La tension baisse d’un cran au PQ

La chef démissionnaire du PQ, Pauline Marois, à Laval samedi
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La chef démissionnaire du PQ, Pauline Marois, à Laval samedi

La présence inattendue de Pauline Marois lors du premier bilan post-électoral du Parti québécois a transformé en exercice plutôt serein ce qui s’annonçait un règlement de comptes amer. La chef démissionnaire du PQ est montée au front samedi pour faire face aux questions des militants déçus, ce qui a permis de « calmer le jeu » et d’éviter une séance de « lynchage ».

 

Mme Marois s’est en effet présentée contre toute attente devant les quelque 150 membres du PQ réunis à huis clos dans un hôtel de Laval. Personne ne l’attendait, mis à part les membres de l’exécutif national. Après avoir retracé le fil de la campagne électorale, elle a répondu à toutes les questions des présidents de circonscriptions et de régions du PQ. Parfois émue, elle est revenue plusieurs fois sur l’entrée fracassante dans la course de Pierre Karl Péladeau, reconnaissant avoir sous-estimé ses impacts.

 

En se prêtant à cet exercice, elle est parvenue à désamorcer la grogne qui sévissait dans les rangs du parti depuis la défaite historique du 7 avril dernier, selon des sources consultées par Le Devoir dimanche. « C’était très tendu avant qu’elle n’arrive. On sentait que ça allait être explosif. Si elle n’avait pas été là, franchement, ç’aurait été n’importe quoi. Mais qu’elle se présente, qu’elle réponde à toutes les questions, qu’elle joue son rôle de rassembleuse, ça a décontenancé et permis une discussion franche et sereine », a relaté une personne admise derrière les portes closes.

 

« Demandez à nos présidents s’il y a eu du lynchage. Il n’y en a pas eu du tout, au contraire ! », a fait valoir le président du PQ, Raymond Archambault, après un « bilan de campagne » de plus de trois heures.

 

Plusieurs militants craignaient de faire l’examen de la stratégie de campagne, en l’absence de ceux qui l’ont élaborée et déployée. Ils ont finalement pu interroger la chef, Pauline Marois, mais également le directeur général du PQ, Sylvain Tanguay. « Si Mme Marois et M. Tanguay n’avaient pas été là, ç’aurait été difficile de faire un véritable bilan de ce qui s’est fait au comité de stratégie, a reconnu M. Archambault. Il y a eu des réponses à toutes les questions. »

 

Les militants ont pu « vider leur sac » avant la conférence nationale des présidentes et des présidents (CNPP), toujours prévue le 7 juin, s’est réjoui Éric Leduc, l’un des membres du comité exécutif national.

 

Selon une source, le revers électoral a été « très dur » à encaisser pour Mme Marois. La chef démissionnaire « a pris sa part de blâme » samedi, reconnaissant notamment son échec à faire passer le message souhaité pendant les 33 jours de campagne.

 

Le PQ n’a pas su tirer profit de son bilan et de son équipe de candidats, ont déploré un certain nombre de militants. L’ancien ministre de la Santé, Réjean Hébert, avait proposé son aide à l’état-major du parti, mais celle-ci n’« a pas été retenue », a fait remarquer le principal intéressé.

 

Selon M. Hébert, le comité de stratégie électorale a perdu le « contrôle » de la campagne en raison de faux pas. Ainsi, l’entrée en scène de Pierre Karl Péladeau a été mal scénarisée. Cela dit, l’ancien dirigeant de Québecor n’était pas un mauvais choix : des hommes d’affaires de sa trempe peuvent être des « actifs extrêmement intéressants » pour accélérer la cadence vers le pays du Québec, et « bâtir » celui-ci. « [Mais, la] stratégie n’a pas marché », a soutenu M. Hébert.

 

L’ancien député de Repentigny, Scott Mackay, a abondé dans ce sens. « On avait une des meilleures équipes, un excellent programme, et on n’a pas pu passer ce message », a-t-il affirmé. Mais il a invité ses confrères et ses consoeurs à ne pas chercher des boucs émissaires à la déroute du PQ, qui s’est soldée par l’élection de 30 députés (– 24) et l’appui de 25,38 % de l’électorat (– 6,6 points). « Ce serait beaucoup trop simple que de se limiter à vouloir faire rouler des têtes. […] Ça prend une introspection. »

 

Parler de souveraineté

 

En « cré [ant] l’impression de l’imminence d’un référendum » avec le poing levé pour le pays de M. Péladeau, « les libéraux ont été plus habiles », a ajouté le président de la circonscription de Beauharnois, Marc Laviolette.

