêmes, des limites que nous impose le cadre canadien et de la nécessité de s’en libérer. Combien de temps encore ne pourrons-nous pas décider en toute responsabilité de ce qui concerne notre société et le monde dans lequel nous vivons parce que d’autres l’auront fait pour nous ? Enfin, par principe, séparer la souveraineté des autres questions qui lui sont liées, ce serait oublier qu’on ne peut faire celle-ci sans une certaine idée de la société, idée qui s’exprime dans les principes d’une constitution.

     

    Une fin et un moyen

     

    Il existe dans nos débats un faux dilemme qui nous trompe et nous divise et qui consiste à penser que l’indépendance serait soit une fin, soit un moyen. Or, nous savons bien qu’elle est les deux, comme nous avons également tenté de le démontrer ici. Si nous voulons redonner un sens à l’idée d’indépendance et mobiliser, ne nous laissons donc pas diviser par ces faux débats et remettons aussi cette idée sur ses pieds. Rappelons-nous que si nous voulons faire du Québec un pays, c’est parce que nous voulons vivre dignement, dans un monde plus libre, plus juste et plus vert.













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