 

Il a appelé une nouvelle fois le PQ, un parti souverainiste, à dévoiler au grand jour son « option ». « La stratégie du bon gouvernement, ça fait longtemps que ça dure au Parti québécois, ça ne marche pas. Il faut que tu parles de souveraineté, avant, pendant et après l’élection », a insisté M. Laviolette. Il reproche à la garde rapprochée de Mme Marois d’avoir laissé au Parti libéral du Québec le champ libre. Les troupes de Philippe Couillard ont fait leurs choux gras d’un éventuel nouveau référendum, mais ae sont bien gardées de parler de l’enjeu derrière, c’est-à-dire l’indépendance du Québec. « Quarante-deux pour cent des Québécois sont pour la souveraineté. Le PQ fait 25 %. Le problème, ce n’est pas les Québécois, ni l’option. C’est notre façon de travailler ! », a lancé le président du club politique SPQ Libre. « C’est nous-mêmes qui nous sommes battus ! » a-t-il ajouté, faisant écho à un texte de Jacques Parizeau.

 

Selon l’ancien premier ministre, le PQ a tort de croire que « de parler ouvertement de souveraineté fait perdre des votes ». M. Parizeau déplore que le PQ ait eu recours encore une fois à une « espèce de supercherie » consistant à parler exclusivement — ou presque — d’un « bon gouvernement » pour se faire confier les rênes d’un gouvernement majoritaire. La souveraineté du Québec n’est pas « une sorte de drapeau que l’on agite de temps à autre devant les militants de façon à les garder en appétit et dans les rangs », a-t-il souligné dans une chronique au Journal de Montréal. Le parcours pour accéder au pays nécessitera à la fois « beaucoup de préparation et d’études, d’explications et de promotion ».

 

Il s’agit d’« une belle contribution » à la réflexion du parti, a indiqué Raymond Archambault, appelé à commenter le texte de M. Parizeau. « [C’est le] bon message. »

 

La difficulté de parler du projet souverainiste avec les jeunes a été souvent mentionnée durant la réunion à huis clos. « Mme Marois a reconnu qu’il y a un gros travail à faire pour les convaincre, qu’il faut adopter un discours plus moderne. Meech et Charlettetown, pour les jeunes, ça ne veut pas dire grand-chose », a indiqué un membre du PQ au Devoir.

 

Le PQ doit « réaffirmer » ses « deux orientations fondamentales » de social-démocratie et de souveraineté, a fait valoir M. Hébert. Selon lui, l’« option » doit être « beaucoup plus claire » lors de la prochaine campagne électorale. « Au cours des dernières années, des dernières décennies même, on a été plus des “référendistes” que des souverainistes. On a proposé le référendum alors qu’on n’a jamais mis à jour l’option de la souveraineté depuis 1995. Il y a toute une génération de jeunes qui n’ont pas entendu parler des avantages de la souveraineté », a déclaré l’ancien député de Saint-François.

64 commentaires
  • Michele Johnston - Inscrit 5 mai 2014 00 h 35

    Pour faire simple ......

    «Réaffirmer» ses orientations fondamentales ..... l'«option» doit être «beaucoup plus claire» .... Encore du patinage de fantaisie chez les Péquistes !!!! En vue de la prochaine élection, que le PQ ait en tête de liste de son programme électoral la proclamation d'une Constitution pour le Québec avec la promesse qu'une consultation référendaire qui aura lieu avant l'expiration d'une année suivant l'élection; la question sera la suivante: Oui ou non pour la séparation du Québec de la fédération canadienne. D'ici là, au boulot. Ç'est pas compiqué.

    • Gaétan Parent - Inscrit 5 mai 2014 22 h 00

      Le Québec va sortir de la Fédération Canadienne,quand nous aurons payer notre dette publique,ainsi que notre part sur la dette fédéral,ce qui équivaut a environ 500 milliards$$.

      Bien sur ce n'est pas demain la veille,mais nous aurons les mains libres et maitre de nos décisions.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 6 mai 2014 06 h 13

      M. Parent, si j’applique votre logique à ma maison, je ne pourrais y entrer qu’après avoir fini de payer mon hypothèque et conduire mon auto qu’une fois mon prêt bancaire acquitté. Hum!!!

      Bonne journée.

      PL

  • Pierre Demers - Inscrit 5 mai 2014 01 h 05

    Les jeunes n'ont pas plus de problème avec l'Indépendance du Québec, mais en avaient davantage avec Pauline Marois. La gauche a eu autant de problème avec Pauline Marois surtout avec ses problèmes de propriété et jouant la gauche...

  • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 5 mai 2014 01 h 24

    Regarder au-delà de la campagne électorale

    La tentation est grande dirait-on, de croire que les ratés ne venaient que de la campagne électorale, et de ne pas remettre en question l'obsession pour la stratégie et la communication trahissant l'électoralisme qui constituait le problème de fond. Problème qui se manifestait depuis au moins les débuts du gouvernement Marois, sinon avant. On ne gouverne pas en basant ses décisions sur des sondages formattés à l'avance pour faire dire à la «majorité silencieuse» ce qui nous arrange.

    Mais il est beaucoup plus facile de croire, comme un vendeur de pipelines, que le problème en était un de communication plutôt que de substance.

    Alors ils discuteront beaucoup des erreurs stratégiques de la campagne électorale.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 5 mai 2014 19 h 42

      D'accord, M. Leblond...C'est très interessant de voir, dans ces pages et au PQ, les souverainistes tourner autour du pot...

      On invoque cent mille raisons pour l'échec aux élection excepté la raison la plus évidente: la population ne désire pas de séparation!

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 6 mai 2014 06 h 16

      «la population ne désire pas de séparation!»

      Je vous trouve très inclusive ce matin Mme Wandelmaier

      Bonne journée.

      PL

  • J.M. Desrosiers - Inscrit 5 mai 2014 01 h 43

    Stratégie Référendaire

    PQ = Souveraineté (dans le prochain mandat...) dans la tête des Québécois, et c'est la réalité et il n'y a pas de problème à priori avec cela. Le problème, le vrai problème — c'est qu'on nous a demandé de voter pour le PQ, sans que l'on connaisse les détails de ce projet souverainiste. On a demandé au Québécois de voter pour un "package deal" sans qu'on ne sache ce qu'il y a dans la boîte. C'est ça le gros problème. Ça fait peur aux gens de ne pas savoir ce qu'il y a dans la boîte... Les Québécois ne veulent pas de surprise et ne veulent plus signer de chèque en blanc aujourd'hui ni demain. S.V.P., faites connaître ce projet maintenant, pendant que vous êtes dans l'opposition. Donnez-nous des arguments pour le supporter et l'aimer. Faites de ce grand rêve, un projet documenté, inspirant, rassembleur — et nous serons avec vous aux prochaines élections.

    • Claude Saint-Jarre - Inscrit 5 mai 2014 09 h 42

      Absolument!

    • Raymond Gauthier - Abonné 5 mai 2014 11 h 04

      Bien vu, M. Desrosiers!! Les gens souhaitent pouvoir examiner la maquette du projet de pays : des chiffres, des projections, des précisions sur les contours du pays à venir, des comparaisons avec ce qui se fait ailleurs...etc.
      Comme dirait l'autre, non seulement on veut le savoir mais on veut le voir!!

      Raymond Gauthier, Abonné

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 5 mai 2014 20 h 02

      Tout juste, M. Desrosiers...J'ai répété l'image du chèque en blanc dans ces pages depuis des mois...

      Les québécois aimeraient savoir à l'avance :

      - Quelles seront les frontières, si postes douaniers ou non entre QC et le ROC; entre QC et les É.U. Est-ce que l'intégrité territoriale sera-t-elle préservée ou non si les aborigènes ou l'Outaouais décident autrement?
      - Quelle monaie et quelle influence du QC sur cette monaie;
      - Quel passport et-ou double nationalité possible sachant que le ROC peut annuler la double nationalité par une simple loi.
      - Quel serait le budget de l'an un; Quel est le nouveau montant de la dette avec la part canadienne du QC?
      - Une armée ou non;
      - Des ambassades et consulats ou un partage des édifices existants avec le ROC?
      - Quels contrats internationaux survivraient et quels devraient être renégociés..
      - Qui serait responsable de négocier avec le ROC...

      ETC..ETC...

      Même avec la meilleure volonté du monde, le PQ ne pourra pas définir les détails mentionnés ci-dessus car beaucoup dépendent des négociations...et du goodwill du ROC.

  • Nephtali Hakizimana - Inscrit 5 mai 2014 03 h 17

    Ce que je crois: tant et aussi longtemps que ...

    la vraie l'histoire du Québec sera cachée aux jeunes générations, il n'y aura jamais de souveraineté du Québec. C'est ce que je crois, fermement!

    • Claude Saint-Jarre - Inscrit 5 mai 2014 09 h 43

      IL peut y avoir celle des individus et qui sait ce que peut faire la somme de la souveraineté des individus?

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 5 mai 2014 10 h 08

      et la meilleurs façon de faire connaître "la vraie histoire", c'est de leur
      proposer d'aller voir les vidéos de Jean-Jacques Nantel sur le web ou autres médias...et/mais je me demande pourquoi ce n'est pas publicisé
      plus que ça!?...et pas seulement pour les jeunes...Il y a d'autres personnes qui auraient avantage à mieux connaître leur "vraie" histoire!

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 5 mai 2014 10 h 11

      Beaucoup de jeunes sont beaucoup plus conscients de l'histoire du Québec que vous ne le pensez. Mais l'histoire seule ne peut servir à construire un avenir et un projet commun. Râler sur les injustices du passé ne suffit pas.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 6 mai 2014 06 h 21

      Mme Sévigny, n’oublions pas les jeunes qui ont répondu correctement à toutes les questions de M. Nantel. Il y a encore de l’espoir !

      Bonne journée.

      PL